La situation des ouvriers israéliens semble être enviable. La confédération syndicale, appelée par les Israéliens ‘la Confédération’ (Histadrouth) tout court, donne l’impression, surtout à l’étranger, d’être un syndicat ouvrier avancé et puissant. En effet, sous un certain angle, la dimension de la Histadrouth et son mode d’action sont tout à fait exceptionnels. Un exemple : La Histadrouth groupe dans ses rangs 1,1 million de membres, sur une population totale qui s’approche actuellement de 3 millions.

Un autre détail : Un quart des salariés israéliens travaille dans des entreprises appartenant à la Histadrouth.

En d’autres termes : La part du secteur économique de la Histadrouth dans le Produit national net d’Israël se situe depuis des années entre 22% et 25%.

Les propagandistes sionistes prétendent en conséquence que la Histadrouth est un « syndicat ouvrier qui n’a pas son pareil au monde », qu’elle symbolise « la voie israélienne du socialisme », « la voie particulièrement adaptée pour les pays sous-développés », « l’exemple unique d’une économie qui se développe sous le contrôle des ouvriers », etc. La présentation change selon les circonstances.

Quand l’intérêt nationale prime l’intérêt de classe

Une appréciation de la lutte de classe en Israël doit partir d’une analyse du caractère de classe de la bureaucratie ouvrière dont la Histadrouth est l’expression sur le plan organisationnel. Cette dernière a pu naître et prendre des dimensions exceptionnelles à cause du rôle qu’elle a joué et qu’elle continue à remplir dans l’affrontement entre la colonisation sioniste et les Arabes palestiniens.

La Histadrouth, dont le nom officiel jusqu’à 1966 était ‘Confédération générale des Travailleurs hébreux en Eretz Israël’, a été fondée en 1920, lors du Congrès général des ouvriers juifs réuni à Haïfa. Le nombre d’ouvriers juifs en Palestine était alors de 5.000 (les statistiques de la Histadrouth donnent le chiffre exact de 4.443 ouvriers juifs). Il y avait alors 50.000 ouvriers arabes en Palestine, selon les estimations d’un historien sioniste1.

Les fondateurs de cette Confédération ‘générale’, qui étaient tous animés par l’idéologie sioniste et dont la plupart étaient membres de partis juifs petit bourgeois, limitèrent l’appartenance à la Histadrouth exclusivement aux Juifs ; les Juifs « vivant du fruit de leur travail » :  ouvriers, artisans, commerçants et travailleurs indépendants. Lors de la formulation des principes de base de la Histadrouth, les fondateurs précisèrent que « l’intérêt national » avait la priorité sur « l’intérêt économique » et « l’intérêt culturel ».

L’approche internationaliste et la nature de classe de la société ne furent jamais évoqué au congrès de fondation de la Histadrouth, même pas par une minorité quelconque. Une année après sa fondation, la Histadrouth créa ses premières entreprises. Ce fut tout d’abord la création de la grande entreprise de travaux publics ‘Solel Boneh’ et de la ‘Banque des Travailleurs’, cette dernière en association avec l’Organisation sioniste mondiale. (A propos, ‘Solel Boneh’ entreprend ces dernières années des travaux de construction dans diverses parties du monde, comme la construction d’hôtels de luxe dans certains pays africains et la construction de routes et diverses installations militaires dans plusieurs pays asiatiques.)

Le fait que dès ses débuts la Histadrouth a placé l’intérêt sioniste en tête de ses préoccupations aux dépens de son rôle syndical, a abouti à une structure organisationnelle fortement hiérarchisée. On a érigé consciemment un échafaudage bureaucratique tel que toute organisation syndicale était soumise à la direction et aux ‘boss’ politiques, qui étaient tous issus des partis sionistes. Il n’a jamais eu dans la Histadrouth la moindre indépendance syndicale.

L’action de la Histadrouth ne se limita pas à enfermer les juifs dans un isolement national, tout en vivant dans un milieu essentiellement arabe. Elle était depuis sa création à la pointe de l’entreprise de colonisation sioniste en Palestine. Sa position de choix parmi les colonisateurs sionistes du pays, et son organisation très forte, ont fait de la Histadrouth le pionnier dans le processus de colonisation agricole et de la conquête de lieux de travail pour les ouvriers juifs, en évinçant les ouvriers et les paysans arabes. Les slogans sionistes des années vingt et trente, « conquête du travail » et « conquête de la terre », ont trouvé dans la Histadrouth leur réalisateur principal.

Son dirigeant, Berl Katzenelson, explique :

« Notre Histadrouth est unique dans son genre parmi les syndicats ouvrier, car c’est un syndicat qui exécute et réalise des choses. Cela n’est pas dû à notre sagesse ou perspicacité. La vision était toujours présente dans chacune de nos actions. A partir du moment où le jeune immigré arrive sur les rives de la Palestine et qu’il cherche du travail dans les plantations, il se trouve à la fois dans la dure réalité et dans notre monde de vision »2.

Plus récemment, le secrétaire général de la Histadrouth de l’époque, Pinhas Lavon, revient sur le rôle historique de la Histadrouth :

« Il y a quarante ans qu’a été fondée la Confédération générale des travailleurs par quelques milliers de jeunes gens voulant travailler dans un pays sous-développé où le travail était bon-marché, un pays qui rejetait ses habitants et inhospitalier pour les nouveaux-venus. La fondation de la Histadrouth a été dans ces conditions un événement central dans le processus de renaissance de la nation hébraïque dans sa patrie… Notre Histadrouth est générale dans tout son être. Elle n’est pas un syndicat ouvrier, bien qu’elle s’occupe parfaitement des besoins réels du travailleur… »3

Etant « générale dans tout son être », la Histadrouth est effectivement devenue la force centrale de la communauté juive sous tous les aspects. La Histadrouth a organisé la force armée sioniste, parfois en collusion avec l’occupant britannique et parfois contre son gré et clandestinement ; elle a créé un système de sécurité sociale, le seul qui existe, qui est devenu une arme importante pour la domination des masses juives et l’organisation des travailleurs sous son autorité ; elle a ouvert partout des bureaux d’embauche, renforçant ainsi davantage sa domination, tout en réglementant le droit au travail ; elle possède son réseau d’écoles, ses sociétés de commercialisation et ses coopératives de production et de service ; elle est l’organisation qui coiffe les kibboutzim et les fermes collectifs du pays tout entier. Ce n’est pas pour rien que la Histadrouth était considérée depuis ses débuts comme le pilier central de l’entreprise sioniste, ou, comme le disaient les sionistes, « l’état en devenir ». La ligne politique de la communauté juive de la Palestine a été fixée à la direction de la Histadrouth, qu’il s’agisse des affaires ‘juives intérieures’, ou des relations avec l’occupant britannique et les masses arabes. Les leaders politiques de l’Etat d’Israël jusqu’à nos jours – David Ben-Gourion, Levi Eshkol, Golda Meïr – sont tous sortis des rangs de la Histadrouth.

C’est seulement à la fin de la période du mandat britannique, en 1943, que la Histadrouth a créé un département spécial pour les ouvriers arabes, dont le but était d’organiser ceux-ci dans un cadre paternaliste et fantoche afin de les éloigner de la lutte politique, c’est-à-dire de la lutte anti-impérialiste et antisioniste. L’expérience a été résumée en son temps par un historien sioniste spécialiste des questions arabes et membre de la Histadrouth :

« Avec le développement du sentiment national parmi les ouvriers (arabes ! H.H.) se renforce leur opposition à ceux qui veulent les organiser de l’extérieur. Les plus intelligents et dynamiques parmi eux n’ont jamais l’occasion de démontrer leurs talents et initiatives. Une brochure en langue arabe (de la Histadrouth, H.H.) explique qu’on ne doit s’occuper que des intérêts économiques des travailleurs arabes à l’exclusion de toute activité politique. C’est une condition difficilement acceptable pour des gens conscients et mêlés à la vie publique. La conception de la majorité de la Histadrouth concernant le travail et la conquête du travail constitue également un obstacle, car il est difficile d’expliquer des choses de façon convaincante à un ouvrier arabe. La discrimination dans les salaires entre les ouvriers juifs et les ouvriers arabes exaspère ces derniers, d’autant plus que les conditions de travail et le niveau des prix ont tendance à s’égaliser. Dans ces circonstances il était facile aux organisations arabes de nous envoyer leurs membres poser des ‘questions naïves’ lors des manifestations du premier mai : ‘la solidarité prolétarienne et les appels à la conquête du travail et à la création d’un état juif, sont-ils compatibles ?’ »4. 

Aucun sioniste n’a jamais pu répondre à cette question – pas plus aujourd’hui qu’hier.

Crise de confiance à la Histadrouth

Avec la création de l’Etat d’Israël en 1948, l’intégration de la Histadrouth dans le système sioniste au pouvoir devenait encore plus évidente. Le secteur économique de la Histadrouth, avec ses entreprises et son immense richesse, fait partie du secteur public, dont le développement devait s’accélérer avec la venue de nouveaux immigrants en même temps que les capitaux affluaient au nouvel Etat. La Histadrouth a permis de faire l’économie des nationalisations.

La théorie selon laquelle le secteur économique de la Histadrouth constitue la base de l’édification du socialisme, propagée pendant des dizaines d’années par les dirigeants de la Histadrouth – cette théorie s’est effondrée avec l’indépendance. Un autre raisonnement souvent avancé, comme quoi le secteur économique de la Histadrouth appartient aux ouvriers, se trouva invalidé. Le ministre de l’agriculture, Haïm Gvati, qui est un des principaux dirigeants de la Histadrouth, a dû l’admettre lors du Conseil de la Histadrouth en 1964 :

« Nous n’avons pas réussi à transformer cette immense richesse en des cellules d’une économie socialiste. Nous n’avons pas réussi à garder le caractère ouvrier de notre secteur économique. En réalité, on n’y trouve point de traits qui le différencient du reste du secteur public, et parfois même du secteur privé. Notre secteur économique ne se distingue pas par une autre atmosphère, par des relations de travail différentes, on n’y constate pas de relations humaines différentes de n’importe quelle autre entreprise ».

Le complément et l’illustration de ces constations se manifestent dans l’attitude des ouvriers en Israël à l’égard de la Histadrouth. Parmi tous les témoignages sur ce point, il est intéressant de citer justement celui émanant de la Histadrouth elle-même, publié dans l’annuaire de la Histadrouth pour 1966 :

« Une partie non-négligeable des travailleurs », y lit-on, « ne s’aperçoit guère de l’activité de la Histadrouth dans le domaine syndical et considère que sa situation n’aurait pas été modifiée par l’absence d’un syndicat ouvrier ».

L’annuaire révèle les résultats d’une enquête entreprise pour le compte de la Histadrouth, selon laquelle un nombre croissant de travailleurs serait d’avis que les sections syndicales locales dans les lieux de travail [appelées ‘comités ouvriers’ en Israël, N.d.T.] devraient avoir leur indépendance par rapport à la Histadrouth. « 20% des salariés ont indiqué que dans leur entreprise des grèves ont éclaté contre l’avis de la Histadrouth ; 47% étaient d’avis que dans certains cas il est désirable que les ouvriers engagent une grève sans autorisation de la Histadrouth. »

L’annuaire ajoute : « Plus graves sont les conclusions de l’enquête concernant les comités d’action (comités créés contre l’autorité de la Histadrouth, dans le but ou à l’occasion de ‘grèves sauvages’ ou de ‘luttes sauvages’, H.H.). Contre 8% des salariés qui ont indiqué que dans leur entreprise une grève a éclaté contre l’avis de la section syndicale locale, 29% des salariés étaient d’avis qu’ils existent des cas où des grèves non-autorisées par les sections syndicales locales sont justifiées. Enfin, la tendance se renforce de rompre avec l’ordre établi (c’est moi qui souligne, H.H.) pour ce qui est des relations de travail… »

La même publication révèle que la majorité des membres de la Histadrouth considère que le commun des syndiqués n’a pas d’influence sur le fonctionnement de la centrale. Parmi la minorité qui est d’avis que les simples membres exercent une influence, une majorité se dégage pour estimer que cette influence est insuffisante.

Sur la question « pourquoi êtes-vous membres de la Histadrouth ? » ont répondu, selon cette même source officielle, environ 70% qu’ils le sont « de façon automatique », ou « parce qu’on les a forcés », ou « pour des raisons personnelles », ou « par habitude », ou « à cause du service de sécurité sociale ». Une minorité (16%) a affirmé appartenir à la Histadrouth pour des raisons idéologiques, tandis que 13% ont répondu que leur appartenance est le résultat du fait que la Histadrouth défend les intérêts des travailleurs.

« Une majorité des membres de la Histadrouth », conclue l’annuaire, « soit 55%, l’ont rejoint de leur propre volonté, un quart (24%) l’ont fait de façon automatique au moment d’immigrer en Israël, et un cinquième (20%) se sont trouvés membres de la Histadrouth de façon automatique parce qu’on les a enregistrés comme tels sur leurs lieux de travail. »

Les dirigeants de la Histadrouth, les milieux industriels et les membres du gouvernement expriment maintenant ouvertement leur inquiétude devant ce qu’ils appellent « la crise de confiance » des ouvriers envers la Histadrouth. Cette crise s’approfondit d’année en année. Elle est, d’ailleurs, la raison du changement intervenu à la tête de la Histadrouth en 1969, quand l’ancien secrétaire général Aharon Becker a été remplacé par Itzhak Ben-Aharon, connu pour son style oratoire vigoureux et la phraséologie ouvrière qu’il a l’habitude d’utiliser. L’ancien secrétaire général comme le nouveau sont tous les deux membres du parti travailliste au pouvoir.

Un autre handicap qui a son importance : il n’existe en Israël aucun parti libéré de la ‘responsabilité nationale’ et de l’idéologie sioniste, et qui pourrait agir dans le sens de l’extension de la lutte de classe. Ils n’existent que deux exceptions : RAKAH – le parti communiste prosoviétique qui, bien que se situant hors du cercle des partis sionistes, a une position figée par rapport à la lutte de classe et considère la Histadrouth comme le cadre propice pour la lutte, ayant comme optique de l’épurer, l’améliorer et la changer de l’intérieur. L’autre exception est l’Organisation Socialiste Israélienne (Matzpen) qui, tout en étant numériquement faible et d’une influence limitée, appelle à la création et à l’élargissement des comités d’action, comme la voie pouvant amener à la création de syndicats ouvriers combatifs en dehors du cadre de la Histadrouth. Les autres partis, comprenant notamment le MAPAM [parti sioniste de gauche, N.d.T.], se sont enfermés dans le filet de la loyauté au sionisme et de la participation au pouvoir, au niveau des responsabilités gouvernementales et syndicales.

Le MAPAM joue dans ce contexte un rôle particulier : lors de nombreuses luttes ouvrières, le MAPAM adopte au début une attitude combative, essayant de renforcer sa position parmi les ouvriers… Ensuite vient le moment où, après des pourparlers avec la direction de la Histadrouth, le MAPAM se charge de rappeler les ouvriers à leurs postes de travail, freinant ainsi la lutte car « il faut savoir finir une grève ». Mais depuis la guerre de juin 1967, quand l’unité nationale-sioniste a atteint de nouveaux sommets, le MAPAM cesse graduellement de jouer le rôle de ‘soupape de sécurité’, et on éprouve de plus en plus des difficultés à le différencier du parti travailliste gouvernemental.

Grèves sauvages et comités d’action

Dans la courte histoire de la lutte ouvrière en Israël, on relève quelques mouvements de grève importants. Le premier eut lieu en 1951, relativement peu de temps après la création de l’Etat d’Israël, avec la fameuse grève des marins ; vint ensuite la série des grèves ‘sauvages’ en 1962, faisant suite à la dévaluation de la livre israélienne ; la troisième vague eut lieu en 1969 avec la grève des postiers et la grève des dockers d’Ashdod.

La grève des marins a été la plus violente dans l’histoire des grèves en Israël. Le champ de lutte était vaste : le port de Haïfa, les bateaux israéliens arrêtés dans les ports étrangers. Sa particularité résidait dans le fait qu’il s’agissait d’une grève menée par des marins jeunes et sans tradition syndicale, et que le conflit était autour des modalités d’élection des délégués syndicaux par la masse des marins. Il n’était pas étonnant, pour qui connaît la nature de la Histadrouth, que celle-ci ait immédiatement mobilisée contre les grévistes toutes les forces à sa disposition. Les dirigeants de la grève ont été traînés devant un ‘tribunal intérieur’ de la Histadrouth et les forces de police ont engagé des batailles violentes contre les grévistes.

La vague de grèves de 1962 a donné naissance pour la première fois, et à une échelle étendue, à un type d’organisation appelé depuis cette date ‘comité d’action’. Les deux fronts se sont clairement dessinés une nouvelle fois : la Histadrouth d’un côté de la barricade, les ouvriers de l’autre côté. C’est durant cette période qu’ont été entreprises les premières tentatives pour grouper les comités d’action sur un plan national, ou tout au moins régional – mais la tentative n’a pas pu aboutir.

Les grèves de 1969 ont été un avertissement au gouvernement et aux employeurs, signifiant que malgré la situation de guerre et de ‘l’unité nationale’, des grèves sont possibles. La grève des postiers a vu pour la première fois le gouvernement israélien, en accord avec la Histadrouth, utiliser des ordres de réquisition contre les grévistes pour les forcer à réintégrer leurs postes, comme lui en donnent la possibilité les lois en vigueur. Les grévistes ont outrepassé les lois de l’Etat et ont été traduit en justice, mais le procès n’a jamais été mené à sa fin.

 La lutte des dockers d’Ashdod a été caractérisée par un autre fait : la Histadrouth a menacé les militants de la section syndicale locale de les traduire devant un ‘tribunal interne’. Mais les militants locaux ont tenu tête, soutenus en cela par les ouvriers. Le procès s’est ouvert en présence des caméras de la télévision et a eu un large écho dans le pays. Les ouvriers ont été dénoncé comme « agents d’El-Fatah » et comme « saboteurs ». La menace de la direction de la Histadrouth était : « Si vous êtes condamnés, on vous appliquera la sanction maximale, qui consiste à être exclu de la Histadrouth et qui signifie la perte des avantages de la sécurité sociale pour vous et vos familles ». Les ouvriers ont continué la lutte, et d’accusés ils sont devenus accusateurs. La direction de la Histadrouth a eu une mauvaise publicité et elle s’est empressée de terminer le spectacle sans prononcer un verdict.

Exportation idéologique vers l’Afrique

Avant de conclure ce bref aperçu sur la situation de la classe ouvrière israélienne en relation avec ‘son’ syndicat, doit-on mentionner également le rôle joué par ce dernier sur le plan international. La spécificité de la Histadrouth, qui est à la fois patron et syndicat domestiqué, facilite la pénétration d’Israël dans le Tiers Monde, où on se trouve souvent en présence d’un parti et syndicat gouvernemental unique. Cette pénétration se fait en fonction des intérêts propres d’Israël et au service de la collusion d’intérêts entre Israël et l’impérialisme : Il est vraisemblable que le modèle israélien servira comme ‘troisième force’ économique

« Israël est une alternative qui diffère du modèle occidental, mais qui est certainement plus adapté aux intérêts du monde libre que ne l’est le modèle communiste », écrivait en 1959 la revue nord-américaine Foreign Affairs. L’auteur de l’article, M. Arnold Rivkin, dirigeait le ‘Africa Research Project’ dans le cadre du Center for International Studies organisé par la CIA au Massachusetts Institute of Technology. Plus tard, dans un livre publié en 1961, Rivkin précise le rôle d’Israël dans la pénétration occidentale en Afrique : « Le rôle d’Israël comme troisième force pourrait être renforcé par l’utilisation imaginative de la Technique du tiers Pays. Tout Etat du monde libre qui désire augmenter son assistance à l’Afrique pourrait utiliser Israël pour en transmettre une partie, et ceci à cause des qualifications spéciales d’Israël et son acceptabilité évidente par de nombreux Etats africains » (Africa and the West, Praeger, 1961).

Peu de choses sont connues en Israël sur cet aspect de l’activité de la Histadrouth, qui préfère faire la publicité pour son Institut Afro-Asiatique.

Le chef du département politique de la Histadrouth (le ‘ministre des Affaires étrangères’ de la Histadrouth, qui travaille en étroite collaboration avec le vrai ministre) a résumé récemment les activités de l’Institut Afro-Asiatique :

« L’Institut qui a été créé par la Histadrouth en 1960… est un important maillon dans l’activité internationale de la Histadrouth, surtout dans les pays sous-développés d’Afrique et d’Asie. Mais son activité et sa renommée mondiale contribuent à renforcer les liens de la Histadrouth avec d’autres pays et organisations.

« Jusqu’ici ont été formés à l’Institut 1848 délégués de syndicats ouvriers, de mouvements coopératifs, d’instituts d’enseignement supérieur et des hauts fonctionnaires en provenance de 85 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine… L’Institut a été également appelé à organiser des séminaires dans divers pays d’Afrique et d’Asie. L’initiative pour de tels séminaires a été prise par des anciens élèves de l’Institut qui occupent des hautes fonctions dans leurs pays et organisations respectifs.

« L’Institut a organisé jusqu’à présent de tels séminaires dans les pays suivants : Nigéria (deux fois), Dahomey, Togo, Côte d’Ivoire, Libéria, Singapour, Corée (deux fois), Inde, Ceylan et Népal. A ces activités ont participé environ 500 personnes. Le mois prochain seront organisés trois courts séminaires pour les militants des organisations syndicales à Chypre, et le programme de l’année 1970 comprend les pays suivants : Swaziland, Lesotho, Botswana, Zambie, Singapour, Hong-Kong, Corée, et d’autres suivront… »5.

George Meany, le président de l’AFL-CIO (l’organisation syndicale puissante, bureaucratique et réactionnaire des USA, H.H.), qui est à l’origine du financement de l’Institut Afro-Asiatique, s’est récemment prononcé clairement :

« …la Histadrouth est un centre national qui a œuvré pour la cause de la démocratie et de la liberté dans le monde libre, particulièrement en Asie et en Afrique, et ceci par l’intermédiaire de son Institut Afro-Asiatique »6.

En traçant les perspectives de la lutte de classe en Israël on doit tenir compte, outre le problème fondamental que constitue la Histadrouth et sa nature de classe, de bien d’autres aspects spécifiques. Enumérons-en quelques-uns : la nature de l’économie israélienne ; la composition de la classe ouvrière ; la division par classe et la division par communauté d’Israël ; le budget militaire et la course aux armements, etc. Une chose peut être affirmée d’ores et déjà : la libération de la classe ouvrière en Israël de sa soumission à ‘l’unité nationale’, à ‘la responsabilité nationale’, à ‘la loyauté à l’Etat’ et à l’idéologie sioniste de paix sur le front intérieur, cette libération dépendra entre autres choses de deux types de développement, qui n’en sont qu’un seul : l’affirmation d’une force révolutionnaire en Israël et l’implantation des courants internationalistes dans le monde arabe.

(L’Idiot international, mars 1970)

 

Sources : Annuaires Statistiques, 1965 et 1967 ; Rapport Annuel de la Banque d’Israël. 1967

Note : Ont été inclus jusqu’à 1959 seulement les grèves dont la durée a dépassé un jour ; depuis 1960 sont comprises également les grèves durant moins d’un jour, mais plus de deux heures. Les chiffres comprennent également des lock-outs, mais ces derniers sont rares et n’effectuent pas la comparaison entre les années.

  1. Les Arabes en Palestine, de Joseph Washitz, en hébreu, Sifriath Poalim, p.151 ↩
  2. Supplément international pour le Jubilée de la Histadrouth, 1920-1970, en hébreu, Davar. ↩
  3. Moëd, édité par le Département de la Culture et d’Education de la Histadrouth, en hébreu, 1960, p. 3. ↩
  4. Les Arabes en Palestine, p. 173. ↩
  5. Supplément internationale… ↩
  6. Supplément internationale… ↩