Lettres de Jérusalem: 1. Aleph Hoder (Eli Lobel)

Comment le drapeau palestinien ne fut pas hissé sur l’université de Jérusalem. – Les défenseurs arabes des forces armées israéliennes. – Personne ne craint Jarring. – Israël sans trop de shabbes-goyim demande Golda Meїr en anglais. – Les élections municipales de Nazareth et la course au prix Nobel de la paix.

Je vais commencer par vous raconter les développements qui ont eu lieu autour de cette histoire dont vous avez certainement entendu parler et qui concerne la « bagarre sur le drapeau palestinien » à l’université de Jérusalem. Il paraît que cette histoire a eu des échos chez vous. Tout a commencé par une décision chauvine prise au mois de novembre par l’Union des étudiants d’Israël, se prononçant contre le retrait de tout territoire et contre les droits des Palestiniens. Cette résolution fut adoptée par un congrès national de l’Union ; le groupe Siah (Nouvelle gauche israélienne, N.d.T.) de Jérusalem s’y opposa avec vigueur et demanda la tenue d’un référendum parmi les étudiants sur ce point. Le référendum demandé fut promis il y a deux mois de cela, mais rien n’a été entrepris dans cette direction, soi-disant à cause des « difficultés objectives ». Le groupe Siah de Jérusalem décida alors d’appeler à un meeting ; 100 à 120 personnes y assistèrent. Tout se passa dans le calme, et même vos gens (les camarades du Matzpen, N.d.T.) ont pu vendre leur journal sans être molestés. Mais les opinions exprimées, quelles bêtises ! La majorité des assistants était en faveur de la résolution de l’Union des étudiants et certains étaient même plus extrémistes, comme cet énergumène du Gahal (parti d’extrême droite présidé par M. Menahem Begin, N.d.T.) qui prétendit ceci : « Vers l’extérieur on n’a pas besoin d’une résolution contre le retrait et pour l’installation dans les territoires, mais parmi nous on doit obliger légalement les étudiants à participer aux nouvelles installations » (je suis sûr qu’on en arrivera là un jour). Personne ne s’intéressait aux discours prononcés par les gens du Siah.

Après ce demi-échec, le groupe Siah de Jérusalem décida de frapper un grand coup. Une semaine après la réunion ils s’amenèrent à l’université pour faire signer une pétition en faveur de la reconnaissance des droits du peuple palestinien. La table sur laquelle étaient déposées les feuilles de la pétition était couverte de papier dans les trois couleurs vert, blanc et noir (couleurs du drapeau palestinien, N.d.T.). Personne, en dehors des gens du Siah et de moi-même ne comprenait de quoi il s’agissait. J’ai même demandé à un des camarades du Siah si je ne devais pas attirer l’attention sur la signification des couleurs, mais il me répondit : laisse, qu’ils le devinent eux-mêmes. C’est alors qu’on vit s’approcher de la table un gars des groupes spéciaux de l’université – ce sont des étudiants orientalistes qui reçoivent des bourses en provenance de milieux bien déterminés – et il révéla le terrible « secret ». Un grand cri partit aussitôt de la foule : «Fath, Fath, assassins d’enfants, terroristes, traîtres !…» Une grande bagarre s’ensuivit et les gens de Gahal arrachèrent les papiers de la table en distribuant des coups bien assenés. Siah se réunissait le même soir et décidait de hisser le lendemain le drapeau palestinien sur le mât de l’université. Bien entendu, comme vous le savez, « le grand frère a une oreille partout » et la décision fut connue de la direction de l’université le soir même, avant qu’elle ne fût communiquée officiellement le lendemain matin. La cellule du Gahal à l’université le savait aussi, et elle amena en renfort des jeunes du Betar (organisation de jeunesse de Gahal-Herouth, N.d.T.) qui annoncèrent : « Le sang coulera ». Le doyen de l’université avertit les gens de Siah que quiconque hisserait le drapeau palestinien serait expulsé de l’université, et que de toute façon toute activité dans l’enceinte de l’université leur était interdite, étant donné que le Siah n’était pas un organisme académique ! Le groupe Siah de Jérusalem décida alors de renoncer à hisser le drapeau mais de tenir une réunion dans l’enceinte universitaire.

Cette nouvelle réunion offrit le spectacle suivant : Yossi Schwartz, l’orateur, était entouré d’un épais cordon d’ « agents de sécurité » de l’université, cependant que le directeur Harpaz s’était posté en face de l’orateur et dirigeait ses sbires par des signes convenus. Les énergumènes du Gahal étaient regroupés dans un coin, attendaient le signal, mais visiblement ne savaient pas de quoi il s’agissait. Il s’est avéré tout de suite qu’il existe une sorte de décision de Harpaz et de son entourage, selon laquelle certains sujets peuvent être abordés et d’autres sont interdits. On peut parler de paix et de notre volonté de paix ; on ne peut pas parler des droits des Palestiniens, par exemple. Quand Yossi Schwartz aborda un sujet « interdit », les sbires de Harpaz lui enlevèrent le micro de force. L’orateur entonna alors Le Chant de la paix et tout le public se joignit à lui avec enthousiasme. Mais quand il aborda de nouveau un sujet « interdit », le micro lui fut derechef enlevé. C’est l’attitude des étudiants eux-mêmes qui m’a le plus frappé. Une assez grande foule était présente cette fois, plusieurs centaines de personnes, et la grande majorité était pour qu’on enlève le droit à la parole à Yossi Schwartz. On applaudissait les sbires de Harpaz quand ils enlevaient le micro à Yossi Schwartz, ce qui se répéta plusieurs fois. Cette comédie se prolongea pendant trente à quarante minutes, puis les commandos du Betar en eurent assez ; ils passèrent à l’attaque, une bagarre s’ensuivit et ainsi se termina l’affaire.

Quelques jours plus tard eut lieu une réunion nationale du Siah. Le Siah n’est pas un mouvement structuré et discipliné. Chaque section jouit d’une très grande indépendance, et la section de Jérusalem est très particulière. Les autres sections attaquèrent avec violence le groupe de Jérusalem, l’accusant d’être influencé et pénétré par les gens du Matzpen. Haolam Haze (hebdomadaire du député Uri Avnery, N.d.T.) répétait ces « accusations ». En fin de compte, après toute une journée de discussions laborieuses, on se mit d’accord sur un programme qui ne dit plus rien, ou pas grand-chose. Les gens du Siah partirent aussitôt diffuser le programme à Dizengoff (le Saint-Germain-de-Prés de Tel-Aviv, N.d.T.) et ils furent roués de coups. Pour la majorité des membres du Siah les coups seraient la preuve, paraît-il, que le programme est trop radical. Que faire, quand les gens ne veulent pas apprendre !

Je vais vous parler maintenant d’Uri Avnery et de ses projets : A son retour des U.S.A., il a publié un grand article dans Haaretz (grand journal d’information d’Israël, N.d.T.). Il y proposait la constitution d’un mouvement de paix unifié, sans le Matzpen et le Rakah (parti communiste israélien, dit arabe, N.d.T.), sur la base de deux principes : 1) retour aux frontières d’avant le 5 juin 1967 ; 2) reconnaissance des droits du peuple palestinien et constitution d’un Etat palestinien. (Maintenant, même lorsqu’il énonce des choses qui ne sont pas forcément insensées, on ne le croit plus et l’on n’y fait même pas attention.) Il a tellement flatté l’armée, les généraux et le régime tout entier qu’il n’est plus crédible et ne constitue plus un danger pour l’establishment. Après ledit article il s’est lancé dans une grande campagne pour un « moratoire israélien » , en commençant par des meetings dans les universités, et à Jérusalem en premier lieu. La salle était aux deux tiers vide. Le Siah avait organisé un « cercle ouvert » le même soir et les sympathisants de la gauche y allèrent plutôt qu’à la réunion d’Avnery. Son discours fut un grand éloge de l’Etat et de la population, et j’en fus écœuré. Selon Uri Avnery, l’occupation serait libérale, les autorités d’occupation se comporteraient bien, et les Palestiniens le savent et l’admettent. Il n’a pas dit un mot des déportations massives qui ont eu lieu ce mois-ci ; il a répété à plusieurs reprises qu’une partie non négligeable du parti au pouvoir soutenait ses positions (Liova Eliav, secrétaire du parti travailliste, par exemple) et il a dit combien il jouissait de la sympathie de nombreux officiers de l’armée (!).

Le sommet de l’abjection fut atteint quand Uri Avnery se mit à raconter combien le peuple palestinien aime Israël et son armée. Ici je dois tout d’abord faire un petit retour en arrière. Dans la Jérusalem arabe vit un certain colonel Khalidi, qui a servi jadis dans l’armée britannique, puis dans l’armée syrienne jusqu’à 1948. Il était alors à la tête des troupes qui conquirent le kibboutz Malkia. Il prit sa retraite en 1948, et vivait à Jérusalem quand les troupes israéliennes l’ont conquise en 1967. Peut-être prit-il peur, toujours est-il qu’il est devenu un des supporters les plus enthousiastes de l’armée israélienne. Il donne de nombreuses conférences, se déplace souvent en hélicoptère avec « Gandhi » (le général Rehavam Zeevi, commandant de la zone militaire du centre d’Israël. N.d.T.) et organise chez lui des rencontres à l’intention des visiteurs importants des U.S.A. et de la Grande-Bretagne. On lui prête l’intention de vouloir se faire nommer à l’université de Jérusalem. Quand sa silhouette apparaît dans la rue Salah-Eddine, ou dans n’importe quelle autre rue de la Jérusalem orientale, les gens se rappellent tout à coup qu’ils ont envie de cracher, mais la prudence et le respect de la loi les incitent à cracher dans la direction opposée à celle du colonel Khalidi.

Voici maintenant l’histoire que raconta Uri Avnery lors de cette fameuse réunion à l’université de Jérusalem : « Gandhi » emmena un jour Khalidi et d’autres personnes à une réunion au kibboutz Malkia. On y analysa tout d’abord les conditions de la conquête de ce kibboutz par les armées arabes en 1948, et l’on se pencha ensuite sur les perspectives d’avenir. Un membre du kibboutz demanda à Khalidi quelle serait à son avis la meilleure garantie pour la paix dans la région, et Khalidi répondit – selon le récit d’Avnery – que la meilleure garantie résidait dans une forte armée israélienne !

J’étais présent, assis à côté de quelques membres du Comité des étudiants arabes de l’université. Ils ont appris (comme tous les « citoyens israéliens appartenant aux minorités ») à se dominer et ne rien laisser paraître de leurs sentiments, et cela par un long apprentissage. Cette fois ils n’ont pu se retenir. J’avais envie de leur dire quelque chose, mais il m’a suffi de les regarder pour ne plus rien dire. J’ai rarement éprouvé une telle nausée, et pourtant j’en ai vu dans ma vie.

L’atmosphère générale du pays est caractérisée par une auto-satisfaction à toute épreuve. Il s’avère clairement que la majorité des « partisans de la paix » ont agi par peur et non pas pour la défense de principes. La peur était double : 1) les victimes causées par la guerre ; 2) l’attitude des U.S.A. Or, ces deux facteurs ont évolué. Le soutien des U.S.A. est très fort. Le plan Rogers est resté lettre morte et personne ne le prend au sérieux. Tout le monde sait qu’on va revenir aux négociations Jarring (la lettre a été rédigée avant la décision officielle du gouvernement israélien sur le retour aux conversations Jarring, N.d.T.), et tout le monde sait que cela ne signifie pas grand-chose, qu’on laissera traîner les conversations quitte à les saborder, et que les U.S.A. sont d’accord, à condition qu’on maintienne l’illusion de conversations. Le soutien des U.S.A. aux Nations unies n’a jamais été aussi complet, et Israël n’a jamais auparavant reçu une part aussi importante dans l’aide militaire officielle des U.S.A. (500 millions de dollars sur un total de 1034 millions). Le soutien de Nixon est assuré pour n’importe quelle initiative israélienne ou presque. La situation sur le front oriental est également extrêmement satisfaisante pour Israël : Hussein est maintenant son vassal officiel. Il se répand en compliments pour Dayan et Dayan les lui rend. Il a reçu une bonne mention dans le dernier discours de Golda Meïr à la Knesseth, comme il n’en a jamais reçue de la part d’aucun autre chef de gouvernement. La vallée du Jourdain est plutôt calme, et les Bédouins de Hussein étouffent lentement mais sûrement les organisations palestiniennes, avec la collaboration partielle mais non négligeable de certains chefs de ces organisations. La lecture de la presse israélienne qui rapporte avec délectation et sympathie les agissements de Hussein et de son chef de gouvernement, les louanges distribuées à ceux-ci et à leur armée, tout cela est presque aussi écœurant que les histoires Avnery-Khalidi.

Dans une telle conjoncture, personne ne s’affole des menaces égyptiennes de ne pas renouveler l’accord de cessez le-feu le 5 février, et bien que le gouvernement essaie de donner de la publicité à cette éventualité les gens ne s’en préoccupent pas. Je ne sais pas moi-même à quoi m’en tenir dans la situation actuelle. Je pense que si la situation actuelle se prolonge encore quelques mois, il est évident que le vieux slogan de l’Irgoun et du Betar (la domination sioniste des deux côtés du Jourdain par la force des armes, N.d.T.) se réalisera dans les faits. Il est en même temps évident qu’à long terme un tel état de choses se retournera contre le sionisme, car le peuple palestinien restera aussi dans sa grande majorité à l’intérieur de ce grand Israël des deux côtés du Jourdain, et en fin de compte les sionistes y étoufferont. Mais cela à long terme, et entre-temps ils vivront encore quelques bonnes années avec cette contradiction. Pourtant, je lis aujourd’hui même que Golda Meїr aurait dit dans un discours qu’elle ne voudrait pas d’un Etat avec un trop grand nombre de shabbes-goyim (non-Juifs qui faisaient les travaux interdits aux Juifs orthodoxes le jour de Sabbath, N.d.T.). Le discours est publié tel quel dans le Jerusalem Post, mais les journaux hébreux eurent honte de citer cette expression. Bref, on est conscient de la contradiction ; mais l’histoire est pleine d’exemples où le conquérant avait institué des gouvernements fantoches, des « protectorats » et autres « bantoustans ».

Cela explique pourquoi la campagne de la droite (Gahal) contre le retour aux conversations Jarring n’a absolument aucune influence. On n’écoute plus les vociférations de Begin (dirigeant du Gahal), ni les mises en garde de Itzhak Rafaël qui déclare que le « bloc religieux » n’acceptera jamais un Etat d’Israël qui ne comprendrait pas la Judée et la Samarie (en grande partie dans la Cisjordanie, N.d.T.). Mais personne ne pense lâcher la Judée et la Samarie ! Cette semaine, par exemple, nous avons appris que le ministère des Transports avait accordé à Egged (grande compagnie coopérative de transports par autocars, N.d.T.) l’autorisation d’ouvrir de nombreuses nouvelles lignes en Cisjordanie, et qu’on va inaugurer des lignes particulières destinées au transport des ouvriers arabes jusqu’à la ligne verte (frontière d’Israël avant le 5 juin 1947, N.d.T.) ; là, ils seront transportés par les lignes d’autocars juives. C’est clair : l’exemple de l’Afrique du Sud. Mais l’Afrique du Sud se maintient, et ce que nous faisons ici peut se maintenir également, mais avec beaucoup moins d’assises. Je ne vois pour le moment que deux forces extérieures qui peuvent changer la situation : une guerre ou une modification profonde dans l’attitude des communautés juives, mais ce dernier facteur prendra beaucoup de temps.

Nos possibilités d’action sont forcément limitées dans une telle situation objective, et encore perdons-nous parfois des occasions par pure bêtise, comme cela fut le cas du Rakah lors des élections municipales de Nazareth. Le Rakah vit maintenant dans la crainte permanente d’être interdit (je ne sais pas dans quelle mesure leur appréhension est justifiée). Le parti a décidé en conséquence de mener une campagne des plus tranquilles, ne parlant que des routes, de l’éducation, de l’emploi, bref ne parlant de rien car quand il s’agit de gros sous on sait bien qui détient la bourse dans ce pays. Les journaux en hébreu ne se sont pas gênés pour écrire ouvertement qu’une municipalité dirigée par le Rakah ne recevrait pas d’allocations budgétaires. Les intéressés sont partis sur place pour « arranger » les élections, et pas seulement les gens du parti du travail au pouvoir, mais aussi le conseiller aux Affaires arabes du gouvernement, Toledano, les responsables du département arabe de la Histadrouth (la Confédération générale des syndicats en Israël, N.d.T.), etc. Hotam, la revue du Mapam, s’est distinguée en publiant un article intitulé « Rakah et Fatah ». Le seul bien de ces élections est la déconvenue du Mapam : il a perdu un de ses deux sièges au conseil municipal. On doit y voir entre autres causes la baisse de popularité de son représentant à Nazareth, le député Abdul Aziz Zuabi, qui a vraiment dépassé les bornes : il participe avec Ruth Dayan au mouvement raciste « Bne’i Shem » ; il est devenu l’objet de risée de toute la ville en posant sa candidature au prix Nobel de la paix. Il n’est pas possible d’obtenir une confirmation officielle sur ce point, mais tout le monde rapporte la rumeur.

Les résultats des élections municipales du 8 décembre furent les suivants : le Rakah (40 % des voix et 7 sièges) et le parti du travail (5 sièges) maintiennent leurs positions, et le siège perdu par le Mapam est gagné par le « bloc religieux » qui double sa représentation (deux sièges au lieu d’un). Comment se fait-il que le « bloc religieux », parti religieux juif et ultra-chauvin, ait obtenu autant de voix dans une ville arabe ? C’est que ce parti détient des ministères clés, comme celui des Affaires religieuses et de secours, et le ministère de l’Intérieur. Ce dernier ministère détient aujourd’hui une nouvelle arme puissante : l’octroi aux fiancées venant des territoires occupés de permis de séjour en Israël. En effet, le montant de la dot dans ces territoires ne dépasse pas un dixième de la somme exigée en Israël, mais les fiancées des territoires occupés se voient le plus souvent interdire le séjour en Israël même après avoir été mariées légalement à un Arabe israélien. Vous le voyez, on peut se permettre d’organiser les élections les plus démocratiques (la participation électorale a été de 82% et les autorités n’ont pas procédé cette fois à des arrestations de militants avant les élections) en créant les conditions pour obtenir les résultats voulus. Il n’y a pas de mépris pour les Arabes de Nazareth dans mon propos ; je ne fais pas de différence entre ceux-ci et les étudiants juifs de l’université, comme vous avez pu vous en rendre compte.

Ah, que je n’oublie pas ! Pour revenir à Uri Avnery, quand il s’est rendu compte que son projet pour un grand mouvement de la paix tombait à l’eau, parce que sans le Rakah et le Matzpen rien ne peut être entrepris dans cette direction dans les conditions actuelles, il s’est adressé au Rakah avec un petit projet diabolique. Il lui a proposé une forme de collaboration, mais à la condition que participent aux actions seulement les camarades arabes du Rakah, et alors comme « Arabes » tout court. Les gens du Matzpen sont pour lui des « intouchables ». Le Rakah, pour autant que je sache, n’avait nullement l’intention d’accepter la proposition d’Avnery, mais pour plus de sécurité j’ai rencontré leur dirigeant Tawfik Tubi, et j’ai reçu une promesse formelle que ce petit projet raciste d’Uri Avnery n’aurait jamais le soutien du P.C. israélien (le Rakah est un des deux partis communistes d’Israël, N.d.T.). Un militariste comme Uri Avnery est au fond raciste et le restera.

Aleph Hoder, décembre 1970.

[voir le suivant : Lettres de Jérusalem : 2. Aleph Israéli]