Fauzi El-Asmar

(Traduit de la revue hébraïque Ahereth)

« “Que vous manque-t-il réellement ? » me demandait encore récemment un de mes amis juifs.

« D’abord la liberté ».

« La liberté ? mais vous pouvez écrire ce que vous voulez. Vous êtes libre de dire tous ce qui vous passe par la tête. Et si vous viviez dans un pays arabe, en Egypte par exemple, pourriez-vous vous exprimez vous-même aussi librement ? Vous serait-il permis de critiquer un leader arabe où un régime arabe ?»

Tout arabe qui discute de démocratie avec ses amis juifs est une cible pour ce genre de questions. La vérité doit être déclaré – la plupart des prétentions qui se cachent derrière ces questions revêches sont vraies. Un arabe qui vit dans un état arabe et qui s’oppose à un régime en place est susceptible d’être arrêté, persécuté ou traité plus durement encore. Mais, à part le Liban, il n’y a aucun régime arabe qui se proclame démocratique. Aucun ne se proclame pour la liberté d’expression.

Ce n’est pas pareil en Israël ou les gens sont fiers de leur liberté d’expression. Examinons le prix que paye un arabe en Israël pour ouvrir la bouche. Examinons combien et comment il doit payer quand il publie – dans une des rares publications qui lui soit ouverte – un article contraire à l’opinion reconnue par l’état. Bien le nom de cet arabe est directement inscrit sur la liste noire d’un bureau gouvernemental. On le surveille et enregistre tout ce qu’il fait. A la première occasion on lui demande de se présenter au poste de police (pour inter- rogatoire).

Travail ? La plupart des débouchés lui sont fermés. C’est-à-dire ceux qui reste, car beaucoup de débouchés lui sont fermés de par le simple fait qu’il est un arabe vivant dans un état juif.

Et si cet arabe accepte les conditions imposées il devra payer un prix très élevé, comme preuve qu’il n’ouvrira plus jamais la bouche. Dans ce cas il arrivera à trahir sa confiance en soi-même, à agir contre sa conscience et à contredire son passé. En faisant cela il remet sa destinée entre les mains des bureaucrates chargés de sa surveillance, qui ne lui font pas confiance de toute façon.

Il n’est pas difficile de convaincre l’opinion public juive et mondiale, que l’attitude de méfiance de la part du régime est justifiée. Il suffit de faire valoir le slogan de « sécurité d’état ». Je doute que beaucoup de gens prennent la peine de s’interroger sur la nature de cette « sécurité d’état » qui porte tellement atteinte.

Combien de lecteurs de Ahereth connaissent, par exemple, la connexion entre la sécurité d’état et l’ordre donné à la direction d’une banque privée comme quoi un arabe ne doit pas y être employé sans l’approbation préalable d’un bureau spécial ?

Quel est le lien entre la sécurité d’état et l’impossibilité d’un paysan de rejoindre sa terre, situé à proximité de sa maison et de son village ?

Dans notre pays démocratique les arabes jouissant de la liberté n’ont pas le droit d’avoir leurs organisations politiques, sportives, et même culturelles.

La bataille menée par le « bureau spécial » contre les clubs sportifs de la zone du triangle, contre l’union des écrivain arabes et encore plus contre les organisations politiques arabes, fait fi des fondements même de démocratie. Le dialogue suivant a eu lieu l’année dernière avec un responsable de la section arabe de la Histadrouth.

« Pourquoi maintenez-vous une union d’étudiants arabes ?»

« Pourquoi est-ce-que vous vous y opposez ?»

« Il existe une union d’étudiants israélienne. Nous n’allons pas permettre l’existence d’une union arabe. Nous allons empêcher son fonctionnement ».

« Nous en avons besoin. Nous ne pouvons pas être représenté dans l’organisation des étudiants juifs. Cette union ne s’occupe pas de nos intérêts. A propos, pourquoi est-ce que vous ne vous opposez pas à l’union des étudiants perses ? Est-ce seulement parce que le paragraphe 3 de leur plateforme préconise le “soutien à l’immigration juive de l’Iran” ? »

L’étudiant arabe en question a payé cher son impudence. Il a été poursuivit de nouveau, et assigné à résidence administrative (art. 111), et battu.

Les mesures appliquées constituent une insulte à l’homme et l’écrase intellectuellement. Par exemple, lorsque un poète arabe décide de publier un recueil de poèmes et doit soumettre les poèmes à la censure – ce qui n’est pas le cas pour un poète juif, bien entendu. Le censeur n’est pas forcément un expert en poésie ; il lui arrive couper des lignes et des paragraphes entiers. Des recueils de poèmes sont publiés – comme celui de Samih al-Khassem : « Chemin de la Liberté » – avec des pages entières en blanc.

La censure atteint l’absurde : des points publiés avec l’autorisation de la censure sont parfois modifiés quand ils paraissent dans la presse. La justification dans ce cas là est toujours la « sécurité d’état ».

Quand un arabe a réussi à avoir une position dans une organisation – ayant auparavant décidé de s’abstenir à exprimer une opinion politique est invité à une cérémonie officielle, tel une réception pour le Jour de l’Indépendance, il doit écouter des discours décrivant la situation merveilleuse de la communauté arabe en Israël. Alors, l’arabe qui a acquis son job au prix de son silence, subira maintenant la pression pour rompre ce silence. On le forcera à se joindre au chœur des loges. Si il s’abstient d’assister aux cérémonies, on lui demandera la raison. Il risque de perdre son emploi s’il ne peut pas fournir un alibi convenable. Mais si il assiste, on verra des articles dans tous les journaux rapportant « la présence de nombreux notables arabes exprimant leur accord avec les discours prononcés ».

Néanmoins, on parle toujours de la démocratie. Oui, mon ami juif, je peux dire ce que je veux. Ensuite, ils feront eux ce qu’ils veulent.

Dis-moi, mon ami juif, si des choses pareilles arrivaient à une minorité juive, dans n’importe quel pays au monde, quel serait la réaction parmi les juifs en général, et les habitants d’Israël en particulier.