Communiqe de Presse de L’Union Generale des Etudianrs Allemands (ASTA), de la S.D.S., de l’ISRACA (Israeli Revolutionary Action Committee Abroad) et de la G.U.P.S. (General Union of Palestinian Students) :

Une campagne d’excitation sans précédent a été déclenchée ces derniers jours contre tous ceux qui critiquent le sionisme et la politique de l’Etat d’Israël. Les arguments avancés par les adversaires du sionisme – présentés lors de teach-ins, dans des tracts et des brochures d’information – sont passés sous silence par la presse, et les militants engagés dans cette critique sont calomniés comme antisémites et terroristes.

Lundi dernier, le 9 juin, l’ambassadeur d’Israël à Bonn, Monsieur A. Ben Nathan, devait prononcer une conférence sur « l’évidence du sionisme et de l’Etat d’Israël ». Quelqu’un comme Ben Nathan – qui part de l’évidence du sionisme et qui en donne comme seule légitimation la majorité des électeurs en Israël – ne peut pas admettre une critique de fond du sionisme, de la politique expansionniste d’Israël, de l’expulsion et de la répression des Palestiniens et des socialistes juifs et arabes en Israël même. Quelqu’un comme Ben Nathan – qui refuse de prendre connaissance de la ligne politique des combattants pour la libération palestinienne de l’organisation « El Fatah », exprimée dans le slogan « notre lutte n’est pas dirigée contre les Juifs, mais contre le sionisme » – est forcément amené à qualifier ceux qui protestent contre la répression comme antisémites et fascistes.

C’est bien pour cela que les étudiants juifs, arabes et socialistes allemands avaient exigés, lundi dernier, qu’un représentant de l’Organisation Socialiste Israélienne (Matzpen) puisse s’exprimer, afin que l’absurdité des reproches d’antisémitisme et de génocide se révèle clairement, et pour que puisse s’engager une discussion rationnelle, sans discrimination entre Juifs et Arabes.

Il devenait évident qu’une telle discussion ne pouvait s’engager le lundi 9 juin. L’Union Générale des Etudiants allemands décida alors d’organiser, deux jours plus tard, un teach-in au cours duquel devait prendre la parole Eli Lobel, le représentant de Matzpen.

La campagne d’excitation qui a suivi l’échec de la conférence de Ben Nathan – à laquelle ont participé l’ambassadeur lui-même, le parti socialiste, le maire de Francfort Brundert, le ministre Stoltenberg et la presse toute entière – qualifiant les interpellations orales des étudiants comme des actes de violence fascistes et demandant ouvertement, comme dans le cas du journal Frankfurter Allgemeine Zeitung du 11 juin, que « la violence exige qu’on réponde par la violence » – tout cela a abouti à la légitimation des actes de violence éventuelles contre ceux qu’on avait dénoncés auparavant comme des houligans et héritiers de Hitler.

Ce qui devait arriver arriva. Le mercredi soir, des actes de violence furent exécutés par des partisans fanatiques de l’Etat d’Israël qui se ruèrent sur le podium en formation organisée et armés de bâtons et de couteaux, après que des étudiants juifs aient exigé le silence pour que la discussion puisse s’engager.

Eli Lobel

Des hommes de main professionnels, amènes en cars du quartier des boîtes de nuit, se jetèrent sur les étudiants juifs, arabes et allemands qui étaient connus comme adversaires de l’Etat d’Israël. Ces criminels essayèrent de lancer un projectile lourd sur la tête du représentant de Matzpen qui était étale par terre et sans défense, et des étudiants arabes blessés furent poursuivis et frappés de nouveau. Plusieurs blessés graves devaient être admis à l‘hôpital. La police, qui avait été alertée par des étudiants arabes et par le concierge de l’université, joua son rôle de complice et n’intervint pas. Les hommes de main prosionistes avaient essayé de dresser des listes des noms et adresses des étudiants Juifs antisionistes, les menaçant d’actions de violence et même d’assassinat.

Après leur action, les hommes de main s’enfuirent dans leurs cars qui étaient stationnés devant l’université, le moteur en marche. Des étudiants qui les poursuivaient ont été menacés de coups de feu (des témoins ont vu des révolvers). Un étudiant qui avait pris des photos a été attaqué avec brutalité.

Le parti-pris de la presse allemande est prouvé. Elle a qualifié les évènements de lundi soir à l’université, lors de la conférence de Monsieur Ben Nathan, comme des actes de terreur fasciste des étudiants gauchistes, en dépit du fait qu’aucun représentant du côté sioniste n’a pas été molesté. En cela elle a contribué à créer une situation de pogrom qui a résulté effectivement en des actes violentes. Ces derniers ont été qualifiés par cette même presse, de manière cynique, de “bagarre générale.”

Francfort, le 12 juin 1969.