Déclaration de l’Organisation socialiste israélienne (Matzpen) sur le projet de Conférence internationale pour la paix et la justice au Moyen-Orient (Conférence de Bologne)

Après avoir été pendant quelques mois dans l’incertitude, il semble bien aujourd’hui que la « Conférence de Bologne » se prépare. Ayant toujours cherché à participer avec les révolutionnaires arabes à l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire au Moyen-Orient, notre position vis-à-vis de cette conférence ne saurait être que critique.

La Conférence, organisée sur la base politique de la déclaration du Conseil de sécurité de novembre 1967 à laquelle nous nous sommes toujours opposés, a intentionnellement refusé la participation des organisations de résistance palestiniennes d’une part et, d’autre part, des organisations révolutionnaires du monde arabe tout entier, y compris Israël.

La participation à cette conférence de délégués israéliens dont les positions sionistes ne sont un secret pour personne montre clairement qu’il ne s’agit pas d’une rencontre entre Arabes et Israéliens sur des positions révolutionnaires. Le gouvernement soviétique, les partis communistes et l’Union Socialiste Arabe (le parti au pouvoir en Egypt), qui sont à l’origine de cette conférence, se placent sur la base politique du maintien du statu quo entre le régime sioniste et les différents régimes en place dans le monde arabe.

Pour nous, révolutionnaires juifs et arabes, c’est ce statu quo qu’il s’agit de changer. Le Comité central de l’Organisation socialiste israélienne (Matzpen) a pensé qu’il serait intéressant d’envisager une « Conférence de Bologne » sur des positions révolutionnaires. Nous pensons que les révolutionnaires européens pourraient être à l’origine d’une telle rencontre.

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Pour mieux comprendre les positions de nos camarades de Matzpen, nous publions ci-dessous un texte au sujet de la « Conférence de Bologne » adopté lors d’une réunion préparatoire tenue à Rome les 19-20 avril 1971.

CONFÉRENCE INTERNATIONALE POUR LA PAIX ET LA JUSTICE AU MOYEN-ORIENT

Réunion préparatoire (Rome 19-20 avril 1971)

Texte des membres du Comité international de soutien

La situation au Moyen-Orient continue à se détériorer. Il existe un réel danger que les hostilités reprennent à nouveau et qu’elles ne soient pas limitées à cette région, mais qu’elles en viennent à déboucher sur un conflit encore plus grave et même de dimension mondiale.

On ne peut s’attendre à ce que les peuples du monde entier acceptent indéfiniment que l’occupation de territoires par la force, telle que l’occupation par les forces israéliennes de territoires d’Etats arabes depuis 1967, demeure un fait accompli en violation de tous les principes du droit international.

C’est pour cette raison qu’il est proposé de convoquer une conférence internationale pour la paix et la justice au Moyen-Orient, conférence à laquelle seront invités à participer tous ceux qui sont intéressés à la discussion des possibilités d’une solution obtenue par des moyens pacifiques: notamment, le retrait des troupes israéliennes des territoires qu’elles ont occupé depuis la guerre de 1967 ; la pleine application de la résolution du Conseil de sécurité de l’O.N.U. du 22 novembre 1967 et de la résolution de l’Assemblée générale de l’O.N.U. du 4 novembre 1970 dans toutes leurs stipulations en tant que premiers pas vers la sécurité et l’indépendance de tous les Etats et peuples de la région ; la satisfaction pleine et entière des droits légitimes du peuple palestinien; des garanties éventuelles pour un règlement durable de façon que soient assurés l’existence et les possibilités de développement de tous les peuples concernés. On peut discuter pour savoir si un règlement sur ces lignes est apte à assurer la paix pour une longue période, mais le problème immédiat est d’empêcher la reprise des hostilités.

Les opinions diffèrent quant aux priorités à observer sur ce problème. Une discussion et une confrontation des opinions ne peuvent qu’aider à renforcer la pression pour une juste solution du problème du Moyen-Orient.