Al Hamishmar, l’organe de MAPAM, aile du front travailliste au pouvoir, a été forcé d’engager une bataille d’arrière-garde contre l’Organisation Socialiste Israélienne (Matzpen).
Le rôle traditionnel du MAPAM a été de ‘vendre’ le sionisme aux cercles de gauche un peu partout dans le monde. Ayant maintenant perdu les derniers vestiges de son individualité idéologique, ayant finalement capitulé devant la politique chauvine de ses plus importants partenaires du front travailliste au pouvoir, MAPAM perd rapidement toute capacité d’entretenir un dialogue avec ces cercles de gauche. Cela explique pourquoi le MAPAM est de plus en plus irrité par l’existence de Matzpen, et par le soutien que Matzpen a acquis auprès de la gauche révolutionnaire internationale.
Au début MAPAM s’efforçait d’ignorer Matzpen. Puis il a rejoint l’orchestre national des calomnies et diffamations anti Matzpen ; ses membres sont maintenant forcés de discuter avec nous en utilisant des arguments un peu plus sérieux.
Le titre et le contenu de l’article de Perets Merhav (« Combattants pour la paix ou fauteurs de guerre ? », Al Hamishmar 29 août 1969) qui polémique avec nous, reflètent cette évolution. Monsieur Merhav est à la tête du département des relations extérieures du MAPAM. Son article caractérise la propagande du MAPAM à l’étranger.
En ce qui concerne le titre (dans lequel Perets Merhav implique que L’O.S.I. est une fauteuse de guerre) – nous ne le paierons pas de la même monnaie ; nous ne pensons pas que les gens du MAPAM soient des fauteurs de guerre. Ils ne font que suivre leurs plus importants partenaires du camp sioniste chaque fois que ces derniers décident de faire la guerre. Ainsi MAPAM porte l’entière responsabilité non seulement de la décision de commencer la guerre en 1967, mais également de celle qui fut prise de commencer la campagne de Suez en 1956 (Dans les deux cas MAPAM était membre du Cabinet). Les gens de MAPAM n’en sont que plus mal placés pour traiter Matzpen de « fauteurs de guerre ». Celui qui a pris part à une fête au cours de laquelle la colombe de la paix a été servie rôtie, ne doit pas être autorisé à exhiber ses plumes blanches.
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M. Merhav commence son article par une étude d’ensemble sur Matzpen et son histoire. Afin de ne pas nous perdre en discussions, nous n’entamerons pas une réfutation détaillée de ce compte-rendu falsifié. Nous affirmons simplement que quelques-uns des ‘faits’ cités par M. Merhav sont inexacts, complètement dénaturés – intentionnellement, semble-t-il.
La part idéologico-polémique de l’article comporte aussi certaines inexactitudes. M. Merhav n’est pas remonté aux sources originales ; dans tout l’article il n’y a pas une seule citation de la publication de l’O.S.I. Il s’efforce de caractériser notre position en employant le vocabulaire qui lui est propre et le résultat est nécessairement assez embrouillé.
Un petit exemple : M. Merhav écrit que Matzpen réclame « le retrait de tous les territoires peuplés par des Arabes et maintenant tenus par les forces de défense israéliennes, sans exception. » Ceci est une version de notre position principale dans le langage ambigu typique de MAPAM. Nous avons formulé une demande de principe valable pour le retrait immédiat et inconditionnel de tous les territoires occupés. Afin d’éviter d’employer le terme ‘territoire occupée’ M. Merhav est obligé de se réfugier derrière la formule « peuplés par des Arabes et maintenant tenus par les forces de défense israéliennes ». Trouveriez-vous désagréable, M. Merhav, d’appeler les choses par leur nom ?
Un autre exemple : notre exigence pour la désionisation d’Israël est interprétée par M. Merhav comme un appel à « dissocier Israël du peuple juif et le transformer un Etat exclusivement local, sans aucune aspiration et liens d’outre-mer ». Où M. Merhav a-t-il pris une définition si étrange ? Certainement pas chez nous. Depuis quand avons-nous demandé qu’Israël devienne « exclusif » et n’ait « aucune » aspiration et liens d’outre-mer ? A notre avis, la question est de savoir quelle sorte d’aspiration, et quelle sorte de liens, et avec qui ? Liens avec Cohn-Bendit ou avec Rothschild ? Affinités avec Karl Marx ou avec Marks et Spencer ?
Vous, Messieurs de MAPAM, ressentez une affinité sioniste pour les Rothschild et pour Marks et Spencer installés au sommet du capitalisme occidental. Nous, de l’autre côté, ressentons des affinités pour les idées de Karl Marx et pour l’ardeur révolutionnaire de Cohn-Bendit ; bien sûr, le fait que les uns ou les autres soient juifs n’a aucune importance en ce qui nous concerne.
Nous ne sommes pas contre « les liens d’outre-mer ». Nous sommes contre certains liens, comme ceux de votre gouvernement avec l’impérialisme américain qui sont tout juste une continuation des liens traditionnels et naturels du sionisme avec l’impérialisme.
La désionisation signifie l’abolition de l’exclusivisme juif qui lui est inhérent. Un exemple frappant est la Loi de Retour, d’après laquelle un Juif vivant à Brooklyn a plus de droits politiques et civiques en Israël et sur Israël qu’un Palestinien arabe qui y est né (qu’il soit maintenant réfugié ou citoyen israélien). A notre avis le fait que le Juif de Brooklyn éprouve un lien affectif avec la Terre Sainte ne lui donne aucun droit politique sur le pays, tandis que le Palestinien arabe est en droit de jouir de tous les droits civiques et politiques.
Le but du sionisme – pour se servir des propres termes de MAPAM – « est de concentrer la majorité du peuple juif dans une Palestine unique et unie ». Ce but guide l’établissement sioniste en Israël dans sa démarche politique, économique, sociale et culturelle. Aujourd’hui même, l’Etat d’Israël considéré d’un point de vue sioniste, n’a pas atteint son but final, mais en est à un stade intermédiaire au service de l’objectif intégral du sionisme.
Le but sioniste oblige ceux qui le soutiennent à un conflit inéluctable et inévitable avec les Arabes, parmi lesquels et aux dépens desquels ce but est réalisé. Le sens fondamental du conflit n’a pas changé depuis le début de la colonisation sioniste jusqu’au cabinet Dayan-Begin-Barzilai actuellement au pouvoir. (Begin est le leader du parti fascisant Herout ; Barzilai est un dirigeant du MAPAM. Tous deux sont ministres au sein du cabinet israélien).
Il ne s’agit pas ici d’un habituel conflit national-territorial comme ceux qui éclatent entre nations vivant dans une proximité stable historiquement. C’est un conflit entre un mouvement de colonisation – qui d’après ses propres déclarations n’a pas encore atteint son objectif intégral – et la population indigène de la région qui est colonisée.
M. Merhav préfère ne pas entamer une discussion sur les racines du conflit israélo-arabe. Il allègue simplement que le sionisme n’est pas à blâmer pour « l’extension des frontières d’Israël et la tragédie des réfugiés errants et souffrants ». La culpabilité est à son avis du côté « de la violente résistance militaire et aveugle au sionisme depuis le temps du Mufti Haj Amin El-Husseini jusqu’à la guerre de juin 1967 et de ses disciples dans El-Fatah ». Ceci a toujours été la position des colonisateurs hypocrites du monde entier : « Ce n’est pas de notre faute. C’est celle des indigènes, qui refusent d’accepter la colonisation avec amour ». Cette sorte d’hypocrisie est tout particulièrement typique de l’aile gauche du sionisme, déchirée dans sa tentative pour trouver un compromis entre la pratique du sionisme et la conscience socialiste. Dayan au contraire n’a pas peur d’admettre ouvertement que la résistance arabe est un résultat nécessaire et naturel de la colonisation sioniste.
Comme nous l’avons dit plus haut, M. Merhav évite une discussion sérieuse sur l’origine du conflit. Son argument principal est que la formule de la désionisation n’est simplement pas réaliste, parce que c’est « la dernière des idées acceptables pour les Israéliens… parce qu’être désionisé et coupé du peuple juif apparait aux yeux de tout Israélien comme un abandon de la véritable raison d’être de l’Etat d’Israël… ». Ceci aussi est typique des arguments opportunistes du MAPAM. Ils ne cherchent pas un moyen d’extirper les racines du conflit, mais une formule qui serait acceptable pour la majorité du public israélien. A notre avis, cette sorte de realpolitik relève non seulement de l’opportunisme mais aussi de la myopie et d’un manque de réalisme véritable. Parce que tout arrangement qui n’inclurait pas la désionisation serait seulement imaginaire et temporaire : le problème de base continuera d’exister.
Illustrons ceci par un exemple extrême – celui de l’Afrique du Sud (le fait que nous utilisions cet exemple ne signifie pas que nous considérions ces deux cas comme similaires sur tous les points). A présent il n’existe pas de conflit militaire entre l’Afrique de Sud et les Etats africains voisins ; néanmoins, il existe un conflit historique entre une société de colons et toute la population africaine. Il n’y a qu’une seule solution : abolir la nature raciste de la République sud-africaine, qui n’est pas seulement la source historique du conflit mais aussi le facteur qui le recrée à tous moments de nos jours. Il est bien connu que cette solution est catégoriquement rejetée par la majorité du public blanc qui la considère comme équivalent à l’abandon de la raison d’être de leur Etat. Le mouvement révolutionnaire en Afrique du Sud doit-il pour autant chercher d’autres solutions ?
Quand M. Merhav en vient à discuter de notre attitude à l’égard d’El-Fatah il s’abstient une fois de plus de se référer à nos textes. Il formule notre position avec ses propres mots – et cela ne sort pas bien. Notons à ce sujet qu’il s’agit d’une méthode fréquemment utilisée par ceux qui ne peuvent pas poser de position de principe comme argument. Ils commencent par formuler les idées de leurs adversaires avec leurs propres mots et sous une forme embrouillée ; il leur est ensuite assez facile de combattre l’épouvantail qu’ils ont eux-mêmes dressé.
Répétons notre position : Nous faisons une distinction entre la résistance à l’occupation des Arabes palestiniens comme un tout, d’une part, et la politique spécifique à chaque organisation à l’intérieur du mouvement de résistance, d’autre part. A la résistance populaire comme un tout, nous reconnaissons le droit et le devoir de tout peuple conquis et opprimé de résister à l’occupation et de lutter pour sa libération. Quant à notre position face à chaque organisation du mouvement de résistance, elle est déterminée avant tout par son PROGRAMME POLITIQUE. En cela nous différons de ceux qui rejettent ces organisations pour le seul fait qu’elles luttent contre l’occupation ou à cause des moyens dont elles se servent dans la lutte. Nous rejetons les positions d’El-Fatah de Yasser Arafat et celles du Front Populaire de Georges Habache. Mais nous affirmons clairement que le rejet de leurs positions ne vient pas du fait qu’ils luttent contre l’occupation israélienne. A notre avis, la résistance à l’occupation est naturelle et légitime, et aucune ‘loyauté à une collectivité nationale’ ne nous fera dévier de ce principe. Quant aux moyens utilisés dans la lutte – même si nous ne les approuvons pas tous, ils ne constituent pas le critère principal suivant lequel nous déterminons notre position1.
Notre position – nous le répétons – est déterminée par le programme politique. Notre refus de la politique du Fatah et du Front Populaire est basé sur deux points principaux. En premier lieu, ils ne considèrent pas la révolution sociale et politique dans la région comme une condition et la base de la solution du problème palestinien, mais ils repoussent toutes luttes au sein du monde arabe et les assujettissent à la cause palestinienne. Ils croient à une unité nationale ‘au-dessus des classes’, donc fausse. La solution qu’ils proposent se réfère à une entité politique artificielle – la Palestine dans les frontières du Mandat Britannique – plutôt qu’à la région considérée comme un tout.
En second lieu, ils n’admettent pas le principe qu’une révolution victorieuse dans la région, qui vaincra les régimes existants actuellement, y compris le régime sioniste d’Israël, garantira le droit à l’autodétermination des entités nationales non arabes vivant dans le monde arabe, y compris le peuple israélien. Nous rejetons l’idée avancée à la fois par les leaders du Fatah et ceux du MAPAM, que la lutte nationale est préalable à la lutte révolutionnaire pour le socialisme. Cela veut dire que tant qu’une lutte nationale est menée, on ne doit pas, à leur avis, commencer une lutte révolutionnaire qui peut miner l’unité du ‘collectif national’. C’est seulement quand disparaît le problème national – du moins le pensent-ils – que vient le moment de passer à l’étape de la lutte sociale révolutionnaire.
Ce fut toujours la position des nationalistes qui se proclamaient socialistes : La lutte pour le socialisme ? … Oui, bien sûr – mais pas maintenant ; maintenant nous avons des problèmes plus urgents. Ceci est la théorie des étapes de Meir Ya’ari (leader du MAPAM) et de Yasser Arafat.
Nous rejetons totalement cette idée et en cela nous nous différencions à la fois du Fatah et du MAPAM. A notre avis, il n’y a qu’une lutte – la lutte révolutionnaire pour une nouvelle société au Moyen Orient, y compris Israël. C’est seulement sur la base d’une telle révolution qu’il sera possible de résoudre les principaux problèmes de la région, y compris le problème israélo-arabe.
M. Merhav résume ses propres positions comme suit : « Le problème est de savoir comment arriver à une compréhension, à un arrangement et à la paix entre les deux collectivités nationales voisines et rivales (ou entre la majorité prépondérante de chacune d’elle), c’est à-dire entre les pays arabes et les Palestiniens qui inscrivent sur leur drapeau l’idée du nationalisme, du réveil et de l’unité arabes, tandis que l’Etat d’Israël inscrit sur son drapeau la même idée de nationalisme, de réveil et d’unité du peuple juif et le rassemblement de ses exilés dans sa patrie historique. Nous relevons le défi qui consiste à noyer les contacts et à créer l’atmosphère favorable au dialogue amical, utile et constructif entre ces deux collectivités nationales, réelles, telles qu’elles sont maintenant ».
C’est une formulation classique de la tendance nationaliste au sein du mouvement socialiste : elle s’agenouille devant ‘la collectivité nationale’ « telle qu’elle est maintenant ». Mr. Merhav est à la recherche d’une entente, d’un accord, d’une paix entre le monde arabe et le nationalisme arabe tels qu’ils existent maintenant d’une part, et Israël et le sionisme d’autre part. A notre avis, cette attitude doit être écartée par principe ; mais l’expérience de ces 70 dernières années au Moyen Orient montre que ce que cherche Mr. Merhav ne peut être trouvé. Même si le conflit israélo-arabe n’existait pas, nous nous opposerions aux régimes qui existent maintenant en Israël et dans les pays arabes. Notre opposition est d’autant plus forte que nous savons que le conflit ne peut pas être résolu aussi longtemps qu’ils restent « tels qu’ils sont maintenant ». En fait, ceux qui proclament que la solution devrait être trouvée au moyen d’accords entre « les deux collectivités nationales telles qu’elles sont maintenant » ne contribuent pas à résoudre le problème, mais seulement à signer leur propre condamnation : être dans le sillage des classes au pouvoir qui leur imposent ‘l’unité nationale’. Soit dit en passant, la proclamation de fidélité envers la ‘collectivité nationale’ est l’erreur la plus lamentable et la plus honteuse de toute l’argumentation de Mr. Merhav. Quelle ‘collectivité nationale’ inspira la fidélité de Marx, Lénine, Rosa Luxembourg, Trotski ou Karl Liebknecht ?
M. Merhav nous dénonce comme « un groupe dissident de notre collectivité nationale ». Nous en sommes fiers. Ce n’est pas notre dissidence qui est abominable, mais l’attitude de M. Merhav et Cie qui consiste à être toujours dans le sillage de quelqu’un. M. Merhav constate, de façon tout à fait juste, que nous considérons la lutte pour une nouvelle société comme la question principale et dominante, à laquelle toutes les autres sont soumises et dont elles dérivent. Lui, par contre, propose un principe différent : action pour la paix – entre Israël tel qu’il est actuellement et le monde arabe tel qu’il est actuellement. Ceci affirme-t-il est d’importance capitale et toute autre question doit lui être subordonnée.
Voilà un exemple typique de la pensée sioniste. Le sionisme ne parle pas d’une solution au problème israélo-arabe parce qu’en ce qui le concerne un tel problème n’existe pas. II ne plait même pas aux sionistes de parler de la solution du conflit israélo-arabe. Pour le sionisme tout se résume à un seul mot : paix. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : le sionisme s’est engagé dans la création de faits qui lui sont favorables afin d’atteindre ses buts. A chaque étape, il ne veut qu’une chose : que les Arabes se soumettent aux faits crées à leurs dépens. A leur point de vue, il n’existe pas un problème social et politique mais seulement le problème de la psychologie arabe. Donc la revendication sioniste est ‘paix’ et non ‘solution au problème’.
Bien sûr, cela ne veut pas dire que le sioniste soit un partisan convaincu de la paix ; il n’est pas prêt à obtenir la paix à n’importe quel prix, mais seulement à ses propres conditions. M. Merhav écrit même « nous sommes prêts, en cas de paix, à rendre la plupart des territoires actuellement détenus par l’armée israélienne ». Notez bien : « la plupart des territoires » et non pas tous les territoires occupés. Rendre tous ces territoires serait payer un prix trop élevé pour la paix, même selon le point de vue ‘socialiste’ de M. Merhav. Si tous les territoires devaient être rendus, il apparaîtrait que le sionisme n’a pas avancé, malgré la guerre de Juin 1967, vers la pleine réalisation de ses objectifs ; et il ne considère pas que la paix vaille ce prix.
En terminologie sioniste, ‘paix’ ne s’oppose pas nécessairement à guerre. Quand les sionistes réclament la ‘paix’, ce qu’ils veulent en réalité, c’est que les Arabes acceptent sans protester ce que le sionisme a accompli à leurs dépens. Un débat public a lieu en ce moment en Israël sur la liaison entre ‘paix’ et ‘sécurité’. C’est un débat entre ceux qui – tels MAPAM – considèrent que le monde arabe pourrait en fin de compte accepter le sionisme, et ceux qui infèrent de l’expérience historique du sionisme que celui-ci ne sera jamais accepté par les Arabes, et devra donc s’imposer lui-même par la supériorité militaire. M. Merhav constate, de façon tout à fait juste, que Matzpen ne prend aucune part à ce débat national, ‘paix ou sécurité’, car c’est un débat stérile à l’intérieur du camp sioniste que nous rejetons complètement et entièrement. Un Israël sioniste ne peut jamais atteindre ni la paix ni la sécurité. Dans ce sens, il partagera le sort de tous les autres régimes colonialistes qui s’efforcent d’exister au sein du Tiers Monde, régimes qui sont fondés sur la discrimination envers la population indigène, sur son exploitation ou son expulsion et qui sont liés par un cordon ombilical à la ligne impérialiste générale. A cet égard, Israël ne diffère pas de l’Afrique du Sud ou la Rhodésie.
La voie de la paix est la lutte en vue d’abolir le caractère sioniste d’Israël, d’établir une nouvelle société à l’aide de la collaboration active des forces révolutionnaires de toute la région. Celui qui se refuse à reconnaître ceci se condamne de ce fait-même à un avenir de guerre perpétuelle et de militarisme permanent dans tous les secteurs de la vie sociale et sous tous ses aspects culturels, moraux et scientifiques. Celui qui adhère au sionisme se condamne lui-même à la guerre perpétuelle contre le monde arabe et à une dépendance sans fin aux fournisseurs d’avions de guerre. C’est absolument inévitable.
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Jusqu’ici nous avons discuté de principes. Mais nous ne pouvons pas clore la discussion sans souligner que MAPAM lui-même ne prend pas au sérieux ses propres principes convenables. En effet, l’histoire toute entière de MAPAM est faite d’abandons successifs de principes. Mentionnons leurs kibboutzim – par ex. Bar’am – installés sur des terres confisquées aux paysans arabes, qui bien qu’étant citoyens israéliens ont été dépossédés, pour faire place à ces colonies sionistes. Rappelons la participation de MAPAM au gouvernement de coalition qui décida du déclenchement de la guerre de Suez en 1956 ; rappelons qu’en 1957 ce parti a aidé à organiser des manifestations de masse contre le retrait d’Israël du Sinaï. Rappelons qu’il fait partie du gouvernement Dayan-Begin et qu’il a voté l’annexion de la Jérusalem orientale par Israël (qu’est-ce que cela a à faire avec la paix ou la sécurité ?) et qu’il continue à soutenir les projets d’annexion.
En bref, les ‘principes’ du MAPРАМ n’existent que pour soutenir « l’activité de propagande de notre parti à l’étranger » ; mais en Israël, il n’y a jamais eu un seul exemple que MAPAM ait voté contre une décision prise par ses partenaires principaux concernant la politique sioniste ou une question militaire. (Ceci est un défi à M. Merhav ; qu’il réfute notre assertion !).
Le plus récent exemple de leur liste d’abandons démontre une fois de plus le rôle de MAPAM dans le camp sioniste. Le quotidien israélien Haaretz du 12.9.69 rapporte que le front travailliste a adopté une plate-forme pour les élections générales qui devaient avoir lieu le mois suivant. Un des points de cette plate-forme était le soutien à la colonisation sioniste dans les territoires occupés. Haaretz poursuit en disant que MAPAM était contre ce point et qu’au début il a insisté pour que son objection soit mentionnée dans la plate-forme elle-même. Mais M. Moshé Dayan déclara qu’il ne permettrait pas une telle chose. Finalement, on trouva ce qu’Haaretz appelle plaisamment « une solution honorable » : le point concernant le soutien à la colonisation serait inclus dans la plate-forme sans aucune réserve et tous les membres du front travailliste – y compris MAPAM – s’y engageaient. Toutefois, MAPAM, malgré son engagement à la plate-forme, aurait la permission (avec le consentement de M. Dayan) de parler publiquement contre ce point particulier…
La division du travail est évidente : MAPAM continuera à participer au front travailliste au pouvoir, qui soutient et effectue en ce moment la colonisation des territoires occupés. Cette politique est en contradiction avec les principes déclarés de MAPAM qu’on continue néanmoins à proclamer. Donc MAPAM soutiendra en fait la politique de colonisation mais – avec le consentement de M. Dayan – poursuivra son battage contre cette politique surtout en s’adressant à la gauche de l’étranger.
- Note : L’article ci-dessus est la traduction d’un article soumis pour publication dans Matzpen, organe de l’Organisation Socialiste Israélienne. La censure avait tout d’abord interdit l’article tout entier, ainsi que la plupart des autres articles de ce même numéro de Matzpen. Elle a ensuite autorisé la parution de la majorité des articles, mais des passages de l’article ci-dessus sont restés interdits. Ces derniers sont donnés en caractères gras. ↩