[Traduit  d’Al-Hadaf,  n° 287,  16 novembre  1974,  Beyrouth]

Les regards étaient tournés jusqu’à présent vers l’O.L.P., considérée comme le seul représentant du mouvement palestinien. Les diverses reconnaissances internationales donnèrent lieu à une abondance de commentaires. Il faut insister particulièrement sur le fait que l’O.L.P. fut reconnue inconditionnellement par certains pays arabes réactionnaires et bourgeois et par des pays musulmans ou non musulmans dont l’attachement à l’impérialisme américain ne fait aucun doute. Cette attitude favorable dont jouit l’organisation est le fruit du dangereux virage opéré par l’O.L.P. au lendemain de la guerre d’Octobre, qui a permis son intégration dans le projet impérialiste américain. Notons que la bourgeoisie palestinienne, y compris celle des territoires occupés, a également reconnu l’O.L.P. Après la guerre de 1967 et le développement de la lutte armée, cette dernière a adopté — au mieux — une attitude de neutralité, une partie ne cachant pas ses sympathies pour le régime hachémite, une autre partie allant encore plus loin dans son attitude sage et raisonnable à l’égard de l’ennemi sioniste. D’ailleurs, quelles qu’aient pu être les prises de position différentes de la bourgeoisie palestinienne, l’unanimité se fit toujours autour du refus de la lutte armée. En bref, la bourgeoisie palestinienne souhaite qu’il soit mis fin à l’occupation, à condition que cela ne porte pas atteinte à ses propres intérêts. Ainsi après la guerre d’Octobre, quand une solution lui semblait prochaine, elle sortit de sa réserve pour entreprendre des activités pouvant servir ses intérêts ; elle n’ignorait point la véritable nature de l’État proposé : zone de “libre échange ” au Proche-Orient.

Le sens du combat qui se déroule actuellement entre le roi Hussein et l’O.L.P. n’est pas de savoir qui représente les Palestiniens ; son objet réel est la nature du prochain État palestinien (entité indépendante, relations avec la Jordanie). La haute bourgeoisie de l’intérieur rêve de la grande richesse de cet État qu’elle souhaite voir indépendant, pour ne pas être concurrencée dans sa domination par la bourgeoisie jordanienne. l’O.L.P., forte de la grande considération acquise pendant sept années de luttes militaire et politique, est seule capable aux yeux de la bourgeoisie palestinienne de mener le combat pour la défense de ses intérêts, allant jusqu’à la création d’un État contrôlé par la bourgeoisie. Un grand marchandage a eu lieu dans ce sens entre la grande bourgeoisie de Cisjordanie et de Gaza et l’O.L.P. Rappelons au passage que l’O.L.P. représente depuis longtemps les intérêts de la grande bourgeoisie palestinienne de l’extérieur. Le véritable but de cette collaboration, son essence même, est de liquider la cause du peuple palestinien au profit de l’État de ” libre échange “, agent futur de l’impérialisme, de la réaction arabe, allié de la bourgeoisie défaitiste d’Égypte et d’ailleurs. Comme prix de son soutien à l’O.L.P., la bourgeoisie palestinienne reçut à son tour les vives félicitations de l’O.L.P. pour “la lutte obstinée ” menée dans les territoires occupés, et aussi une importante aide financière offerte aux fabricants et distributeurs de produits pharmaceutiques, de même qu’aux paysans riches et à d’autres couches de la population. l’O.L.P. prétend que l’aide est prodiguée pour que les bénéficiaires puissent “résister ” aux offres séduisantes de l’ennemi, alors qu’en réalité il s’agit de les gagner à l’O.L.P. par le moyen de l’argent.

Un référendum en Cisjordanie et à Gaza concernant leur futur statut est plus que probable. Même les Soviétiques et les partisans de l’O.L.P. dans les pays arabes défaitistes n’en écartent pas la possibilité.

On est forcé de constater, en conclusion, que l’État de libre échange appartiendra à la bourgeoisie palestinienne et à elle seule ; elle se taillera la part du lion dans ce projet impérialiste dont le prix sera la liquidation de la cause palestinienne tout entière.

L’inscription de la question palestinienne à l’ordre du jour de l’O.N.U. a aplani les difficultés sur le chemin d’une participation à la conférence de Genève. La présence de l’O.L.P. à Genève a été admise par tous les pays arabes et par l’U.R.S.S., sans aucune objection de la part des États-Unis, ce qui laisse penser que ceux-ci sont pour la création d’un État croupion palestinien.

L’O.L.P. cherche à rallier la bourgeoisie palestinienne de l’intérieur par des compromis réciproques. Ainsi s’explique l’entrée, le 15 juin 1974, au comité exécutif, de plusieurs représentants de cette bourgeoisie. Le “Front patriotique de l’intérieur ” (probablement le “Front national palestinien “, N.D.L.R.) est de ce fait devenu une fraction de l’O.L.P. Il ne faudra pas s’étonner de voir bientôt des institutions de la bourgeoisie, comme la chambre de commerce et d’industrie, etc., rejoindre l’O.L.P. Il ne faudra pas s’étonner non plus de voir la direction de l’O.L.P. étoffée de représentants du grand capitalisme, de commerçants et d’hommes d’affaires. La direction de l’O.L.P. vise à récupérer la grande bourgeoisie de l’intérieur pour lui servir de support et garantie à son avenir ; la grande bourgeoisie de son côté vise à dominer l’O.L.P. afin d’en faire un instrument servant ses intérêts.

Pour conclure, il s’agit du rassemblement de tous ceux qui ont, sans vergogne et à l’aide de slogans mystificateurs, collecté des signatures en faveur du “pouvoir patriotique combattant “, de tous ceux qui n’ignorent pas que le but des préparations actuelles n’est rien d’autre que la constitution d’un État de “libre échange de la région méditerranéenne “.

[voir l’article suivant : LE DÉBAT A L’INTÉRIEUR DU CAMP ARABE : 3. Interview d’Ahmad Jibril]