Que se passe-t-il sur le plan politique au Moyen-Orient? La réponse à une telle question demanderait une étude profonde et exigerait une analyse détaillée afin de pouvoir comprendre les événements qui bouleversent actuellement l’échiquier politique dans les pays arabes, particulièrement pour les mouvements de gauche et de libération. Il n’est guère possible, dans le cadre de cette revue, de présenter une analyse aussi détaillée. Contentons-nous, donc, de donner ici un aperçu général de la situation qui tiendra surtout compte des faits que nous jugeons importants.

A partir de quand faudrait-il débuter notre analyse ? A première vue, on est censé partir de la date de l’arrestation du groupe Sabri, des massacres des dirigeants soudanais et de l’écrasement de la résistance palestinienne, c’est-à-dire environ juin 1971. A notre avis, il est difficile d’aborder ces problèmes et leurs conséquences pour toute la région sans remonter aux sources : à savoir l’acceptation du plan Rogers.

Le plan Rogers

Ce plan a pour objectif fondamental de reprendre en main le Moyen-Orient et de consolider l’influence politique des Etats-Unis dans cette région cruciale pour les intérêts économiques et stratégiques de l’impérialisme occidental. Il s’agissait de le démontrer à toutes les puissances, particulièrement à l’U.R.S.S. mais aussi à certains pays occidentaux (notamment la France) qui avaient la prétention de croire qu’ils pouvaient jouer un rôle politique important dans cette région, alors que seuls les Etats-Unis sont en mesure de le faire efficacement.

Ainsi la mission Jarring a été mise en sommeil et les discussions à New York de quatre puissances aboutirent à des réunions formelles. Les Etats-Unis prenaient l’initiative de trouver « un compromis valable et raisonnable » et, en fait, il s’agissait de geler le problème indéfiniment en réalisant un accord partiel sur l’ouverture du canal de Suez et en prolongeant effectivement le cessez-le-feu le plus longtemps possible, tout en faisant miroiter aux pays arabes, et tout particulièrement à l’Egypte, un nouveau support politique et diplomatique en plus d’une aide économique et financière (à la fois dans le cadre bilatéral et dans celui des institutions bancaires internationales: Banque Mondiale et ses filiales). Certes, les Etats- Unis ne pouvaient pas se permettre pour autant de détériorer leurs relations privilégiées avec le gouvernement d’Israël et, à plus forte raison, de provoquer un renversement d’alliance, quoi qu’en disent les dirigeants de l’Etat d’Israël.

Ces derniers savent parfaitement où mènerait le plan Rogers, à savoir un accord partiel qui aura, comme contrepartie, un renforcement des régimes réactionnaires dans les pays arabes, et à un tournant carrément à droite des gouvernements d’Egypte et d’ailleurs ; en un mot la sauvegarde des intérêts impérialistes, du sionisme et leurs alliés de facto.

Il était clair que les Etats-Unis réclamaient en compensation la liquidation des éléments révolutionnaires dans tous les pays arabes et comme première phase la liquidation de la résistance palestinienne.

Le président Nasser en acceptant le plan Rogers ne pouvait ignorer les calculs des Etats-Unis et d’Israël. Si le président Anouar Al-Sadat ira par la suite plus loin encore, comme nous le verrons, cela n’a été possible que grâce à la caution de Nasser. Toute analyse objective de la situation ne devrait écarter ce fait grave et irréfutable de l’acceptation nassérienne.

D’ailleurs, le petit roi Hussein de Jordanie l’a parfaitement compris, puisqu’il a tiré la conclusion qui s’imposait. Il s’est permis, alors, de lancer l’offensive de septembre 1970 contre les Palestiniens, offensive qui aboutit aux massacres de ces derniers, à l’éclatement des organisations de la résistance, et à leur division parfois même au sein d’un mouvement.

Ce n’était pas la première conséquence du plan Rogers, et ce ne sont pas les palabres de la Conférence au sommet arabe (de septembre) qui pouvaient changer quoi que ce soit. Au contraire, il en sortit le fameux accord du Caire qui constitue le schéma type de l’attitude de la majorité des régimes arabes qui trahissaient cyniquement la résistance palestinienne et lui imposaient un « accord de dupes ». Faudrait-il ajouter que certains mouvements de la résistance et surtout nombre de leurs dirigeants ne demandaient pas mieux que de signer un tel accord, étant donné leurs liens suspects avec lesdits régimes et leurs options idéologiques et politiques ?

Toutes les « analyses » a posteriori et les « autocritiques » de certains dirigeants, rendues publiques, essaient de justifier leur comportement, mais rares sont celles (exception faite d’un ou deux mouvements de la résistance) qui osent aller jusqu’au bout de l’analyse objective : à savoir comment sortir la résistance de la crise dans laquelle elle vit et comment élaborer un programme révolutionnaire d’action politique, idéologique et organisationnelle, en liant ce programme aux autres mouvements de libération et des organisations révolutionnaires des pays arabes et des autres pays de la région. L’accord du Caire étant conforme aux exigences de la réaction arabe, on pouvait passer aux autres phases du plan.

Le décès de Nasser et sa succession

Le décès de Nasser vint précipiter la réalisation des autres phases. Il nous semble superflu de discuter ici la question de savoir si, Nasser vivant, la dégradation politique en faveur de la droite arabe aurait été aussi rapide. Ce qu’il nous importe de souligner, c’est plutôt que Nasser lui-même amorça ce tournant décisif.

Nasser mort, une lutte acharnée entre les clans nassériens devenait fatale.

On peut, grosso modo, diviser ces clans ou groupes en trois : le groupe dit « pro-soviétique » ; le groupe dit « pro-américain » et « occidental » ; enfin le groupe « technocrates ». Au point de vue idéologique tous ces groupes prétendaient appartenir au nassérisme, c’est-à-dire un mélange d’idéologie petite-bourgeoise, de capitalisme d’Etat et d’un certain neutralisme dans la politique extérieure, ce que l’on appelle « le socialisme nassérien ». Il est vrai aussi que chaque groupe voudrait appliquer le « socialisme nassérien » avec ses variantes en ce qui concerne aussi bien les structures politiques et sociales, les relations extérieures et le rôle du capital privé. Chacun de ces groupes se prétendait l’héritier légitime du nassérisme afin d’accéder au pouvoir. On a constaté même une alliance entre groupes jadis rivaux (par exemple groupe Ali Sabri – le Parti – avec le groupe Sami Sharaf et Goumaa – services renseignements et ministère de l’Intérieur) afin de barrer la route au groupe « pro-américain » représenté par Haykal, Mohye Al-Dhine, etc.

Cependant, aucun groupe ne pouvait gouverner seul. Le choix a été pour le moindre mal et aboutit à une sorte de consensus : le vice-président Al-Sadat, que tout le monde croyait pouvoir tenir ou influencer. Al-Sadat ne cachait pas, toutefois, ses sympathies politiques antirévolutionnaires et sa détermination à poursuivre « l’ouverture » aux Etats-Unis, notamment au plan Rogers. Pour cela, il lui fallait être seul « maître à bord », sans contestation possible. Il devait donc éliminer les hommes forts du régime et placer ses hommes à lui dans l’appareil de l’Etat, du parti et de l’armée. L’occasion lui en a été fournie par l’opposition du groupe Sabri-Goumaa et consorts à la nouvelle fédération tripartite (Egypte-Syrie et Libye).

La Fédération tripartite

Il semble, néanmoins, que cette opposition n’a été que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il est plus facile de supprimer ses concurrents sur un problème de « l’unité arabe » que sur les problèmes intérieurs ou de politique extérieure. Il est vrai que cette fédération qui fait apparaître davantage les facteurs négatifs, pour ne pas dire réactionnaires de cette forme d’unité, met en relief l’option politique antimarxiste et d’une manière générale antigauche.

L’élément moteur de la nouvelle fédération, le colonel Al-Khadafi de Libye, ne cache point son objectif : se débarrasser des « mauvais citoyens » du monde arabe (à savoir les gauchistes de toutes les tendances) afin de faire triompher le puritanisme religieux d’antan. Pour Al-Khadafi, cet exorciste de notre époque, le salut viendrait, avant tout, de l’élimination de ces adeptes des « idées importées et athées » et tous les moyens sont bons pour la réalisation d’un tel objectif.

L’affaire soudanaise, l’acharnement contre le groupe Sabri, les pressions sur le président Hafez Al-Assad de Syrie pour qu’il accepte de démettre de leurs fonctions ministérielles les quatre membres du parti communiste syrien constituent une logique de l’action politique de la nouvelle fédération.

Quant au président Al-Sadat, il s’enhardit à pousser sa politique de négociation avec les Etats-Unis (non seulement avec le gouvernement des Etats-Unis, mais également avec les hommes d’affaires : David Rockefeller, Anderson, etc.), déclarant qu’il était prêt à accepter un accord intérimaire et même à signer un traité de paix avec Israël. C’est la première fois qu’un dirigeant arabe ose le déclarer publiquement.

La question, cependant, restait entière pour les Etats-Unis. Israël serait-il assez raisonnable pour faire des concessions mineures afin que le président Al-Sadat puisse réaliser les autres objectifs de son programme d’ouverture ?

Le voyage du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Mr. Rogers, au Caire et à Jérusalem n’a pas été, selon nous, un échec comme l’ont écrit les journalistes européens spécialistes du Moyen-Orient. Et ce n’est pas par hasard qu’à la veille ou presque l’affaire Sabri et consorts a été déclenchée. Rappelons-nous ce que disait Mr. Kissinger de la Maison-Blanche, quelques mois auparavant : « Nous expulserons l’U.R.S.S. du Moyen-Orient » – et il fallait commencer par les partisans de l’U.R.S.S. au sein du gouvernement égyptien. Pour Al-Sadat, il s’agissait de faire d’une pierre deux coups ou même trois : 1. tenir complètement l’appareil en main pour gouverner seul ; 2. démontrer aux Etats-Unis qu’ils peuvent le prendre au sérieux, à la fois pour réorienter sa politique intérieure et extérieure, mais aussi pour faire la paix avec Israël ; 3. prendre ses distances (et non rompre définitivement) avec l’U.R.S.S. et ses partisans de l’intérieur.

Au point de vue politique intérieure et économique, la réorganisation ne faisait plus aucun doute : libération des prisonniers politiques (essentiellement les Frères musulmans qui croupissaient dans les prisons depuis des années); levée de séquestration des biens d’une partie de la bourgeoisie qui n’a pas voulu collaborer avec le « socialisme nassérien »; libéralisme économique et financier (création d’une nouvelle banque dirigée par l’ex-ministre des Finances Al-Khossoni qui a, pour objectif, d’attirer les fonds des Etats pétroliers arabes) ; appel au capital étranger (emprunts et investissements en association avec l’Etat égyptien : projets de pipe-line Alexandrie-mer Rouge, exploitation des champs pétrolifères) ; négociation financière avec les Etats-Unis pour trouver une solution aux emprunts non réglés (147 millions de dollars qui ont été une des causes de refus, depuis une dizaine d’années, des Etats-Unis et des institutions bancaires internationales pour financer les projets égyptiens) ; négociation avec l’Allemagne fédérale; collaboration franche et suivie avec les pays arabes réactionnaires, notamment avec l’Arabie Séoudite (le roi Feyçal jouerait un rôle important d’intermédiaire entre Al-Sadat et les Etats-Unis) et, enfin, prendre ses distances de mouvements de libération et progressistes (Résistance palestinienne, Front de Dhofar, d’Oman, du Yemen du Sud, etc.).

Al-Sadat parviendra-t-il, cependant, à arracher à Israël les concessions minimales et nécessaires ? Quelles seront les réactions de I’U.R.S.S.? En attendant, l’affaire soudanaise éclate et le président Al-Sadat n’hésite pas à rejoindre Al-Khadafi pour abattre coûte que coûte le nouveau régime de Khartoum et, du même coup, le parti communiste le mieux structuré et le plus sérieux du monde arabe, à savoir le parti communiste soudanais.

Le parti communiste soudanais et les massacres de ses dirigeants

Le P.C.S. est, sans aucun doute, le mieux organisé, le plus représentatif des masses laborieuses, et avait les dirigeants les plus capables aussi bien qualitativement que quantitativement.

Pour mieux comprendre le crédit du P.C.S., il faudrait rappeler ici son rôle d’abord pour « l’Unité de la Vallée du Nil », la lutte pour l’accession à l’indépendance (obtenue le 1er janvier 1956), pour l’organisation du syndicalisme ouvrier et étudiant, contre la dictature militaire du maréchal Abboud et enfin contre la déviation de l’entreprise du général Al-Nemeiry.

Sous l’initiative et la direction du P.C.S., les manifestations et les grèves se sont multipliées jusqu’à la chute de la dictature du maréchal Abboud (qui gouverna le Soudan de 1958 à octobre 1964). C’est encore grâce au P.C.S. que le régime corrompu de la « démocratie parlementaire » des deux partis traditionnels soudanais l’Ouma (de Al-Azhari) et le Parti unioniste (de Sadek Al-Mahdi) est tombé.

Rappelons également entre autres faits importants : le fameux procès qui a été un succès juridique et populaire (en 1969) pour le P.C.S. contre la décision du gouvernement d’interdire les activités parlementaires et syndicales de ce parti (mesures d’interdiction qui n’étaient pas pourtant les premières, puisque déjà le régime militaire d’Abboud avait mis le P.C.S. hors la loi dès la fin de l’année 1956) : dénonciation de la corruption et concussion chez les membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires du gouvernement d’Ahmed Mahjoub (1969) et les positions courageuses sur le problème du Soudan du Sud.

En un mot, la préparation effective au renversement du régime décadent et traditionnel d’Al-Azhary et du Premier Ahmed Mahjoub, régime conservateur qui était, en fait, contrôlé par les deux sectes religieuses du Soudan : les Khatmias et les Ansars.

Personne ne pouvait nier le rôle important que le P.C.S. joua dans la révolution nationale de mai 1969 du général Al-Nemeiry. Un mois avant ce renversement, le P.C.S. avait été consulté et proposa ses représentants dans le futur gouvernement.

Cependant, dès les premiers mois, le secrétaire général du P.C.S. Abdelkalek Mahjoub insistait sur l’indépendance du parti à l’égard du gouvernement, tout en participant à celui-ci. Il pensait, toutefois, qu’il fallait rester fidèle à la ligne d’appui critique.

Analysant la prise du pouvoir par les militaires comme une entreprise nationale, Mahjoub n’avait pas perdu de vue que les militaires représentaient une tendance, certes nationale mais, néanmoins, issue de la petite bourgeoisie, et par conséquent il considérait comme dangereux de lier la destinée du P.C.S. au seul bon vouloir du nouveau régime, d’autant plus que les divergences entre le P.C.S. et les militaires en question étaient nombreuses aussi bien sur l’orientation politique et économique que sur ses rapports avec le régime d’Egypte et de Libye. Cependant les divergences parmi les membres du Comité central du Parti devenaient du domaine public et eurent comme conséquence la scission du parti en deux factions ; l’une au pouvoir avec Farouk Issa (ministère des Affaires étrangères), Joseph Garang (ministre du Sud) et d’autres ministres, et l’autre faction plus réservée sous la direction de Mahjoub. Ce dernier a été exilé au Caire et fut autorisé, par la suite, à revenir à Khartoum pour être placé en résidence surveillée.

Toutefois, c’était méconnaître la ténacité de Mahjoub et son indéniable courage de croire qu’il accepterait le silence quand l’avenir du peuple soudanais et de son avant-garde se trouvait en danger. « Un parti politique comme le nôtre ne peut rester en marge de la vie publique ou demeurer passif quand le sort du pays est en danger », disait-il. Ses critiques contre le général Al-Nemeiry, son gouvernement et les membres du Parti y participaient, prenaient un tour de plus en plus farouche et dur. Mahjoub voulait maintenir l’indépendance du P.C.S. dont il estimait que l’appareil était établi sur une base populaire solidement ancrée au sein de la classe ouvrière et de la paysannerie, et par conséquent lui permettrait de se poser en allié indispensable et de garder son entité et son programme. Il s’opposait, alors, à la création d’un parti unique de type « socialisme nassérien » préconisé par le gouvernement Al-Nemeiry. Il critiquait, en outre, le projet de l’unité de la Fédération qu’il jugeait comme prématuré. Il craignait que cette fédération soit éloignée d’un programme idéologique reflétant la pensée marxiste, donc contraire au programme du P.C.S.

Ces prises de position, partagées par la majorité du Comité central, s’opposaient aux options politiques du général Al-Nemeiry et provoquèrent la foudre contre Mahjoub et ses partisans. Le gouvernement ordonna son arrestation. Il nous faudrait souligner, à ce propos, que ces vues politiques ne correspondaient pas exactement à celles des dirigeants de l’U.R.S.S. qui ne partageaient point les craintes du P.C.S. et qu’il y avait des divergences sérieuses entre les deux analyses. Cependant, le P.C.S. a toujours été considéré pro-soviétique. En fait, même s’il partageait les vues du Parti soviétique relatives à l’ensemble des relations entre pays socialistes et condamnait la Chine populaire, le P.C.S. restait, en revanche, intraitable sur les questions locales et régionales. Ses analyses ont été souvent fort éloignées du schématisme auquel nous ont habitués les autres partis communistes de la région et d’ailleurs.

Toutefois, Al-Nemeiry ne pouvait ignorer le poids du P.C.S., il a cru opportun de retarder la participation du Soudan à la Fédération tripartite.

Le coup d’Etat du 21 juillet 1971 des officiers sympathisant avec le P.C.S., dont le chef de file était le commandant Hacham Al-Atta, ne pouvait que bénéficier du soutien du P.C.S., comme d’ailleurs c’était toujours le cas toutes les fois qu’un changement positif se produisait au Soudan.

La fédération tripartite, qui « avait les dents et les griffes acérées » selon les termes du président Al-Sadat, devait agir pour abattre ce nouveau régime susceptible de réaliser une nouvelle étape dans sa lutte de libération et d’atteindre les buts démocratiques et révolutionnaires. Tous les moyens ont été utilisés par la fédération, notamment l’Egypte et la Libye : atterrissage forcé de l’avion transportant deux des chefs du nouveau régime (Babikr El-Nour et Omar Hamadallah) et leur séquestration comme otages ; envoi de troupes aéroportées jusqu’à Khartoum, etc.

L’erreur fondamentale du nouveau régime était de n’avoir pas prévu cette intervention extérieure et, par conséquent, de ne pas avoir armé les masses populaires prêtes cependant à donner leur appui total au soulèvement. En effet, la contre-révolution réussit à libérer le général Al-Nemeiry et la chasse aux communistes commença alors. Plusieurs dirigeants, dont Al-Atta, Mahjoub, El-Nour, Hamadallah et autres dirigeants syndicaux ont été jugés sommairement par un prétendu tribunal ; en réalité il s’agissait d’un simulacre de procès. Tous les journalistes se trouvant alors à Khartoum ont été formels sur ce point.

Les dirigeants du Caire, de Libye pouvaient se flatter d’avoir débarrassé le Soudan de ces « maudits athées ». Ainsi ce front contre-révolutionnaire du monde arabe, de l’Arabie Séoudite féodale et symbole du conservatisme jusqu’à la nouvelle forme de conservatisme religieux de Libye, en passant par le Caire a été constitué pour défendre l’ordre établi.

Les communistes, eux-mêmes, qui étaient au gouvernement et qui « prêchaient dans le désert » en rompant avec le groupe Mahjoub n’ont pas été épargnés ; les uns ont été pendus, comme Mahjoub et ses compagnons, et les autres se trouvent en prison ou en exil.

Par ce premier acte, la nouvelle fédération montra son nouveau visage et marqua définitivement son principal objectif : empêcher l’installation de tout régime progressiste non seulement dans la fédération en question (une clause de sa charte le stipule clairement d’ailleurs), mais également dans d’autres pays arabes.

En revanche, les pays membres de la fédération se contenteront de phrases creuses pour condamner l’abominable massacre des Palestiniens perpétré par le régime de Jordanie.

Poursuite de la liquidation de la résistance palestinienne

Le roi Hussein de Jordanie, constatant que le premier massacre de septembre 1970 ne suscitait que des réactions verbales parmi les autres pays arabes qui ne constituaient aucun danger réel pour son trône, jugea opportun de poursuivre la liquidation des mouvements de la résistance palestinienne. Provoquant et les Palestiniens et les autres pays « frères », le gouvernement d’Amman décida en juillet de considérer comme caducs les accords jordano-palestiniens. Les massacres continuèrent sur une grande échelle, conduisirent à une véritable campagne d’extermination et les prisons se sont remplies des commandos et militants palestiniens (officiellement Amman donnait un chiffre supérieur à 2 500 prisonniers). Les réactions, comme la première fois, ont été nombreuses ainsi que les déclarations fracassantes, mais, en fait, tous les dirigeants arabes étaient embarrassés et cela malgré l’appel de la résistance pour une « intervention militaire afin de faire cesser les massacres contre le peuple palestinien » et demander des sanctions politico-économiques. La conférence de Tripoli (on comptait seulement la présence de cinq pays arabes) se termina par une résolution, comme d’habitude, sans aucune mesure pratique. A Amman, on continua le tri entre les « bons » et les « mauvais » fedayin (entendez par « mauvais » les révolutionnaires, les hommes de gauche : ceux du F.D.P.L.P. et F.P.L.P. et la gauche de Al-Fath) et on fusillait ceux qui avaient été « convaincus d’intelligence avec l’ennemi » !

La plupart des gouvernements arabes soucieux de faire face à la nouvelle situation avec « sagesse » et « sans affolement » demandèrent au roi Hussein de bien vouloir cesser « immédiatement » les mesures militaires prises contre la résistance. Plusieurs semaines après ces décisions « historiques », les va-et-vient entre plusieurs capitales des envoyés spéciaux du Caire et de Ryad, Dr Sabri Al-Kholi d’Egypte et le ministre d’Etat des Affaires étrangères de l’Arabie Séoudite, M. Omar El-Sakaf, préconisèrent une conférence de la « Réconciliation » à Djeddah entre les représentants de Jordanie et les Palestiniens.

On s’attendait à un refus catégorique de la part des mouvements de la résistance. Cependant, malgré la dénonciation du F.D.P.L.P. et certains éléments de la gauche de Fath, la direction de l’O.L.P. dominée par Al-Fath, accepta d’envoyer une délégation à Djeddah et continue à y négocier actuellement.

Comment expliquer une telle décision, aussi bien grave qu’impopulaire par ses conséquences désastreuses de division de la résistance ? Est-ce par découragement, ou par irresponsabilité des dirigeants de l’O.L.P. ? Il nous semble qu’il faudrait ajouter également deux autres raisons : par crainte de voir l’énorme budget coupé d’une part, et par docilité de cette organisation aux pressions à la fois de l’Arabie Séoudite et de l’Egypte, d’autre part.

Là aussi, l’objectif est clair : éliminer de la résistance palestinienne les éléments progressistes, extirper ces éléments pour que les « bons » puissent écouter les conseils des pays frères qui essaient de le faire admettre comme interlocuteurs valables pour la solution politique le moment venu. On cherche là des gens raisonnables qui permettraient la consolidation de l’ordre établi.

Tant que les dirigeants de la résistance resteront attachés aux subsides accordés par les pays réactionnaires, ils ne peuvent être que les exécutants des volontés de ces régimes et sont la négation même d’un véritable mouvement de libération. En revanche, s’ils se décident à élaborer un programme révolutionnaire, s’adressant directement aux masses populaires de tous les pays arabes, leurs bases s’en trouveront d’autant plus consolidées et ils pourront résister à toutes les pressions. Il faudrait, nous semble-t-il, que la résistance lie ses mouvements aux autres mouvements révolutionnaires dans la région.

De toute manière, même si certains dirigeants actuels de la résistance ne sont pas à la hauteur de leur responsabilité, cela ne signifierait pas que la cause du peuple palestinien est perdue. Certes, les obstacles et les difficultés seront plus nombreux encore, mais il ne fait aucun doute que la lutte continuera, étant donné que les conditions objectives font ressortir la nécessité d’une lutte contre l’impérialisme, le sionisme et la réaction arabe, et pour l’instauration en Palestine d’un régime véritablement socialiste pour tous ses habitants.

Les mouvements de libération à Dhofar, Oman et les principautés du Golfe

La guerre populaire sévit à Dhofar depuis le 9 juin 1965. Le Front populaire de libération du Golfe arabe occupé (avec sa section de Dhofar : le Front de libération de Dhofar) a eu à affronter de nombreuses difficultés ; cependant il continue courageusement une lutte acharnée contre l’impérialisme anglais et son valet le sultan d’Oman. Il a remporté de nombreuses victoires militaires sur les mercenaires du sultan Quabus et les Anglais, victoires qui aboutirent à la libération des trois quarts du territoire de Dhofar, la partie du sud de l’imamat d’Oman. La capitale elle-même, Sallalah, fut livrée aux bombardements des combattants révolutionnaires du F.P.L.G.A.O. pendant plusieurs semaines.

Le foyer révolutionnaire du Dhofar non seulement est parvenu à se maintenir face aux multiples obstacles militaires et économiques, mais également à triompher de toutes les difficultés d’ordre tribal, d’infrastructures, et a pu ainsi installer une nouvelle structure administrative fondée sur le programme du F.P.L.G.A.O. dans tous les territoires libérés. La révolution s’est imposée, aussi bien à Dhofar que dans les autres provinces de l’imamat d’Oman et les autres émirats du golfe, comme l’œuvre des masses laborieuses. Parallèlement aux combats qu’il continue à livrer aux forces réactionnaires et coloniales, le F.P.L.G.A.O. a organisé plusieurs congrès dont le dernier en date (le troisième) s’est réuni du 9 au 19 juin 1971 à Rahout pour faire les analyses et les rapports critiques sur le développement de la révolution, et les facteurs négatifs et positifs qui influent sur elle. Le programme élaboré à cette occasion a défini une stratégie globale à tous les niveaux (idéologie, tactique, organisation, relations avec les autres mouvements de libération dans les pays arabes et le tiers monde). Il a été décidé :

  • Sur le plan national: la création d’un commandement général du F.P.L.G.A.O. avec plusieurs sections pour chaque région de cet ensemble du Golfe (ainsi il y a la section de Dhofar, d’Oman, de l’intérieur, les émirats, etc.). Ce changement de nom du Front fait état d’une nouvelle stratégie révolutionnaire globale dans tout le golfe arabique tout en liant la lutte du Dhofar à celle des autres masses populaires de l’ensemble – et cela en vue de l’unité de la région.
  • Adoption de la violence révolutionnaire organisée comme seul moyen d’écraser l’impérialisme, la féodalité et la bourgeoisie.
  • Adoption du socialisme scientifique comme base idéologique du Front.
  • Sur le plan politique : le Congrès condamne énergiquement et définitivement :
  1. a) la future fédération des émirats du Golfe arabique (préparée par l’impérialisme anglais et appuyée par les régimes réactionnaires arabes, Arabie Séoudite, Koweit, émirs et cheiks) ;
  2. b) l’indépendance fantoche du Bahrein, de Qatar et d’Oman ;
  3. c) toutes les structures politiques traditionnelles et archaïques de la région ;
  4. d) l’emprise coloniale et néo-coloniale (impérialisme anglais et des Etats-Unis, mais également le capitalisme international) ;
  5. e) le Congrès réclame le renforcement des liens avec les mouvements révolutionnaires des autres pays arabes et avec les autres mouvements révolutionnaires du monde.

C’est dans ce contexte que le F.P.L.G.A.O. envoya en septembre-octobre 1971 une délégation à l’O.N.U. pour remettre au secrétaire général M. Thant un mémorandum précisant ses vues sur la prétendue « indépendance du sultanat d’Oman, de Qatar et du Bahrein et de la future fédération du golfe arabique ».

Ce même mémorandum, distribué à tous les membres de l’O.N.U., rend responsable cette organisation dans le cas de l’admission de ces trois pays (mesure qui a été prise par l’O.N.U. quelques jours après). Il démontre, en outre, que cette indépendance n’est que fictive et que le colonialisme britannique, en fait, contrôlera ces pays « indépendants » directement, étant donné ses intérêts colossaux dans cette partie de la péninsule arabique.

Pour le F.P.L.G.A.O., la lutte révolutionnaire continuera, comme auparavant, et elle ira en s’intensifiant jusqu’à la chute des régions réactionnaires.

Naturellement, face à cette lutte acharnée et au programme révolutionnaire du F.P.L.G.A.O., l’impérialisme et ses alliés, les régimes réactionnaires de la région, font appel à toutes les ressources pour enrayer la poussée révolutionnaire de cette région riche de champs pétrolifères et d’une importance stratégique.

Les régimes féodaux arabes ont même trouvé des solutions pour régler leurs différends avec l’autre régime réactionnaire, celui d’Iran, qui profitant de ce rapprochement (préconisé et appuyé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) a su imposer ses conditions, c’est-à-dire l’occupation de deux petites îles du Golfe (importantes du point de vue stratégique) et l’obtention des privilèges économiques et militaires dans les émirats et la future fédération.

Il ne reste à ce nouveau front contre-révolutionnaire que l’écrasement militaire du F.P.L.G.A.O. et de l’autre régime qui constitue à la fois un danger et l’arrière-pays : c’est-à-dire le Yémen du Sud.

République populaire et démocratique du Yémen

Après le compromis réalisé au Yémen du Nord entre les royalistes et les républicains, l’Arabie Séoudite s’acharne pour imposer, par les armes, une solution similaire pour détruire le gouvernement de R.P.D.Y.

Le Yémen du Nord qui fut, pendant huit ans, un champ de bataille entre républicains et royalistes a cédé politiquement (et non militairement, puisque après le départ de l’armée égyptienne la jeune République se défendit héroïquement et gagna la bataille de Sanaa assiégé). Néanmoins, les « modérés républicains » profitèrent d’un prétendu coup d’Etat militaire de la gauche (août 1968) pour se réconcilier avec l’Arabie Séoudite et par ces derniers avec les royalistes yémenites.

On connaît la suite des événements qui aboutirent au fait que la République arabe du Yémen devint une République modérée, avec une coalition entre républicains et royalistes, et où l’influence de l’Arabie Séoudite reste réelle.

Est-ce pour autant concevable que le régime de Sanaa soit en mesure de permettre aux mercenaires des anciens sultans du Yémen du Sud, aux groupes oppositionnels de Al-Rabitah Al-Gunub (la Ligue du Sud) et du F.L.O.S.Y. (Front national du Sud du Yémen occupé : jadis pro-nassérien, aujourd’hui à la fois pro-égyptien et pro-séoudien), d’avoir des bases d’attaque contre le régime progressiste du Yémen du Sud ? La question se pose plus que jamais, car il y a toujours eu ces deux dernières années des infiltrations partant des territoires du Yémen du Nord contre le Yémen du Sud. Mais aujourd’hui l’Arabie Séoudite exige beaucoup plus que de simples opérations !

Pendant ces deux derniers mois, des batailles sanglantes se sont déroulées à la frontière des deux pays entre les mercenaires qui avaient leurs bases sur les territoires du Yémen du Nord, et l’armée du Yémen du Sud. Il se révèle que l’Arabie Séoudite voudrait forcer davantage la main aux dirigeants de Sanaa pour qu’ils puissent permettre l’intensification des attaques contre le régime du Yémen du Sud.

Il s’agit, là aussi, d’abattre le régime progressiste de la République populaire et démocratique du Yémen.

*

Devant cette offensive généralisée contre les mouvements de libération et les mouvements progressistes du Moyen-Orient, comment les puissances « socialistes » ont-elles réagi ? Ont-elles sacrifié ces mouvements au nom de l’intérêt de l’Etat et au nom du principe de non-intervention dans les affaires intérieures ? C’est à quoi nous essaierons de répondre.

L’U.R.S.S. et la situation actuelle au Moyent-Orient

L’U.R.S.S., qui a largement aidé les pays arabes, particulièrement l’Egypte, au prix de lourds sacrifices afin qu’ils puissent résister à l’agression et du même coup renforcer le camp anti-impérialiste, ne s’attendait pas à un tel revirement. Les dirigeants de l’U.R.S.S. ne cachent pas leurs inquiétudes au vu de ce qui se passe dans le monde arabe. Mais ces inquiétudes deviennent encore plus grandes quand ils réalisent la dégradation de leurs relations avec l’Egypte.

Que le régime de Khadafi soit à la tête de la croisade de l’anti- communisme, et même de l’antisoviétisme est une chose, mais que dans l’Egypte de Sadat on constate de plus en plus l’élimination de nombreux pro-soviétiques et qu’une véritable campagne anti-soviétique soit lancée, voilà de quoi surprendre et préoccuper les dirigeants.

Les faits révèlent que l’U.R.S.S. est devenue la cible d’attaques de la plupart des pays arabes du Moyen-Orient, et si l’Egypte officielle ne participe pas encore ouvertement à ces attaques, on sait en revanche que certaines personnalités bien placées au Caire ne cachent pas leurs critiques sévères de l’U.R.S.S. Il est courant d’entendre une réflexion comme celle-ci : « Certes, l’U.R.S.S. nous envoie des armes, mais pour nous contrôler et nous imposer ses conditions. »

En fait, l’U.R.S.S. ne s’attendait pas à cette nouvelle situation d’autant plus qu’elle a toujours traité avec les gouvernements des pays arabes dans le cadre des relations d’Etat à Etat, et souvent même conseillait aux « partis communistes frères » de la région de modérer leurs critiques contre les dirigeants, allant jusqu’à demander à ces partis de collaborer loyalement et totalement.

En d’autres termes, l’U.R.S.S. attachait davantage d’importance à ces relations d’Etat à Etat, et mettait ainsi les partis communistes locaux dans des situations inconfortables et parfois même en contradiction avec leurs programmes idéologiques et leurs propres options politiques.

En outre, on connaît les positions de l’U.R.S.S. en ce qui concerne les mouvements de libération (résistance palestinienne, Front populaire de Dhofar, etc.), c’est-à-dire une grande prudence, et parfois même incompréhension. Il fallut attendre l’arrestation et l’exécution de communistes soudanais pour que l’U.R.S.S. réagisse, se contentant d’ailleurs de protester et d’exercer certaines pressions. L’exemple du Soudan est remarquable à ce point de vue. L’U.R.S.S. n’a pas encore perdu l’espoir de collaborer avec le gouvernement actuel de Khartoum et ainsi elle serait prête à tourner la page sur cette « malencontreuse affaire ».

L’U.R.S.S. serait-elle susceptible de changer ses options politiques au Moyen-Orient ? Serait-elle en mesure de tirer la conclusion pour appliquer une nouvelle politique fondée sur une attitude de soutien total aux mouvements de libération et aux organisations progressistes ? Il est permis de douter qu’il puisse y avoir une telle orientation qui exigerait la rupture avec toutes les théories « de la co-existence » appliquées depuis fort longtemps.

Et la Chine populaire ?

La Chine populaire se trouve dans une situation différente, et moins engagée, car ses relations avec les Etats du Moyen-Orient n’ont guère dépassé le stade d’appui théorique et diplomatique et, par conséquent, les risques politiques sont moindres.

En outre, la Chine populaire est davantage engagée vis-à-vis des mouvements de libération de Palestine et sa condamnation d’Israël est plus catégorique. C’est également vrai pour le mouvement de libération de Dhofar et du Golfe.

Cependant, on fut également surpris de savoir que la Chine populaire accordait son aide au gouvernement du général Al-Nemeiry, le bourreau qui venait de liquider les membres du parti communiste soudanais. L’explication des relations d’Etat-Etat serait, là aussi, facile ou encore telle que l’on ne peut intervenir dans les affaires intérieures.

Certes, la question de changement de structure et de prise de pouvoir est une responsabilité qui incombe aux révolutionnaires locaux et à leurs organisations. Toutefois, nous voudrions croire qu’il y a un minimum de solidarité avec ces révolutionnaires et ce n’était pas le cas au Soudan.

Conclusion

La situation politique au Moyen-Orient, telle qu’elle vient d’être décrite dans son ensemble, se trouve dans une position de recul en faveur de la droite arabe et de l’impérialisme.

Le plan Rogers et ses conséquences, l’orientation de la Fédération tripartite, les nouvelles options politiques et économiques de l’Egypte, la désorganisation de la résistance palestinienne, les difficultés dans lesquelles se débat le régime progressiste du Yémen du Sud sont des facteurs négatifs pour les mouvements de libération et les organisations révolutionnaires. Cependant, ces mouvements continueront le combat et la lutte se développera, d’autant plus que les régimes réactionnaires ne pourront pas résoudre les problèmes du sous-développement : la phase de brûler l’étape du développement bourgeois est devenue une exigence historique et ne fera que favoriser l’apparition de transformations révolutionnaires et imposera l’adoption du concept de la révolution permanente.

En effet, une clarification idéologique, par l’adoption du socialisme scientifique, est obligatoire pour tous les mouvements progressifs dans la région du Moyen-Orient. Toutes les conceptions socialistes utopiques (notamment celles qui prétendent que la lutte des classes sociales n’est pas inéluctable) ont prouvé leur faillite totale. D’où la nécessité absolue de l’élaboration d’un programme d’action pour un front uni capable de faire face aux tâches de la libération de la région de l’emprise de l’impérialisme, du capitalisme international et de leurs alliés dans la région : le féodalisme et le sionisme.

Les mouvements de libération et les mouvements révolutionnaires devraient analyser les erreurs commises et se libérer du nationalisme étroit teinté de sentiments affectifs et illogiques (par exemple, croire que l’on peut fixer une étape nationaliste avec des régimes réactionnaires, comme l’Arabie Séoudite, la Jordanie, etc., ou avec des régimes se fondant sur la race : l’Etat sioniste d’Israël…).

Un front entre les forces de la gauche de la région tenant compte des conditions objectives sera, à notre avis, la seule réplique à la Ligue contre-révolutionnaire du Moyen-Orient.

L’adoption d’un tel programme exigerait des sacrifices et d’immenses efforts, mais représentera de véritables perspectives aux classes laborieuses de notre région.

[voir le suivant : Scènes du Moyen-orient – Shimon Tzabar]