Opinion de la presse israélienne 

La Bande de Gaza est devenue un des foyers de la résistance arabe palestinienne contre l’Etat d’Israël.

Un foyer dangereux.

Une des terroristes qui ont participé au raid contre l’avion à Zurich venait de Han Yunis, dans la Bande de Gaza.

La première femme tuée dans une manifestation, le fut d’une balle tirée par l’armée israélienne dans la Bande – à Rafah.

Plus de cent élèves furent blessées au cours d’une seule manifestation. Cela s’est passé dans la Bande de Gaza, au centre de la ville.

La vague de grèves, les fermetures d’écoles et les manifestations de jeunes, qui se sont étendues à la Cisjordanie, ont commencées dans la Bande.

La Bande de Gaza est la région où l’on pose le plus de mines, où l’on jette des bombes et où se perpétuent d’autres activités terroristes quotidiennes. On n’en a pas autant parlé que de la bombe infernale au marché de Mahané Yéhouda ou de la bombe dans le supermarché. Mais ces actes sont plus dangereux parce qu’ils font partie d’une campagne préméditée, continuelle et systématique. Bref, c’est précisément la Bande de Gaza – qui est la plus éloignée des bases des terroristes en Jordanie, Syrie et Egypte – qui est devenue le centre du mouvement palestinien hostile.

Là-bas se consume la haine la plus vive qui n’a pas encore atteint les régions de la Cisjordanie.

Là-bas se cristallise la résistance active.

Pourquoi ?

Récemment, un an et demi trop tard, beaucoup de braves gens sont allés à Gaza et en sont revenus plus malins, pouvant donner une réponse.

C’est assez simple : à Gaza, les gens souffrent de la faim. A Gaza, il y a des centaines de milliers de gens mais il n’y a pas de travail. La situation économique y est mauvaise, bien pire qu’en Cisjordanie.

C’est assez claire et facile à comprendre.

Et, dit-on, si les problèmes économiques sont résolus, si on procure nourriture et travail – alors tout ira pour le mieux et l’amour pour Israël fleurira à Gaza et dans toute la région avoisinante.

Je m’en excuse, mais je dois réfuter cet optimisme délirant. C’est sans fondement.

Tout d’abord, la mauvaise situation économique à Gaza n’est pas accidentelle. Ce n’est pas arrivé simplement comme ça.

Ce n’est pas par coïncidence que les gens à Gaza sont affamés ; ce n’est pas par hasard qu’ils n’ont pas de travail ; ce n’est pas par hasard que les salaires à Gaza sont en-dessous du minimum nécessaire.

Tout est comme ça parce que quelqu’un l’a voulu comme ça.

Quelqu’un à Jérusalem.

Un quelqu’un « collectif ».

Quelqu’un qui voulait créer une certaine situation dans le but d’atteindre certains résultats – quelqu’un qui actuellement a eu des résultats – mais pas ceux qu’il espérait.

Il y a exactement un an, avant le débat sur le ministère du travail, j’ai demandé à un des chefs du ministère pourquoi les salaires pour les travaux distribués par le gouvernement étaient beaucoup plus bas dans la Bande de Gaza que ceux de la Cisjordanie qui, à leur tour, sont plus bas que ceux d’Israël.

Le fonctionnaire répondit clairement : c’est la politique du gouvernement.

La politique est d’affamer la Bande de Gaza, de créer des conditions de vie extrêmement difficiles, de sorte que les habitants – en particulier ceux qui vivent dans les camps de réfugiés – quitteront la région pour traverser le Jourdain (vers la Jordanie – N. d T.), ou du moins gagner la Cisjordanie.

C’est pourquoi on fait comprendre au travailleur de Gaza qu’il peut obtenir un salaire bien plus élevé pour le même travail, à condition qu’il se déplace jusqu’à la rive occidentale du Jourdain (par exemple au camp de réfugiés à côté de Jéricho).

Cette politique a déjà obtenu quelques résultats. Quelques milliers ont déjà quittés la Bande de Gaza. Beaucoup d’entre eux ont traversé le Jourdain – comme la famille de la terroriste de Zurich. Là-bas ils devinrent les pires ennemis d’Israël, une force rebelle, l’avant-garde des organisations de terreur, comme la terroriste de Zurich. Quelques-uns restèrent en Cisjordanie, où ils jouent le même rôle. Mais en fin de compte, il n’est pas parti beaucoup de gens. La situation démographique n’évolua pas. Et un jour les Jordaniens fermèrent les ponts à ces gens et l’émigration fut arrêtée. Les habitants restèrent ; la faim aussi et la haine ; ce fut le début du terrorisme.

Un lecteur éclairé pourrait bien demander qui décida d’une politique tellement stupide, et quels furent les imbéciles qui l’adoptèrent.

Cette politique semble avoir été inventée par Yasser Arafat lui-même et combinée par El Fatah pour poursuivre les buts d’El Fatah !

Mais ce n’était pas Arafat qui prit la décision, et elle ne fut pas prise pour poursuivre les buts d’El Fatah.

Elle a été prise par l’élite d’Israël, par le ministère. Pourquoi ? Dans quel but ?

Très simple – pour dépeupler la Bande de Gaza autant que possible. Pourquoi ?

Pour faciliter l’annexion de la Bande à l’Etat d’Israël. Au sein du gouvernement, il se déroule une polémique violente entre annexionnistes de tous poils. Chaque ministre veut annexer quelque chose ; quelques-uns veulent davantage, d’autres moins et d’autres enfin veulent tout.

Mais il y a unanimité absolue sur un point : la Bande de Gaza doit être annexée. La semaine dernière, Meir Ya’ari, (Leader de Mapam – N. d T.), qui est un “modéré”, attaqua violemment Pinhas Sapir (le minister des finances – N. d T.), parce qu’il avait omis, dans un de ces rapports, de dire que nous insistons inconditionnellement sur l’annexion non seulement de Jérusalem et du plateau de Golan mais aussi de la Bande de Gaza.

(Note du traducteur : M. Avneri, auteur de cet article, a voté lui-même au Parlement pour l’annexation de la partie orientale de Jérusalem.)

Celui qui possède la mémoire particulièrement vaste, nécessaire pour se rappeler toutes les déclarations faites par le ministre Moshé Dayan, peut se souvenir que peu après la guerre, Dayan fit scandale par une déclaration prématurée, disant que la Bande était déjà annexée.

Le plan Allon (ex. général de l’armée et actuellement vice-premier ministre – N. d T.) inclut l’annexation de la Bande. Une carte du plan, montrant la Bande de Gaza faisant partie d’Israël, avait été imprimée (avec l’approbation du ministre) dans le “Times” et donc fut publiée dans le monde entier – la ville de Gaza elle-même inclue. Les annexionnistes ne désirent nullement intégrer 400.000 Arabes à Israël. Ils veulent déloger d’abord au moins la moitié de la population.

C’est-à-dire qu’ils veulent transférer les 200.000 réfugiés autre part, à Amman ou Naplouse, de manière à n’en laisser que 200.000.

De là les bas salaires, méthode employée pour faire déplacer les gens ; la méthode de la main de fer – qui a commencé le cercle vicieux israélienne (là quelques deux ou trois mots ont été brouillés par la censure israélienne – N. d T.) ; la haine et les représailles ; l’assassinat de soldats israéliens et de manifestantes arabes, les jets de pierres par les écolières et les coups de bâton sur leurs têtes.

Et ceci n’est qu’un début.

Que se passerait-il si le gouvernement décidait de tirer la leçon de la situation actuelle qu’il a créé lui-même et essayait de donner du travail et des salaires raisonnables aux habitants et améliorait les conditions de la région ? C’est difficile à dire.

Pareil cercle vicieux est l’invention du Diable lui-même. Une fois créé, c’est très difficile de le briser.

Chaque acte entraîne le suivant dans une logique cruelle et implacable.

Bien plus, même si les salaires sont améliorés et le chômage réduit, personne de la Bande de Gaza n’oubliera que quelque part quelqu’un prend la décision d’annexer son pays. La révolte de la jeunesse de Gaza n’est pas contre la famine. Elle est contre l’annihilation nationale – contre la politique qui a pour but d’arracher la Bande de Gaza aux Palestiniens pour l’annexer à un pays qu’ils haïssent.

Dans ce contexte, ce qui se passe à Gaza, c’est le réveil national des Palestiniens. C’est un mouvement contre l’annexation et pour le maintien de Gaza comme partie intégrante du territoire palestinien.

Rien ne peut liquider un tel mouvement, si ce n’est une solution au problème palestinien lui-même qui soit acceptable par eux.

Uri Avneri, Haolam Hazeh : 26.2.69.