
Nous sommes contre la guerre sainte, toutes les guerres saintes. Nous sommes contre les appels à la guerre sainte, tous les appels à la guerre sainte. Il ne nous semble pas que l’incendie de la Mosquée El Aqsa ait reçu un encouragement quelconque des autorités israéliennes. Mais nous pensons que les appels à des actes comparables lancés par certains milieux religieux en Israël, ont leur part de responsabilité. Les coupables sont toujours plus haut placés que ceux traduits en justice. Les extraits que nous donnons ci-dessous en sont la preuve. Nous les traduisons de la revue “Deoth”, organe des intellectuels et académiciens religieux, numéro 35 hiver 1967-68 :
Dr. Eldad (activiste du mouvement pour le Grand Israël, et commentateur de la Bible à la radio officielle, NDT) : « Je ne cesse de répéter : un de nos espoirs les plus profonds et ayant valeur de symbole plus que tout autre est la construction du Temple, qui est la glorification de notre délivrance. Il est évident que nous n’allons pas construire le Temple à côté de Mougrahi (place au centre de Tel-Aviv, NDT), mais nous allons le construire sur la colline du Temple à Jerusalem. Dès lors, il devient évident que ces moquées doivent disparaître un jour, d’une manière ou d’une autre. Mais personne ne le dit. On a peur. Alors, on se retranche derrière la politique, et la politique a ses impératifs…
« La majorité arabe, si nous ne la traitons pas selon l’exemple de Josué et David, et comme il nous a été ordonné de les traiter, et comme ils auraient fait avec nous s’ils étaient sortis victorieux… »
Interpellation : « Ou comme à Deir Yassin… »
Dr. Eldad : « Ou comme à Deir Yassin. Sans Deir Yassin – on aurait eu un demi-million d’Arabes à l’intérieur de l’Etat d’Israël et l’Etat d’Israël n’aurait pas pu exister. On ne doit pas se cacher cette vérité, quelles qu’en soient les conséquences. Chaque guerre est cruelle, c’est dans la nature des choses. Ici nous aurons soit le Pays d’Israël avec une majorité absolue, et une petite minorité d’Arabes, ou le Pays d’Israël, et alors nous devrons quitter de nouveau. Si nous n’expulsons pas les Arabes d’une manière ou d’une autre, et les intellectuels et hommes de conscience doivent en montrer la voie, car autrement le travail sera fait par les hommes de la force, ou de la nécessité, tandis que les hommes de conscience se réuniront après coup pour délibérer ce que nous, hommes de conscience, avons à dire. Les hommes de conscience doivent marcher à la tête des troupes et faire entendre leur voix. C’est notre tragédie… La racine de tous les malheurs, le fond des choses, c’est l’histoire des deux cent dernières années, c’est la révolution française et la maudite émancipation. »
Falk : « Il me semble que nous étions tous saisis d’une émotion particulière à cause du défi que nous a lancé l’histoire. Ce défi nous obligera encore de modifier beaucoup de nos conceptions. On doit dire qu’en même temps il existe une disparité tragique entre nos acquis matériels et notre potentiel spirituel et religieux. Mes sentiments sont proches de ceux de Dr. Eldad, mais je pense qu’ils ont une autre signification. Moi aussi, je me suis demandé pourquoi n’aurions nous pas à détruire la mosquée d’Omar pour ériger à sa place notre Temple, ou, tout au moins, pourquoi ne pas offrir des sacrifices à Dieu sur la colline du Temple. Le fait que l’on n’en a jamais parlé sérieusement, constitue la preuve irréfutable qu’il existe un fossé entre nos devoirs religieux et le judaïsme orthodoxe, et même le plus extrême. »
Schlesinger : « La chose qui me choque le plus c’est qu’il y a des gens qui refusent de considérer comme une catastrophe le fait qu’une mosquée se trouve sur la colline du Temple. Ils n’auraient pas été choqué même de voir une église sur la colline du Temple, au lieu de la mosquée. Il est horrifiant de constater que nous devons accepter de bon gré, et de ne pas qualifier de catastrophe, que des sacrilèges soient commis sur la colline du Temple. Car, même si l’on peut prétendre que l’existence d’une mosquée ne constitue pas un sacrilège, il est difficile de l’accepter quand il s’agit d’une église catholique.
« Vous dites que je ne suis pas ce qui se passe dans le grand monde et dans notre pays. Je ne prétend pas qu’aucune évolution n’ait eu lieu dans le sentiment religieux des peuples. Je ne me cache pas les yeux. Mais je considère comme une grande calamité l’existence de la mosquée d’Omar sur la colline du Temple. J’aurais voulu la détruire si j’en avais la force, et je ne suis pas sûr que je ne l’ai pas. L’espoir que la mosquée deviendra un Temple Universel, comme l’a exprimé quelqu’un, est une fuite particulièrement commode (…). C’est encore une chance que nous nous trouvions en face d’une mosquée, parce qu’ils sont plus au moins monothéistes, et encore, beaucoup d’entre eux ne croient pas dans l’existence d’un Dieu unique. »