(Article d’opinion de la presse israélienne)

Nous savons tous à qui incombe la responsabilité des pendaisons de Bagdad. Le monde entier condamne les assassins. Notre voix s’élève contre la pendaison d’individus totalement innocents, mais le tumulte est si intense qu’une voix se perd – une voix qui mérite d’être écoutée et qui dirait : « Nous sommes coupables aussi ».

Parmi nous, il y en aura certainement quelques-uns qui admettront une chose – de n’avoir pas assez fait pour permettre aux Juifs des pays arabes d’émigrer au moment opportun. On devrait peut-être dire à ce propos : « Mea Culpa ». Il y en aura d’autres, certainement, qui se défendront contre cette accusation, en contre-attaquant les Juifs restés dans les pays arabes – « Pourquoi n’ont-ils pas quitté ces pays au moment opportun ? »

Mais, au-delà de ce débat, il est nécessaire d’examiner notre propre responsabilité historique dans le sort amer de ces Juifs que nous, par notre propre fait, avons convertis en victimes du sionisme. Ils sont les victimes de nos slogans tels que « la nation juive existe » ou « tous les Juifs sont responsables les uns des autres ». Que faisons-nous maintenant pour eux ?

Dans les pays arabes, il y a actuellement des milliers de Juifs – en Irak, en Egypte, au Liban, en Syrie et même en Tunisie, Algérie et Maroc. Nous avons maintenant redécouvert ce fait. Ces Juifs sont non-sionistes, voire même antisionistes. Ils l’ont prouvé concrètement ; ils pouvaient émigrer en Israël, ou du moins, quitter leur pays natal. La plupart de leurs congénères – plus des 90% des communautés juives de ces pays – sont actuellement en Israël. Seuls quelques milliers décidèrent, consciemment, de ne pas émigrer et ils sont devenus victimes de leur décision ; victimes du sionisme.

Deux mouvements nationaux – arabe et juif – tenaillent ces malheureux. Ces deux mouvements nationaux, qui difficilement peuvent s’accorder sur un seul point, conviennent que le sionisme a raison : il y a, en effet, une nation juive et tous les Juifs sont mutuellement responsables.

Tous deux ont tiré leurs conclusions de cela. Pour les Arabes, qui sont simples d’esprit et plutôt sauvages, cela signifie que le Juif qui est accessible devrait être puni pour les crimes des Juifs inaccessibles. Le Juif local doit recevoir un châtiment pour les péchés des Sionistes israéliens qui volèrent la terre aux Arabes, qui chassèrent les Palestiniens et bombardèrent les camps de l’armée irakienne.

Nous sommes, bien sûr, plus civilisés et plus raffinés. Nous ne reconnaissons aucune responsabilité de groupe aux Arabes. A la fois parce que c’est inhumain et parce que cela va à l’encontre de nos intérêts. Vis-à-vis les organisations terroristes, la population des territoires [occupés], ainsi que les Etats arabes, notre conception est « diviser pour régner ». Seulement en ce qui concerne un groupe spécifique, nous reconnaissons la responsabilité mutuelle – les Juifs dans les pays arabes et partout ailleurs.

Quand nous entendons des faits à propos d’émeutes, pogroms et pendaisons, nous sommes indignés assez justement. Nous évoquons l’opinion publique ; nous crions. Nous essayons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les Juifs persécutés. Ensuite, nous nous demandons à nous-mêmes : « Où étaient-ils durant toutes ces années ? Pourquoi n’ont-ils pas émigré en Israël au moment opportun ? Pourquoi n’ont-ils pas quitté l’Irak en 1951, ou l’Egypte en 1957 ? ». Encore plus tard, au fond de notre cœur, nous nous réjouissons un peu de leur chute : « Ils l’ont méritée ! Nous les avions avertis ! »

Il n’est pas habituel d’en parler de cela publiquement, évidemment, mais beaucoup d’entre nous ressentirent un peu de joie quand ils lurent dans les journaux des comptes rendus sur l’épidémie des croix gammées en Europe en 1960 ou sur le mouvement pronazi en Argentine. Aujourd’hui aussi, nous avons des sentiments très mitigés à propos des insinuations antisémitiques de De Gaulle ou sur la croissance du sentiment antijuif de leaders noirs en Amérique du Nord. En même temps que la rage, les chocs et l’humiliation, ces phénomènes font partie de notre conception du monde ; parce que le sionisme dit et persiste à déclarer que c’est ainsi que les choses se passent – cela aussi longtemps que les Juifs vivront parmi les Gentils.

Dans notre grand enthousiasme à l’accomplissement de l’indépendance d’Israël et de sa souveraineté, nous oublions parfois l’aspect négatif du sionisme – sa cruelle vision du monde. Cette théorie nous enseigne que le monde est méchant ; qu’il impose la réalité sur les hommes et que ceux-ci ne sont pas libres de maitriser leur propre destin, d’être tout simplement des « êtres humains » plutôt que des « Juifs » des « Arabes », des « Anglais » ou des « Allemands ». Le sionisme nous enseigne que chaque personne porte une marque de naissance qui parfois devient une marque de Cain, et qu’elle ne peut pas changer son destin, indépendamment de ce qu’elle fait. Il nous enseigne que chaque personne porte le destin de son propre passé, celui de ses parents et celui des parents de ses parents. Nous avons oublié que le sionisme suppose que la haine du Gentil contre le Juif est éternelle, même s’il s’agit d’un Gentil libéral. Il dit que tant que les termes « nation » et « religion » auront un sens, l’antisémitisme existera, aussi bien que le sionisme. Il semble que, malgré les désirs de nombreux humanistes et cosmopolites, le nationalisme et la religion vont subsister durant encore de nombreuses années.

Dans notre ardeur sioniste, que nous vivons chaque jour, incluant ceux parmi nous qui sont des « antisionistes », nous ignorons le problème moral qui engendre le sionisme – les effets de la pratique et de l’idéologie sioniste sur la vie et la position des Juifs qui ne désirent pas être sionistes.

Cela s’applique non seulement aux Juifs vivant dans les pays arabes, mais aussi aux Juifs polonais qui auraient pu quitter leur pays, mais ne l’ont pas fait. Et non seulement à eux, mais aussi à ceux vivant en Union Soviétique qui voulaient émigrer et qui le désirent encore, mais ne le peuvent pas. Même dans « le monde libre », il y a des dizaines de milliers de Juifs qui souffrirent et souffrent encore à cause de nous, même si leur peau et leurs biens n’ont pas été touchés du tout. Tous ces intellectuels, jeunes gens et étudiants qui pensèrent, naïvement et superficiellement, qu’ils étaient des individus libres, et qu’ils maitrisaient leur avenir et leur destin, ont soudainement compris, après « la guerre des six jours », que leur liberté était très restreinte et que leur place dans le monde était déterminée dans une mesure considérable par ces deux millions et demi d’individus qui habitent sur la côte orientale de la méditerranée et qui agissent pour l’intérêt d’Israël. Nous avons laissé sortir le démon de sa boîte, il se déchaîne dans les campus des universités californiennes, dans les salons de Manhattan, de Londres et Paris ; et ils sont impuissants face aux démons qui ont surgi de leur passé presque oublié.

Quelle est notre responsabilité à leur égard ?

Certains vont dire, « ils l’ont bien mérité ! ». D’autres sont enthousiaste à l’idée que le destin juif s’impose qu’on le veuille ou non. Actuellement, ces enthousiastes sont un peu plus prudents, après avoir constaté ou ont mené « les destins imposés » il y a vingt-cinq ans, pendant l’holocauste. Maintenant, peut-être, ils pensent que les choses ont changés. Premièrement d’après eux, nous avons un Etat qui peut défendre les persécutés. Ensuite, ils pensent que l’holocauste hitlérienne ne peut pas se répéter, parce que le monde a changé et en tiré une leçon. C’est la raison pour laquelle tous ceux-là désirent « un tout petit peu d’antisémitisme », un petit inconvénient, de façon à ce que les Juifs puissent tirer la conclusion correcte et venir en Israël.

D’autres, qui essaient d’avoir une position libérale et humaniste et qui voudraient pousser le principe de libre choix aussi loin que possible, ne sont pas prêts à accepter ce « sionisme cruel ». Pour eux, la responsabilité imposée crée des problèmes réels.

Une chose n’entre pas en discussion. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre à tout Juif qui désire immigrer en Israël de le faire et être assimilé. Nous devons sauver les Juifs des pays arabes et faire notre possible pour ouvrir les portes des pays de l’Est. Nous devons créer, dans ce pays, la possibilité d’assimiler les immigrants juifs de l’Occident. Sur cela, on est d’accord.

Mais l’Etat d’Israël a-t-il des devoirs à l’égard de ces Juifs qui peuvent, mais qui ne désirent pas venir ici ? En outre, avons-nous le droit de leur dire : « Nous savions mieux que vous ce qui vous convient, donc nous agirons pour vous faire venir ici, voire même, peut-être, en rendant votre position plus difficile, en sorte que vous n’ayez d’autre choix que de venir en Israël » ?

Notez que cette dernière question n’est pas imaginaire. Nous l’avons confrontée dans des situations très concrètes et peut-être on devra se confronter à des situations semblables (N.D.T. : l’auteur insinue probablement, entre autres choses, les attentats à la bombe contre des synagogues en Irak menés par des émissaires sionistes. Cela s’est passé au début de l’année 1950 dans le but de créer la panique parmi les Juifs locaux et les faire immigrer en Israël).

Il semble que nous ne devons pas être responsables de l’aggravation du sort des Juifs de certains pays afin de les faire immigrer en Israël, même si nous pensons savoir qu’ils n’ont pas d’avenir s’ils ne viennent pas. La responsabilité en est trop grande. Mais cela ne résout pas la question centrale – Israël doit-elle prendre en considération les effets de ses actions vis-à-vis des communautés juives de la Diaspora ?

Bien sûr, nous ne parlons pas des questions de vie ou de mort pour l’Etat d’Israël. Dans ces cas, il est incontestable qu’Israël doit agir pour la défense de ses intérêts vitaux. Mais dans d’autres cas, le problème est plus difficile. Par exemple, devons-nous considérer la position des Juifs d’Afrique du Sud quand nous déterminons notre politique face au continent africain ? Faut-il tenir compte des Juifs du Liban, avant de lancer un raid sur Beyrouth ? Faut-il tenir compte des effets de notre politique sur les Juifs de France ou des Etats-Unis ? Devons-nous veiller à ne pas confronter les Juifs au problème de la double loyauté ?

Toutes ces questions peuvent, peut-être, avoir une réponse pratique ou bien, tout simplement être mises de côté. Mais elles sont importantes, tant en principe qu’en pratique. Il semble que si nous déclarons et croyons à l’existence d’une seule nation juive avec un destin commun, nous n’avons pas d’autre choix que de prendre en considération, consciemment et délibérément, les effets des actions d’une partie de la nation – en Israël – sur les autres parties de cette même nation, dans la Diaspora. Cette conclusion est la conséquence de notre conception sioniste et aussi un simple devoir moral. Si nous demandons de l’aide à ces communautés, nous devons également les aider.

Cette déclaration n’est pas si simple qu’elle semble l’être. Par notre existence, nous attentons à la vie et au bonheur de centaines de milliers, ou du moins nous leur rendons la vie plus difficile. Ceci ne signifie pas que nous devons cesser d’exister – nous devons, seulement, savoir qu’en trouvant une solution pour des centaines de milliers d’immigrants juifs, nous avons créé des problèmes à d’autres Juifs (N.D.T. mais, nous semble-t-il, pas seulement aux Juifs…). Essayons de vivre avec cette connaissance, de manière à ce que notre « péché » devienne utile, propre et humain. Cela aussi n’est pas facile ou simple.

Yediot Aharonot : 9.2.69

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Le Mot de L’Année

« La colonisation (des territoires occupés – N.D.T.) sera l’œuvre des bulldozers qui soulèveront tranquillement des rochers, et non pas par des conférences qui soulèveront bruyamment de la poussière. »

General Moshé Dayan (Yedioth Aharonot, 17.1.68).

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L’édition hebdomadaire outre-mer du Jerusalem Post, 20.1.1969

(Annonce)

Nous devons arrêter de faire appel aux Etats Unis.

Nous devons arrêter de dire : « Aidez-nous et protéger Israël des dangers ! »

NOUS DEVONS DIRE AUX ETATS UNIS :

« Israël est le dernier bastion des Etats Unis au Moyen Orient.

Si vous ne nous soutenez pas inconditionnellement,

Si vous ne parez pas vigoureusement aux Russes,

C’est vous qui en pâtirez.

C’est vous qui serez écartés du Moyen Orient,

La menace russe pour les Etats Unis grandira. »

Nous devons cesser de considérer la communauté juive américaine seulement comme une source de revenus. Ils constituent une force politique énorme, dont on ne s’est pas servi correctement, par la carence de notre gouvernement.

NOUS DEVONS DIRE A LA COMMUNAUTE JUIVE AMERICAINE :

« Vous n’êtes pas qu’une source d’argent.

Nous vous considérons comme des frères dans notre lutte,

Comme des partenaires à part entière dans notre effort.

Votre tâche politique aux Etats Unis n’est pas moins importante que la nôtre en Israël. »

Si elle est guidée d’ici,

La communauté juive américaine agira et réussira.

Le Mouvement contre la Retraite

Tel Aviv.

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Copie : Pour l’ambassadeur d’Israël aux Etats Unis.