Spécial Élections : Vérité, vérité chérie…
L’alignement travailliste, qui est depuis l’existence de l’Etat d’Israël le parti au pouvoir (tantôt parti, tantôt partis ; en temps de guerre davantage parti, en temps de paix davantage partis), se présente aux élections du 30 octobre sous le logo EMETH, vérité en français. Nous aurions préféré AMEN comme logo, dont l’orthographe hébraïque est presque la même que EMETH, et qui correspond davantage à l’esprit béni-oui-oui des électeurs de l’alignement.
Toujours est-il que la campagne électorale en cours, à cause de EMETH ou non, donne lieu à une ‘opération vérité’ plus vigoureuse que d’habitude dans des circonstances pareilles. Le journaliste Uri Avneri, lui-même député et candidat aux élections, a des remarques intéressantes à faire sur le bluff électoral des partis politiques. Il n’attaque pas son propre parti, d’autant plus qu’il se réduit à Uri Avneri et beaucoup de valets, et qu’on n’est pas masochiste. Le masochisme sera plutôt de notre côté, car malgré les attaques d’Uri Avneri sur nous (v. ci-dessus), nous publions sa prose, pour ce qu’elle contient de valable. L’article paru dans le journal Haolam Hazeh du 13 août, traite des élections à la Histadrouth, [la Confédération Générale des Travailleurs Israéliens, N.D.T.] le 2 septembre, et des élections générales, le 30 octobre. Le titre de l’article est : « Les Menteurs », mais comme nous avons déjà un autre article avec le même titre, on préfère s’en tenir à la vérité (la même chose, dira M Avneri). Voici de larges extraits :
« J’ai publié jadis une étude dans laquelle j’ai démontré que le nom d’un parti nous renseigne sur son contenu, mais à l’inverse. Un parti né d’une scission s’appelle souvent un parti ‘unifié’ [MAPAM, initiales de Miflegeth Poalim Meoukhedeth, qui signifie Parti ouvrier unifié, N.D.T]. Un parti qui se trouve sur la frange extrémiste s’appelle ‘centre’ [groupuscule de l’extrême droite et lobby sud-africain en Israël, N.D.T]. Un autre parti qui aspire à un régime de répression aime se nommer ‘liberté’ [le grand parti d’extrême droite fascisante s’appelle ‘Herouth’, qui signifie liberté, N.D.T]. Les ‘libéraux’ tout court demandent à envoyer les grévistes en prison. [Le one-man-party d’Uri Avneri s’appelle ‘nouvelle force’…, N.D.T].
La réalité israélienne confirme notre thèse, et donne un relief particulier au fait que l’alignement travailliste se présente sous le titre ‘Vérité.’
« Le parti EMETH-Vérité vient de clore son congrès. On y a entendu M. Aharon Becker [secrétaire général de la Histadrouth – Confédération Générale des Travailleurs Israéliens, N.D.T] déclarer que son parti s’oppose à l’ingérence de l’état dans les relations de travail.
« On reste bouche bée, et on ne sait pas s’il faut admirer davantage le culot de l’homme, ou la retenue des auditeurs qui n’ont pas éclaté de rire.
« M. Becker et ses amis au gouvernement ont lutté ces quatre dernières années avec acharnement pour la réalisation du grand objectif : renforcer la mainmise du gouvernement sur le monde du travail, promulguer des lois anti-ouvrières qui les empêcheront de se défaire de la tutelle des boss de la Histadrouth.
« Ils ont promulgué la loi instaurant des tribunaux pour les relations de travail, en vertu de laquelle le juge peut envoyer les grévistes en prison pour avoir défié la cour.
« Ils ont utilisé les ordres de réquisition à l’encontre des grévistes, après avoir échoué de briser les grèves à l’aide de travailleurs jaunes.
« Ils ont mis en chantier une loi sur les moshavim [coopératives agricoles de forme moins communautaire que les kibboutzim, N.D.T], dont le but est de permettre l’expropriation et l’expulsion des membres des moshavim, tout cela avec l’aide de la police de l’Etat.
« Ils ont instauré le préavis obligatoire donnant au gouvernement et à l’appareil de la Histadrouth la possibilité de faire pression par la terreur, la menace et la corruption, pour éviter le déclenchement d’une grève décidée à l’échelon local.
« Aucun doute n’est possible quant aux intentions du parti travailliste de promulguer des lois sur la médiation obligatoire et sur l’arbitrage obligatoire, ouvertement ou sous forme déguisée, dans le but de rendre les grèves impossibles. Car chaque grève est, de nos jours, dirigée contre l’appareil de la Histadrouth, et contre les deux plus grands employeurs du pays : la Histadrouth elle-même et le gouvernement, tous les deux dominés par le parti de M. Becker.
« ‘Et alors’, peut-on dire. ‘C’est très bien ainsi : Que tous les grévistes aillent en prison. On pourrait alors faire marcher les ports, la poste, les bureaux d’ingénieurs, les écoles, la radiotélévision – tout cela fonctionnera avec l’aide des prisonniers [ce sont des secteurs dans lesquels des grèves ont eu lieu ces mois–ci, N.D.T.]. On pourrait transférer la prison de Damoun au port de Haïfa, et la poste centrale à la prison de Ramleh.’
« Nous vivons dans un pays démocratique et chaque parti a le droit de faire campagne pour ces idées. Il a le droit de les popularises dans des meetings de masse, par des affiches et par des suppléments de EMETH– Vérité [des suppléments électoraux publiés par l’alignement travailliste dans la presse israélienne, N.D.T.].
« Pourquoi donc ne le font-ils pas ?
« Au lieu de cela on envoie le deputé de la Knesset Becker – qui vient rarement à la Knesset, sauf pour voter en faveur des lois instaurant l’intervention de l’Etat dans les affaires syndicales – et on lui impose de diffuser des mensonges sans vergogne.
« Passons maintenant du parti de la vérité de Monsieur Becker au parti de la liberté [Herouth] de Monsieur Arie Ben-Eliezer, ou au Centre Libre de Monsieur Eliezer Shoustak [voir plus haut la signification des noms des partis, N.D.T.]
« Ces deux partis sont partisans de l’institution de l’arbitrage obligatoire, en conformité avec la ligne politique tracé par Ze’ev Jabotinsky [fondateur du parti sioniste révisionniste, mouvement d’extrême droite et de tendance fasciste, N.D.T].
« C’est leur droit, bien entendu.
« Mais ils ne le disent pas, et pour cause. Il leur semble que l’expression ‘arbitrage obligatoire’ est mal accueillie. C’est pourquoi les deux partis préfèrent se référer à quelque chose de plus charmant, à savoir la ‘médiation obligatoire’.
« Il ne s’agit pas d’un mensonge, non. C’est une demi-vérité.
« Ils ne disent pas aux électeurs quel sera leur sort si une telle loi est adoptée, et si alors ils refusent de se plier aux injonctions de l’arbitre (ou du ‘médiateur’).
« Il se trouve qu’aucun travailleur n’accepte que ses conditions de travail soient fixées par un fonctionnaire quelconque, qui vit dans sa tour d’ivoire, dans un bureau climatisé à Jérusalem, et qui reçoit les ordres de Joseph Almogi [actuel ministre de travail, N.D.T.].
« Dans un tel régime d’arbitrage obligatoire et de médiation obligatoire, les travailleurs auront un pied en prison, car ils risquent à tout moment de contrevenir à la loi de l’Etat et d’être accusé de passer outre aux injonctions de la cour.
« De telles lois sont en vigueur dans plusieurs pays. Partout, sans exception, il a été prouvé statistiquement que ces lois augmentent le nombre de grèves et allongent leur durée. Il se trouve que les ouvriers ne deviennent pas plus modérés et obéissants quand on envoie leurs délégués en prison. Au contraire : ils se fâchent davantage, et multiplient les débrayages. Même après l’arrêt de la grève, ils continuent de saboter la productivité de travail. [Uri Avneri montre dans ce paragraphe quels sont ses véritables préoccupations : il aurait voulu que la classe ouvrière soit plus modérée, plus ‘obéissante’, ne se mette pas en grève et ne s’oppose pas aux cadences infernales. Soulignons à cet égard que les récentes grèves ont justement eu pour motivation les conditions de travail, les normes imposées et l’organisation syndicale – Note du Rédacteur].
« Les partis de la droite battent tous les records quand ils se proclament dans les affiches électorales les amis les plus sincères des travailleurs et qu’ils prétendent être les défenseurs les plus vigoureux des intérêts de la classe ouvrière.
« Dans tous les discours à la Knesset, lors des délibérations sur la réglementation du travail, les représentants de ces partis ont répété inlassablement un mot : ‘houliganisme’. Et le ‘houliganisme’ a toujours été le fait des ouvriers.
« ‘Houliganisme’ dans les relations de travail ; ‘Houliganisme’ à l’entreprise Argaman, dans les écoles, dans les ports. Quiconque osait réclamer une amélioration quelconque du niveau des salaires, aussi minime soit-elle – alors que les profits des banques ont augmenté de plusieurs dizaines de pourcents – était qualifié de ‘houligan’ par le Gahal [bloc électoral composé de Herouth et des Libéraux, N.D.T.].
« J’aurais aimé en conséquence lire sur les affiches de ces partis, qui s’adressent aux électeurs de la Histadrouth, des appels commençant par : ‘Chers houligans…’ ou encore : ‘tous les houligans votent pour Gahal’. La morne campagne électorale aurait eu au moins une dimension humoristique.
« Au lieu de cela on assiste à un ballet de mensonges.
« Tout cela n’est qu’une répétition – comme les élections à la Histadrouth ne sont qu’une répétition des élections générales.
« La physionomie des élections générales et de sa campagne est connue.
« Les annexionnistes proclament leur amour pour les Arabes, à qui on promet abondance et bonheur dans le Grand Israël juif. Les partisans de la paix de Mapam vont se répandre en appel aux électeurs en faveur de Moshe Dayan, Amnon Linn et autres ‘partisans confirmés’ de la paix. Les libéraux et les religieux s’engagent déjà dans la compétition pour savoir qui avancera des revendications plus extrémistes concernant le peuplement des territoires ‘libérés’, pour la paix et la sécurité, etc., etc.
« Une loi a été passée cette semaine aux Etats-Unis qui prévoit des peines très sévères pour les entreprises qui inscrivent des inscriptions mensongères concernant la nature de leurs produits sur les emballages de ceux-ci.
« Chez nous il n’existe pas encore une telle loi, ce qui est en effet un scandale. Mais il est possible même chez nous d’amener devant la justice quiconque vend la viande de porc à la place de mouton, ou l’acide sulfurique à la place de jus d’orange. Il sera incriminé.
« De telles limitations de faux usage n’existent pas quand il s’agit s’une campagne électorale.
« Il est permis de mentir. Il est permis de vendre une marchandise sous une fausse étiquette. Il est permis de tricher dans la description du produit.
« Aucun électeur ne pourrait s’adresser après les élections à une cour de justice, pour demander des indemnités de la part d’un parti qui lui a promis une augmentation des salaires, et qui procède suite aux élections à un blocage des salaires.
« Toute cette affaire a un côté piquant, que nous devons souligner.
« Presque tous les partis ont recours de nos jours aux professionnels de la publicité, en vue de vendre leur camelote.
« Moins un parti a de choses à dire, plus il a besoin d’experts pour formuler ce qu’il dit.
« Celui qui rédigeait hier un ‘avertissement aux moustiques’ du nom de Pestetox, par exemple, rédige un ‘avertissement aux ouvriers’ au nom de Joseph Almogui et d’Israël Yeshayahou [Ministres du Travail et des Postes, respectivement, N.D.T.].
« Pourtant, il y a une petite différence.
« Quand le type rédige une publicité pour Pestetox, il est tenu de dire la vérité. Car les producteurs de Pestetox veulent vendre leurs produits tous les jours, pendant des années, ils ne peuvent pas se permettre de décevoir ou d’irriter leurs clients.
« Quand le même type rédige une publicité pour EMETH – Vérité, il sait qu’il peut mentir tant qu’il veut. L’électeur en effet ne se présente aux urnes qu’une seule fois – et peu importe au parti ce qu’il pense le lendemain. Les partis espèrent que l’électeur oubliera tout au cours des quatre années – comme il a oublié ce qu’on lui avait promis quatre années auparavant.
« Avertissement aux électeurs – méfier-vous des affiches électorales… ».
Après l’introduction du dossier « élections », que Uri Avneri a ‘bien voulu’ faire pour nous (que peut-il contre nous quand nous publions des extraits de ses articles, tout en démasquant un peu sa démagogie ?), il sera peut-être utile de détailler davantage les prises de positions sionistes sur le problème central : l’affrontement avec le peuple palestinien. Les divers courants sionistes ont pour l’essentiel un dénominateur commun : assurer la domination sur le peuple palestinien, en même temps qu’on lui nie le droit à son affirmation nationale en Palestine. Les divergences surgissent sur les moyens d’y parvenir, et ces divergences sont de fond car elles impliquent toute la structure de classe de la société israélienne. Les divers projets sionistes pour la ‘solution’ du conflit israélo-palestinien reflètent concrètement ces divergences. Le ‘plan Allon’ voudrait cantonner les Palestiniens dans une enclave en Cisjordanie (environ neuf pourcents de la superficie de la Palestine originelle), complètement entourée et entièrement dominée et contrôlée par Israël. Le ‘plan’ de Dayan est de garder tous les territoires occupés et d’intégrer les Palestiniens dans l’économie israélienne, comme citoyens de deuxième zone qu’on exploitera selon un modèle proche de celui d’Afrique du Sud. Les diverses conceptions ressurgissent dans les débats de la campagne électorale, centrés souvent autour de la politique d’installation des nouvelles colonies juives dans les territoires occupés. L’un (Allon) demande d’entourer les régions arabes de colonies agricoles juives, l’autre (Dayan) préfère mettre l’accent sur la création de centres urbains juifs en milieu arabe. La partie historique que nous ajoutons démontre qu’il existe une continuité dans l’idéologie sioniste. On accuse souvent, et injustement, les dirigeants sionistes de faire des déclarations contradictoires. Mais non, ils sont assez consistants
ON S’INSTALLE PETIT A PETIT DANS LES TERRITOIRES
Le Plan d’Allon Se Réalise Et Les Faits Sont Créés
De Josué Tira, Haaretz, 4-7-1969
« Le gouvernement avait pendant les deux dernières années à se prononcer continuellement sur les deux principaux plans d’installation dans les territoires : le plan du ministre de la défense Moshé Dayan, et le plan du vice-premier ministre et ministre de l’immigration, M. Yigal Allon. Le plan de Dayan consistait à créer quatre ou cinq centres urbains en Judée et Samarie [la Cisjordanie, N.D.T], conformément à sa vision politique générale sur l’avenir des territoires, comprenant l’intégration économique des habitants des territoires et l’introduction de la législation israélienne. Ce plan n’a pas obtenu le soutien nécessaire au sein du gouvernement, et M. Dayan l’a retiré de l’ordre du jour. M. Dayan a proposé la création de ces centres l’hiver dernier ; c’est-à-dire la création de grands centres urbains à côté de Naplouse, Jenin, Ramallah et Hébron, en précisant qu’il s’agissait d’un projet seulement, et qu’il faut différer sa réalisation en fonction des chances d’un retour à la paix. Six mois se sont écoulés depuis, la paix n’est pas plus proche, bien au contraire même – selon les dernières déclarations du ministre de la défense. M. Dayan continue à souligner la nécessité de nouvelles installations dans les territoires, mais il s’est abstenu de faire des nouvelles propositions concrètes au gouvernement. II se peut qu’il craigne de ne pas pouvoir mobiliser de nouveau le soutien nécessaire au sein du gouvernement.
Les nouvelles colonies installées
« M. Allon a également présenté un projet compréhensif de nouvelles colonies, conformément à son plan sur l’avenir des territoires (‘le plan Allon’). L’approche d’Allon a eu davantage de soutien au sein du gouvernement. Bien que son plan ne fût pas adopté en bloc, M. Allon a pu mobiliser le soutien nécessaire pour le réaliser petit à petit. Sans avoir retiré son projet plus vaste, il l’a réduit, il a avancé doucement mais surement tout au long des deux années écoulées, confrontant chaque fois le gouvernement avec des propositions nouvelles, dont une partie fut acceptée et une autre rejetée. Il a pu ainsi réaliser des progrès sur le front de la colonisation, progrès modestes, mais colonisation quand même, qui tout naturellement se traduira par une expansion.
« Sur les Hauteurs du Golan on compte dix nouvelles colonies. La première installation sur les Hauteurs du Golan eut lieu en août 1967, deux mois après la guerre de six jours. C’est le kibboutz Golan, qui s’était installé sans autorisation explicite du gouvernement, et c’était en grande partie Yigal Allon qui a pris l’initiative de créer ce fait accompli et qui a stimulé les réalisateurs.

« Dans la partie de la vallée du Jourdain qui sépare la Jordanie de la Cisjordanie on trouve maintenant trois colonies : Mehola, Argaman et Kalia. Ces colonies constituent la première partie de la phase opérative du ‘plan Allon’, qui prévoit l’installation de nouvelles colonies dans la bande de terrain entre le Jourdain et la montagne, qui doit rester – selon Allon – aux mains d’Israël, même après l’arrangement avec la Jordanie. Cette bande constitue en réalité un tiers du territoire conquis de la Jordanie.
« M. Allon propose également d’installer des colonies dans le Sinaï. On en compte déjà trois : Nahal Yam, Nahal Sinaï et Nahal Dekalim. Le département de colonisation de l’Agence Juive a récemment publié un projet comprenant la création de nombreuses nouvelles colonies dans le canton d’Eshkol, incluant la région de Lakhish et se déversant sur une partie du Sinaï.
« Le ministre du tourisme. M. Moshé Kol, a proposé au gouvernement la création d’un centre de tourisme à Sharm el-Sheikh. Dans un récent discours à la Knesset, M. Kol a fait allusion au fait que ce projet va voir le jour prochainement. Un investisseur étranger s’intéresse au projet.
« Des nouvelles colonies se sont installées à Kfar Etzion et un autre groupe s’est établi à Hébron, eux aussi soutenus par M. Allon au début. En réalité, presque toutes les colonies et installations dans les territoires ont été créées sur l’initiative de M. Allon ou avec son soutien. Elles ont été réalisées conformément à des décisions explicites du gouvernement ou d’une commission gouvernementale compétente. Chaque nouvelle installation a été précédée d’une longue délibération et d’une lutte prolongée, à l’intérieur du gouvernement même. M. Allon s’est battu sans défaillance et avec patience, jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il a pu obtenir. Seul le groupe de Hébron s’est installé sans un accord du gouvernement ; ce dernier considère jusqu’à aujourd’hui le cas de Hébron comme un fait qu’on a dû accepter. Le groupe de Hébron attend maintenant qu’une décision soit prise sur la construction d’une nouvelle ville à Hébron.
Allon a encore d’autres projets
« Toutes les colonies érigées à ce jour avec l’accord du gouvernement ont essentiellement une vocation militaire, et elles sont de type agricole. Le gouvernement n’a pas accepté jusqu’à présent les projets de M. Allon visant à créer des centres villageois à vocation non-agricole. Le gouvernement n’a pas approuvé les centres urbains proposés par M. Dayan, tout comme il a rejeté la proposition du ministre Menahem Béguin de transférer des dizaines de milliers de Juifs dans les villes de La Judée et de la Samarie et leurs environs, pour autant qu’on y trouve des maisons inhabitées ou des terrains inoccupés sur lesquels on pourrait construire. La seule cité urbaine au sujet de laquelle des mesures concrètes sont en train d’être prises, c’est la nouvelle ville de Hébron. Mais les choses n’avancent pas vite pour le moment. Pour accélérer les choses il a été suggéré au gouvernement d’autoriser la construction d’un centre commercial à côté du Tombeau des Patriarches, comprenant un restaurant Kasher, un commerce d’objets religieux et une galerie d’art. Ces entreprises seront gérées par le groupe déjà installé à Hébron.
« M. Allon fait des tours dans les territoires, se rend compte de la situation et essaie d’accorder ses projets à ses conceptions politiques et militaires. Chaque fois qu’il présente un projet, et il en présente des dizaines, il l’accompagne de statistiques, études préalables, cartes et autres explications. On n’accepte pas tous, mais il ne désespère pas pour autant. Il a obtenu une partie, et il continue.
« M. Dayan demande qu’une décision cohérente soit prise quant à l’avenir des territoires, et de s’en tenir une fois la décision prise. Tant que le gouvernement ne s’est pas décidé, M. Allon continue à créer des faits accomplis. On peut supposer que les petits projets et les nouvelles phases, vers lesquelles il veut aboutir et pour lesquelles il lutte, porteront leurs fruits à l’avenir, comme il en a créé des faits accomplis jusqu’ici. »
Haaretz, 4-7-1969
Le même débat politique sur le type de colonisation surgit chaque fois de nouveau dans le mouvement sioniste. Voici ce qu’en raconte un témoin du début de la colonisation (année 1920) :
« Une partie de la direction sioniste commença à attaquer le principe sioniste qui mettait l’accent sur l’agriculture et demanda, au contraire, qu’une attention particulière soit portée à la colonisation urbaine. Le révisionnisme [parti sioniste-révisionniste d’extrême-droite et fascisant, fondé par Ze’ev Jabotinsky, NDT], qui commença à se manifester, se moquait du côté agricole de la colonisation, dans lequel il voyait une continuation du mouvement des ‘Amants de Sion’ qui était une erreur à leurs yeux. Jabotinsky tournait en dérision le symbole de la ‘bêche’, et prêchait la supériorité du ‘fusil’. Ses sympathisants, et les ‘hommes d’Etat’ extrémistes en général, se plaisaient à préférer la balance de l’épicier à la charrue. »
Moshé Smilansky,
Autobiographie, t. IV, p. 26.

L’extension de la colonisation des territoires occupés est devenue la base du programme électoral de l’alignement travailliste. Quelle est la position de la soi-disant ‘gauche’ sioniste, certains disent même ‘l’extrême-gauche’, à savoir le MAPAM, qui fait partie de l’alignement ? Comment avalent-ils la politique de conquête ?
Le Comité Central travailliste a adopté la plateforme électorale.
LE PARAGRAPHE SUR L’EXTENSION DE LA COLONISATION A ETE APPROUVE – DAYAN S’EST OPPOSE A INCLURE UNE RESERVE DU MAPAM.
Haaretz, 12-9-1969.
« Le Comité Central travailliste a adopté hier la plateforme électorale, après un long débat mouvementé. Elle comprend un paragraphe sur l’extension de la colonisation auquel le MAPAM s’était opposé.
« Le président de la commission de rédaction, M. Reuven Barkath, a annoncé à la fin de la réunion que la plateforme est obligatoire pour tous les membres de l’alignement travailliste. MAРАМ s’était opposé au paragraphe sur l’extension de la colonisation, mais ses propositions ont été rejetées.
« Les membres de MAPAM et les autres adhérents à l’alignement ont le droit d’expliquer leurs positions sur ce point, telles qu’elles sont exprimées dans les délibérations, mais la version écrite s’impose à tous.
« Les membres de la commission politique avaient reçu auparavant un projet de résolution spécifiant que MAPAM émet des réserves sur le paragraphe concernant l’extension de la colonisation. Cette réserve devait être comprise dans la plateforme électorale, afin de donner à MAPAM une possibilité de retrait d’honneur pour ses adhérents, étant donné que ce parti avait déclaré publiquement s’opposer à une extension de la colonisation à titre permanent.
L’opposition de Dayan
« C’est alors que le ministre de la défense, M. Moshé Dayan, est intervenu pour déclarer qu’il ne s’oppose pas à ce que le MAPAM explique sa position, mais il ne peut pas émettre des réserves. A son avis, il n’est pas possible de permettre aux membres de l’alignement une abstention et une réserve sur des questions ayant trait à la sécurité, et l’inclusion dans la plateforme d’une réserve de MAPAM leur donnera la possibilité à l’avenir de contester l’opinion de la majorité. Il souligna que sa position sur ce point est définitive et sans appel.
Les explications en public
« Après la communication de Dayan une discussion s’engagea pour savoir si on devait permettre à MAPAM de faire inclure une réserve dans la plateforme. Une délibération à huis clos eut lieu, avec la participation du premier ministre, Mme. Golda Meir, le ministre Israël Galili, et MM. Shimon Peres, Reuven Barkath et Gad Ya’akobi. Il fut décidé que la plateforme ne comprendrait pas la réserve de MAPAM, mais une phrase serait ajoutée précisant que ‘le bureau politique prend acte que les membres de MAPAM et d’autres membres peuvent expliquer dans les réunions publiques leurs positions, dans le cadre de la plateforme électorale et de la discussion qui a eu lieu’.
Le MAPAM ratifie avec réserve
« Le Comité Central de MAPAM a ratifié hier la plateforme de l’alignement, tout en émettant des réserves sur le paragraphe concernant l’extension de la colonisation. Le projet de résolution du secrétaire politique du MAPAM, M. Dov Sakin, a obtenu 96 voix. Il demande que le MAPAM continue à paraître avec ses positions sur ce point.
« Le projet de résolution de M. Dov Peleg qui demanda la désapprobation du paragraphe sur l’extension de la colonisation et la liberté de vote à la Knesset sur ce point, a obtenu 25 voix. »
Haaretz, 12-9-1969
On pensera peut-être : pauvres gars, ces gens du MAPAM, ils sont obligés de se déculotter. Mais non, vous n’y êtes pas. Ils aiment cela, ils adorent être ‘forcés’. Ils ne peuvent s’en passer. Mais une fois ‘forcés’, ils installent leurs kibboutzim dans les territoires occupés comme les autres, ils volent les terres des Palestiniens comme les autres, ils exigent même leur part, ils en profitent. Bref, ils se réjouissent et ils en jouissent. Cette comédie d’appel au viol continue depuis 50 ans. Elle est conforme au rôle traditionnel du MAPAM, qui est celui de fournir un camouflage de gauche à la colonisation sioniste.
Dayan : Famine à Gaza, mais législation Israélienne
La logique de l’extension de la colonisation est expliquée tous les jours par les dirigeants sionistes, surtout par ceux de l’alignement travailliste.
Par exemple :
« M. Dayan : ‘Quand je demande que la législation israélienne s’applique aux territoires, il ne s’agit pas pour moi des lois parlementaires, mais de décret du gouvernement militaire israélien annulant les lois et décrets égyptiens à Gaza, et [jordaniens] dans la Cisjordanie. En reconnaissant la législation égyptienne à Gaza, nous reconnaissons et confirmons que notre présence est temporaire. L’abolition de la loi égyptienne à Gaza signifiera tout simplement que l’Egypte n’a rien à faire en ce lieu.’
« Abordant son programme de l’intégration des Arabes des territoires occupés dans l’économie israélienne, M. Dayan dit qu’un tel programme réduira le chômage qui se répand parmi les Arabes des territoires. ‘J’ai vu à Gaza une situation de famine, et un tel tableau n’ajoute pas à notre bonne renommée face à l’opinion mondiale’, ajouta Dayan. »
Yedioth Akhronoth, 28-4-1969
Galili : Tout va bien à Gaza, elle est nôtre.
Pour un autre ministre, M. Israël Galili, ministre de l’information, tout va bien à Gaza. Ne serait-ce parce que son avenir, comme celui du Golan, et bien sûr de la Jérusalem Orientale – mais de cela on ne parle même plus – est définitivement lié à l’Etat d’Israël…
« Galili : ‘J’ai visité la bande de Gaza en compagnie du gouverneur militaire, le colonel Mota Gur et de ses hommes, et j’en ai retiré l’impression que notre emprise sur cette région est parfaitement établie, et qu’il n’existe aucun risque pour notre sécurité.’
« Interrogé sur la raison de l’absence d’une déclaration gouvernementale sur l’avenir de Gaza, le ministre répondit que le gouvernement n’a pas fait de déclarations officielles et la sienne ne l’est pas non plus. ‘Nous n’avons pas fait de déclarations concernant les Hauteurs du Golan. Je préfère depuis toujours les faits aux déclarations les concernant. Je suis persuadé que notre implantation de fait dans la bande de Gaza est pour toujours’. »
Haaretz, 6-7-1969
EMPRUNT POUR LA DEFENSE 1969

Le dessin ci-dessus illustre la campagne de l’emprunt gouvernemental placée sous le slogan « Ta part dans les Phantoms » [des avions de combat, N.D.T.].
Remarquez comment le Phantom et la colombe de la paix volent en direction opposées.
*
La soi-disant ‘extrême-gauche’ sioniste s’est renforcée récemment par l’adhésion formelle à l’idéologie sioniste de la direction du MAKI, parti communiste israélien, dit ‘juif’.
Sneh : MAKI a modifié sa position antisioniste traditionnelle
« Dr. Moshé Sneh a déclaré hier soir que le MAKI s’est adressé aux partis communistes du monde pour que ceux-ci réexaminent de nouveau leur attitude envers la solution du problème juif. Il s’est prononcé contre l’idéologie marxiste qui préconise comme solution au problème juif l’assimilation des juifs parmi les peuples dans lesquels ils vivent.
« Dans un discours public à Be’er Sheva, le Dr. Sneh a indiqué que le MAKI a pratiquement enlevé la séparation qui l’a isolé du mouvement sioniste pendant des dizaines d’années. Il l’a fait en déclarant sans ambiguïté que malgré le fait que le MAKI se trouve dans l’opposition au gouvernement, il se considère partie intégrante du mouvement ouvrier pour tout ce qui touche la sécurité, l’immigration, et le droit d’auto-détermination du peuple juif. Le Dr. Sneh a ajouté que la preuve d’une modification de l’attitude traditionnellement antisioniste du MAKI a été fournie lors du dernier congrès du parti, quand une décision a été adoptée à la quasi-unanimité, demandant que tous les problèmes à l’immigration, le peuple et le pays soient concentrés entre les mains d’une seule et même organisation juive mondiale.
« ‘La signification du mot paix consiste à briser le refus qualitatif des Arabes de s’asseoir avec nous à la même table. C’est seulement alors qu’on pourrait négocier la quantité des concessions que chaque côté doit faire pour établir la paix de façon durable’, a déclaré le Dr. Sneh. Tant que cela n’est pas réalisé, il considère qu’aucun retrait des territoires ne doit s’effectuer. »
Maariv, 3-7-1969
Et le MATZPEN ? Que nous encourage-t-on dans notre campagne – non pas électorale, puisque on n’y participe pas – d’explication !
Exemple :
L’autorisation d’éditer un journal en langue arabe est refusée aux gens de Matzpen.
« Les autorités viennent de refuser l’autorisation de faire paraître à Haïfa un journal en langue arabe, devant s’intituler ‘A-Nour’ (la feu), et devant servir comme organe de Matzpen, avec M. Victor Nicola comme rédacteur-en-chef.
« Nous avons appris que la demande d’autorisation de ce journal a été introduite il y a une année par M. Moshé Machover, qui devait être le directeur de la publication.
« N’ayant pas reçu de réponse, les gens de Matzpen ont répété leur demande. C’est alors qu’une lettre est parvenue à la direction de Matzpen, de la part des autorités de la Région du Nord, spécifiant que l’autorisation est refusée en vertu des ‘Defense (Emergency) Regulations, 1945’ ». [Voir à ce sujet le tract de Matzpen publié dans ce numéro].
Haaretz, 19-9-1969.
LES TOURISTES VISITANT ISRAËL PARTICIPENT A LA CAMPAGNE ELECTORALE. LES SONDAGES D’OPINION NE SE FONT PAS AUPRES DES ELECTEURS, MAIS AUPRES DES TOURISTES. POURQUOI PAS ? PEUT-ETRE QUE LA RAISON SE TROUVE DANS LA DERNIERE CONCLUSION DU SONDAGE : « MAIS CHEZ LES TOURISTES QUI RESIDENT EN ISRAËL PLUS DE TROIS MOIS LE NIVEAU D’IDENTIFICATION AVEC ISRAËL BAISSE ». ET CHEZ LES ISRAÉLIENS ?
Premier sondage sur l’opinion des touristes concernant Israël après une visite dans le pays
Haaretz, 19-8-1969
« Le niveau d’identification moyen avec la politique israélienne de l’ensemble des touristes visitant le pays monte considérablement grâce à la visite et les diverses campagnes d’explication. Telle est une des conclusions les plus importantes d’un sondage effectué par la société ‘Othoth Skarim’, sur une commande du département d’explication des services d’information auprès du bureau du premier ministre. Une comparaison fut établie pour le premier ministre. Une comparaison fut établie pour la première fois entre les opinions détenues par les touristes au moment de leur venue dans le pays et au moment de leur départ.
Deux groupes problématiques
« Ce sondage intéressant révèle, que pour ce qui est de l’explication de la position israélienne, on se trouve en face d’au moins deux groupes problématiques : le premier groupe – qui reste peu de temps dans le pays (probablement des pèlerins), et chez qui le niveau d’identification avec les positions israéliennes est assez bas ; le deuxième groupe – les jeunes touristes entre 17 et 24 ans, chez qui le niveau d’identification baisse après un séjour en Israël, et ne monte pas comme dans toutes les autres catégories de touristes.
Juifs, chrétiens et sans-religion
« Environ la moitié des touristes pendant la période du sondage étaient des Juifs, l’autre moitié étant composée de chrétiens ou sans-religion. Le niveau d’identification était dès le début plus fort chez les Juifs que chez les autres, et ils sont en même temps plus perméables aux influences leur faisant modifier leurs opinions. Mais on doit en même souligner qu’un changement dans le sens favorable a été également décelé chez les non-Juifs.
Les attitudes qui changent
« L’opinion des touristes a été sollicitée dans trois domaines :
- « Qui est responsable de l’éclatement de la guerre de six jours ?
« Au moment de leur venue en Israël un tiers pensait que la responsabilité en incombait aux Arabes, tandis qu’au moment de leur départ le pourcentage s’est élevé à 50% environ. 4% des touristes accusaient Israël lors de leur venue en visite, tandis que 5% le pensait lors de leur départ. - « Que pensez-vous de la politique israélienne dans les territoires détenus ?
« On ne relève presque aucun changement dans l’attitude concernant la politique des ‘ponts ouverts’ [entre la Cisjordanie et la Jordanie, N.D.T.]. Par contre, un changement notable est intervenu dans la compréhension de la pratique de dynamitage des maisons après une action de sabotage. Tandis que seulement 7% justifiaient de telles actions lors de leur venue, le pourcentage s’élevait jusqu’à 20% au moment du départ. Une évolution semblable a pu être enregistrée quant à l’emprisonnement d’Arabes hébergeant des saboteurs. - « Votre position sur l’avenir de Jérusalem ?
« Sur ce point aussi on n’a enregistré presque aucune modification. Il est à supposer que la stabilité d’opinion sur ce point est un résultat du fait que la position d’Israël sur Jérusalem a été bien connue des touristes avant leur venue.
« Le niveau d’identification avec Israël est plus élevé avec l’âge des touristes qui quittent le pays.
« En ce qui concerne la corrélation entre le niveau d’identification et la durée de séjour il semble que le niveau d’identification s’élève avec la durée de séjour en Israël, mais chez les touristes qui résident en Israël plus de trois mois le niveau d’identification avec Israël baisse. »
Haaretz, 19-8-1969

Le rêve en rose du colon blanc en Afrique noire
LES COLONIES LOINTAINES PARTICIPENT AUSSI A LA CAMPAGNE ELECTORALE D’ISRAËL
« Ian Smith : Le conflit arabo-israélien a des racines profondes – Nationales, Religieuses et Génétiques… » [Dans une interview accordée à une journaliste israélienne, Mme. Rachel Weinstock, une des rares interviews accordées à un journal non-rhodésien, publiée dans le Supplément du Haaretz, 27-6-1969]
« ‘Vous êtes des gens forts’, me dit-il avant même que je lui pose une question. ‘Mais si’, répéta-t-il en soupirant, ‘les Rhodésiens sont encore trop mous. Mous et faibles. Toutes les difficultés que l’indépendance a entraînées pour le peuple rhodésien lui ont fait plus de bien qu’ils ne le pensent. Mais le chemin est encore long jusqu’à ce qu’ils deviennent des hommes forts et décidés à braver les difficultés qui les attendent. Mais on y arrivera. Je ne sais pas comment, mais cela doit arriver. Ils doivent se durcir et oublier les vieilles habitudes de facilité qui étaient les leurs pendant longtemps.’
« Question : Le général Haïm Herzog [commentateur de la radio israélienne, NDT] a dit récemment à Johannesburg que le monde occidental a une grande dette envers Israël. La victoire des Israéliens dans la guerre de six jours a arrêté les dessins d’expansion de l’U.R.S.S. au Moyen Orient et en Afrique.
« Qu’en pensez-vous ? Est-il juste de supposer que vous aussi vous avez gagné un répit relatif à cause de la nouvelle situation créée ?
« Ian Smith : ‘Je suis entièrement d’accord avec le général Herzog. Israël a joué un rôle important dans l’arrêt du communisme au Moyen-Orient. De ce point de vue il y a un dénominateur commun entre Israël et la Rhodésie. Je définirais la situation ainsi : Israël est l’épine dans le pied au Moyen-Orient ; la Rhodésie est l’épine dans le pied en Afrique. Deux petits pays qui constituent un obstacle aux visées d’expansion du communisme’. ‘J’ai confiance’, ajouta-t-il, ‘que les relations entre la Rhodésie et Israël, inexistantes pour le moment, vont se développer à l’avenir, qui est peut-être plus proche qu’on ne le pense aujourd’hui’ ».
« Sur l’argument faisant ressortir l’injustice dans l’égalité entre l’éléphant et le coq », conclut Mme. Rachel Weinstock dans l’interview, « le gouvernement de Rhodésie répond que sa politique consiste à réduire la disparité démographique raciale par l’encouragement à l’immigration en Rhodésie à grande échelle. S’ils réussissent, il se pourrait que le problème se résolve de lui-même. Mais il est douteux qu’une immigration ‘blanche’, même vaste dans ses dimensions, puisse rattraper le taux d’accroissement naturel des Africains. » [Le problème est également évoqué en Israël, bien que la majorité actuelle soit juive ; on considère comme une calamité le taux de croissance naturel des Palestiniens – N.D.T.].
« Le problème principal de la Rhodésie est celui-là. Il faut toutefois ajouter : il me semble que ce n’est pas un hasard si Ian Smith a commencé sa conversation avec moi par une remarque amère sur la mollesse des Rhodésiens, en comparaison avec ‘les hommes forts’ chez nous. Toute la question est là : les Rhodésiens, seront-ils prêts à se battre jusqu’au bout ? S’ils se durciront et qu’ils lutteront, la bataille contre eux – à l’intérieur et à l’extérieur – sera longue et difficile. À tout moment les Rhodésiens m’ont fait la comparaison maladroite (mais inévitable) avec Israël : ‘Vous êtes une minorité et vous êtes arrivés, pourquoi pas nous ?’ Mais il existe une différence. Les immigrés venus en Israël ont brulé les ponts derrière eux. Beaucoup sont venus animés par un idéal. Le blanc est venu en Rhodésie à la recherche de l’or. Restera-t-il quand l’or n’y est plus ? »
Supplément du Haaretz, 27-6-1969

HISTOIRE POLITIQUE D’UNE PHOTO
On se rappelle qu’après la guerre de juin 1967 la presse et la télévision diffusaient des photos montrant les soldats égyptiens se débarrasser de leurs chaussures, soi-disant ‘pour mieux pouvoir courir’. Sur une photo publiée dans un livre paru aux U.S.A., un détail supplémentaire et curieux apparaît : on y voit des rangées d’Egyptiens debout, leurs bras levés et les mains pliées derrière la tête, cependant que les premiers hommes de la rangée enlèvent leurs chaussures. Même cette photo est incomplète. L’original a été publié entre-temps (dans ‘The Big Lie of the Boots’, tract édité par ‘The Arab Women’s Information Committee’) : on y voit des soldats israéliens adossés à une voiture blindée et tenant une mitraillette. A en juger par l’ombre, la scène se déroule autour de midi. La température du sol dans le désert du Sinaï à cette époque de l’année varie entre 60 et 70 degrés Celsius…
(Photo et texte parus dans Konkret no. 18, 25-8-1969)
IL CROIT EN MARX… ET SPENCER
« Le Sunday Times de Londres a consacré toute une page à la description de ‘la lutte d’anciens officiers supérieurs de l’armée israélienne contre l’inefficacité, l’inflation, et la bureaucratie en Israël’.
« Le correspondant pour les affaires économiques du journal, Stephen Iris, mentionne la contribution importante au développement israélien faite par des officiers libérés de l’armée.
« Le journal cite également une phrase de Monsieur Asher Yadlin, le secrétaire général de la section industrielle de la Histadrouth. En réponse à une question sur l’incompatibilité entre les affaires multiples de la Histadrouth et sa conception socialiste il répondit : ‘Les temps ont changé. Jadis on croyait en Marx. Aujourd’hui nous croyons en Marks et Spencer…’ »
Yediot Akhronoth, 3-8-69.