Un article d’opinion de la presse Israélienne :

Le dernier numéro de l’hebdomadaire tunisien ‘Jeune Afrique’ contenait un article d’actualités qui, à première vue, est stupéfiant : « Plus d’un Israélien, je suppose, collaborerait avec El Fatah », déclare, incognito, quelqu’un décrit comme un des chefs de l’organisation terroriste arabe. « Nous nous référons à des organisations antisionistes. Quelques-uns d’entre eux sont actuellement fédayins, les autres nous informent et nous abritent… L’organisation El Fatah a des contacts avec certaines organisations israéliennes telles que la Nouvelle Liste Communiste et Matzpen. »

‘Jeune Afrique’, qui est financé par le gouvernement de Bourguiba, est généralement considéré comme une source fiable. On peut présumer que les déclarations qu’il attribue à l’un des chefs de file des saboteurs palestiniens ont été réellement dites par lui. C’est une autre affaire de savoir si cet homme a dit la vérité ou s’il a simplement employé une technique ‘d’intoxication’ (tromper l’ennemi par de fausses informations) qui fait partie de la guerre psychologique des Palestiniens contre Israël. Quel que soit le cas, ce genre de choses mérite une attention particulière de la part des organismes de sécurité compétents en Israël.

Pour ce qu’on en sait, il n’y a pas de liaison organique entre la Nouvelle Liste Communiste (qui s’est séparée du Parti Communiste Israélien) et les organisations terroristes palestiniennes. MM Vilner et Tuby, qui représentent cette liste au Parlement, tiennent des points de vue identiques à ceux de l’U.R.S.S., sur le Moyen Orient en général et Israël en particulier.

On pourrait rétorquer que de tels points de vue pourraient entrainer une compréhension mutuelle entre les terroristes palestiniens et les communistes arabes ou juifs de la Nouvelle Liste Communiste. Cela serait une supposition risquée, qui n’est étayée par aucune preuve de collaboration. En outre, les saboteurs palestiniens ne reçoivent aucune aide directe d’aucun parti communiste au monde, même pas du p.c. russe.

Il est vrai que des représentants d’El Fatah ont visité Moscou, rencontré des leaders soviétiques, demandé de l’aide, de l’argent et des armes mais jusqu’au présent, ils n’ont rien reçu. Les armes russes qu’ils possèdent, et qui constituent la plus grande partie du butin pris par l’armée israélienne aux bandes arrêtées, leurs sont données ou vendues par les Etats arabes ou par différentes tierces parties.

Cependant, une rumeur récente, et il faut souligner qu’il s’agit d’une rumeur, plutôt que d’une information étayée, dit que parmi les Arabes arrêtés après l’explosion dans la cafétaria de l’université de Jérusalem il y avait deux sympathisants ou membres de la Nouvelle Liste Communiste. Même si ces rumeurs s’avèrent exactes, il n’est de toute façon pas encore possible d’en tirer des conclusions transcendantes. Des étudiants peuvent joindre El Fatah et participer à des activités de sabotage indépendamment du fait qu’ils soient membres du Parti Communiste de MM Vilner et Tuby. Néanmoins, ce cas mérite une investigation complète.

Quant au groupe Matzpen et ses contacts avec les saboteurs rapportés par le porte-parole palestinien dans ‘Jeune Afrique’, c’est une tout autre affaire. II est difficile de déterminer la nature de ce groupe qui s’appelle lui-même ‘Matzpen’ et sa taille. Deux Israéliens qui résident à Londres, MM Shimon Tsabar et Akiva Orr, ont créé là quelque chose comme une extension de leur groupe. Ils publient un journal nommé ‘Israel Imperial News’ qui diffame l’Etat d’Israël et le calomnie parmi les Gentils. Ils expriment sur Israël des points de vue qui, de fait, sont identiques à ceux de ces gens qui placent des bombes au Supermarché et à la cafétaria.

Il ne subsiste aucun doute que là-bas, à l’étranger, il y a un contact permanent entre ce groupe israélien et divers éléments palestiniens. On dit qu’ils sont influencés par la Chine Communiste et qu’en ce qui concerne l’idéologie, ils sont près des pensées de Mao-Tsé-Toung.

En Israël, ce groupe compte quelques dizaines d’étudiants arabes et israéliens connus et plusieurs dizaines d’autres inconnus. Ils barbouillent les murs des maisons de Jérusalem avec des slogans tels que « à bas l’occupation » et « à bas les occupants ». Ils exigent l’abolition du sionisme et de l’Etat juif en tant que tel ; comme El Fatah, ils brandissent le slogan d’un Etat qui accueillera à la fois Juifs et Arabes. On ignore s’ils exigent, comme les Palestiniens, que chaque Juif qui n’est pas né en Israël en soit expulsé…

Deux journalistes étrangers qui ont visité cette semaine Jérusalem et par après les Territoires [occupés, N.T.] me rapportèrent les activités débordantes de ces gens de Matzpen. Quand ils apprirent que (beaucoup !) des journalistes étrangers étaient arrivés à l’université, ils infiltrèrent le groupe et certains passèrent toute la journée en compagnie de ces journalistes, évidemment à la recherche de sensations en Terre Sainte.

De fait, les hôtes étrangers furent scandalisés (ils étaient venus en Israël aux frais du gouvernement israélien et étaient guidés par quelqu’un du Ministère des Affaires Etrangères) d’entendre de la part d’étudiants, qui se présentaient eux-mêmes comme membres de Matzpen, fondamentalement les mêmes thèses politiques qu’ils avaient entendues auparavant à Amman et dans les camps d’entraînement d’El Fatah : « Ne croyez pas les porte-paroles officiels du gouvernement israélien, ils parlent de paix, mais pensent à la guerre, ils sont impérialistes, ils aspirent à l’expansion territoriale de l’Etat sioniste, ils sont prêts à massacrer tout Arabe », dirent ces jeunes aux journalistes.

On ne peut pas dire que ces journalistes furent impressionnés par de telles opinions. De toute manière, ils comprirent que ce petit groupe est minoritaire parmi les étudiants israéliens et n’est pas représentatif de l’opinion israélienne.

Néanmoins, l’on ferait bien de prêter attention à ce phénomène. C’est une bonne chose que de vivre en démocratie où l’on permet l’existence même à des groupes qui nient notre propre existence. Il y a cependant une certaine marge entre démocratie et anarchie. Les temps sont venus de dresser certaines limites. Il serait propice de dresser ces limites dans cette direction pour ne pas permettre des erreurs qui pourraient être fatales.

Yediot Aharonot : 15.3.69