(Déclaration de l’Organisation socialiste israélienne – Matzpen, janvier 1971.)

Nous, révolutionnaires juifs et arabes, repoussons avec indignation les tentatives de la bureaucratie soviétique de résoudre des questions de caractère politico-social au moyen de procès tel celui de Léningrad. Nous déclarons que de tels moyens et méthodes ne mettent en relief que l’impasse à laquelle se heurtent les dirigeants bureaucrates de l’Union soviétique ; le cas présent démontre la faillite de leur politique dans le domaine des minorités nationales, ethniques ou religieuses.

Le résultat les Juifs sont davantage rejetés vers le sionisme, à la grande joie des sionistes d’Israël et du monde entier, qui fêtent « le miraculeux réveil des Juifs d’U.R.S.S. ».

Les bureaucrates se considèrent révolutionnaires ; leur régime est présenté comme étant socialiste. Leur dégénérescence vient d’être étalée en Pologne lors de la répression brutale des ouvriers. Le massacre des ouvriers est baptisé « défense du socialisme ». Les réactionnaires de tout bord se frottent les mains, car une telle image du socialisme leur facilite la lutte contre les militants socialistes partout au monde. La bureaucratie aide de cette manière l’impérialisme qui est l’ennemi principal de tous les peuples.

En Israël, nous en sommes chaque jour les témoins. Le procès de Léningrad, par exemple, permet au régime d’unité nationale d’appeler à la « conscience du monde » quand en même temps on mène une politique de conquête et de répression contre le peuple palestinien arabe, quand ce même régime poursuit l’œuvre de colonisation, d’annexions et de négation des droits élémentaires des Palestiniens.

A vrai dire, on se serre les coudes.

La critique sioniste du régime en U.R.S.S. non seulement manque de valeur morale, mais est dans son essence antihistorique. Cette critique part de l’idée fausse que la question juive puisse être isolée et trouver une solution séparément des autres questions sociales. Nous pensons que la question juive est de nature internationale et que toute sa problématique est liée aux changements profonds des systèmes économiques et politiques au pouvoir.

Le procès de Léningrad ne nous fait pas oublier l’expérience des dernières décades, qui prouve que le capitalisme décadent ne peut pas résoudre la question juive. La Seconde Guerre mondiale et la sauvagerie nazie en sont la preuve terrible. Le sionisme a également démontré son impossibilité de résoudre la question juive. Le résultat du sionisme a été d’engager les Juifs vivant aujourd’hui en Israël dans un conflit inextricable avec la région dans laquelle ils vivent, avec le peuple palestinien arabe, avec les dizaines de millions d’Arabes. Le sionisme a créé un nouveau ghetto pour les Juifs. Le sionisme s’est réalisé et se réalise toujours sous la tutelle et en alliance avec l’impérialisme, tout en chassant et en spoliant les Arabes palestiniens.

Nous pensons que depuis le début du siècle les Juifs sont placés devant l’alternative : orientation sur le capitalisme décadent et le sionisme en particulier, qui apporte à l’humanité tout entière – y compris les Juifs – des catastrophes et des tragédies, ou soutien à la lutte pour le socialisme, qui seul peut fournir le cadre pour la solution des problèmes cruciaux de notre temps. Tel était notre avis avant les procès de Léningrad et nous continuons à le penser.

La lutte pour assurer les droits des Juifs partout dans le monde est la lutte révolutionnaire pour le socialisme, non séparément des autres peuples mais avec eux.