{"id":643,"date":"1977-06-30T21:00:34","date_gmt":"1977-06-30T19:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/?p=643"},"modified":"2019-11-27T11:11:08","modified_gmt":"2019-11-27T09:11:08","slug":"le-petit-croissant-fertile-de-la-syrie-%e2%80%92-par-yasser-ali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matzpen.org\/english\/1977-06-30\/le-petit-croissant-fertile-de-la-syrie-%e2%80%92-par-yasser-ali\/","title":{"rendered":"Le \u00abpetit\u00bb Croissant fertile de la Syrie\u00a0\u2012 par Yasser Ali"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"data:image\/gif;base64,R0lGODlhAQABAIAAAAAAAP\/\/\/yH5BAEAAAAALAAAAAABAAEAAAIBRAA7\" data-src=\"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j-184x300.jpg\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-641 lazyload\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"300\"><noscript><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-641\" src=\"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j-184x300.jpg\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j-184x300.jpg 184w, https:\/\/matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j-627x1024.jpg 627w, https:\/\/matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j-768x1254.jpg 768w, https:\/\/matzpen.org\/english\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/khamsin4-j.jpg 796w\" sizes=\"(max-width: 184px) 100vw, 184px\" \/><\/noscript><\/p>\n<h3>Introduction<\/h3>\n<p>L&#8217;\u00e9volution actuelle de la situation libanaise se d\u00e9cide fondamentalement en Syrie. L&#8217;ind\u00e9pendance libanaise s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e n&#8217;\u00eatre qu&#8217;un mythe longtemps b\u00e2ti sur la multiplicit\u00e9 des d\u00e9pendances qui s&#8217;opposent et se neutralisent. Un statu quo int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur \u00e9tait sauvegard\u00e9 et un semblant de r\u00e9alit\u00e9 \u00e9toffait cette entit\u00e9 irr\u00e9elle.<\/p>\n<p>\u00ab La force du Liban est dans sa faiblesse \u00bb, d\u00e9clarait il y a quelques ann\u00e9es le chef des phalanges libanaises Pierre Gemayel&#8230; Il faut croire que la faiblesse n&#8217;a pas la vie assez longue ni assez dure pour perp\u00e9tuer un \u00c9tat : le Liban paie aujourd&#8217;hui le prix d&#8217;une existence artificielle qui n&#8217;aurait jamais vu le jour sans l&#8217;intervention directe du colonisateur fran\u00e7ais&#8230; Il paie le prix de sa \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb de fait dans le conflit isra\u00e9lo-arabe, le prix de sa double appartenance arabo-occidentale pouss\u00e9e aux plus extr\u00eames limites, le prix d&#8217;un clivage confessionnel in\u00e9galitaire r\u00e9calcitrant \u00e0 toute all\u00e9geance nationale unifiante, le prix d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rateur de profonds clivages sociaux, le prix enfin d&#8217;un syst\u00e8me politique r\u00e9trograde qui ne peut contenir toutes ces contradictions qu&#8217;en les perp\u00e9tuant&#8230; Qu&#8217;une rupture d&#8217;\u00e9quilibre survienne en un point assez n\u00e9vralgique pour porter en m\u00eame temps sur les rapports internes et externes constitutifs de ce pays et sa faiblesse appara\u00eetra pour ce qu&#8217;elle est&#8230; rien que de la faiblesse : un \u00c9tat de plus {de moins) aura v\u00e9cu&#8230; Le mot \u00ab fin \u00bb pointe d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&#8217;horizon. Peu importe que la g\u00e9ographie se mette ou non \u00e0 la page de l&#8217;histoire, la politique en tous cas s&#8217;y soumettra : avec ou sans fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, le Liban sera politiquement dig\u00e9r\u00e9 par le monde arabe, la chim\u00e8re d&#8217;un Liban occidental \u00e9tant mort-n\u00e9e {d\u00e9finitivement enterr\u00e9e avec la d\u00e9b\u00e2cle phalangiste et la d\u00e9sint\u00e9gration de l&#8217;arm\u00e9e libanaise qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent l&#8217;intervention syrienne). C&#8217;est sur les modalit\u00e9s et le contenu de cette digestion que se d\u00e9roulent les luttes actuelles et que se sont op\u00e9r\u00e9 les retournements des derniers mois : digestion en tant qu&#8217;entit\u00e9 fasciste ? syrienne ? pro-syrienne ? ou bien les combinaisons de certaines ou de toutes ces hypoth\u00e8ses ?<\/p>\n<p>Il aura donc fallu l&#8217;enjeu palestinien pour qu&#8217;\u00e9clate la r\u00e9alit\u00e9 libanaise et que se d\u00e9voile explosivement l&#8217;imprescriptible int\u00e9gration du Liban dans le monde arabe, int\u00e9gration mat\u00e9rialis\u00e9e (force de la g\u00e9ographie, force de l&#8217;histoire et force tout court) par ta pr\u00e9sence palestinienne et le poids syrien. Mais, si la place occup\u00e9e par les Palestiniens \u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9part plus qu&#8217;apparente, l&#8217;ampleur du r\u00f4le syrien actuel fait figure de r\u00e9v\u00e9lation, jugul\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait dans le pass\u00e9 par le facteur international, le voisinage isra\u00e9lien, l&#8217;\u00e9quilibre de forces inter-arabes et une situation int\u00e9rieure syrienne qui faisait de ce pays un malade politique, un champ de mouvance \u00e9gypto-irakien plut\u00f4t qu&#8217;un p\u00f4le du monde arabe. Pourtant, les rapports syro-libanais et syro-palestiniens sont r\u00e9v\u00e9lateurs de bien des pr\u00e9mices avant cette p\u00e9riode&#8230; \u00e0 la source m\u00eame du Liban et d\u00e8s la naissance de la r\u00e9sistance palestinienne.<\/p>\n<h3>I. La Syrie amput\u00e9e du Liban<\/h3>\n<p>En 1920, les troupes du roi arabe Fay\u00e7al, venu r\u00e9gner sur la r\u00e9gion syrienne, en application d&#8217;un accord conclu avec les Britanniques, se faisaient battre et refouler par les troupes fran\u00e7aises du g\u00e9n\u00e9ral Gouraud venu prendre possession du m\u00eame territoire, en vertu d&#8217;un autre accord contract\u00e9 avec ces m\u00eames Britanniques. Les nouvelles autorit\u00e9s coloniales (elles se feront appeler \u00ab mandataires \u00bb) vont d\u00e9membrer ce territoire en multiples \u00c9tatillons confessionnels. Mais cette partition entra\u00eene rapidement un ph\u00e9nom\u00e8ne de rejet auquel ne survit que le minuscule territoire libanais aux c\u00f4t\u00e9s d&#8217;une Syrie dont toutes les autres parties ont d\u00fb \u00eatre rapidement r\u00e9unifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 en 1920, cet \u00c9tat du Grand Liban a \u00e9t\u00e9 taill\u00e9 aux mesures de la supr\u00e9matie des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes (maronites surtout) qui y r\u00e9sidaient. A la montagne libanaise en majorit\u00e9 chr\u00e9tienne sont rajout\u00e9es les villes c\u00f4ti\u00e8res (Beyrouth, Tripoli, Sa\u00efda et Tyr), les plaines fertiles de la B\u00e9kaa et du Akkar ainsi que le Jabal Amel (le Sud-Liban) \u00e0 majorit\u00e9 musulmane&#8230; De quoi rendre le nouvel \u00c9tat le plus viable possible \u00e9conomiquement tout en lui sauvegardant sa raison d&#8217;\u00eatre politique : une majorit\u00e9 dominante chr\u00e9tienne. Les privil\u00e8ges offerts \u00e0 cette derni\u00e8re sous l&#8217;occupation et l&#8217;administration fran\u00e7aises \u00e9tofferont la politique des couches dominantes et du clerg\u00e9 maronite pour noyer dans l&#8217;\u0153uf les d\u00e9buts de symbiose nationale arabisante apparue face au joug ottoman \u00e0 la fin du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. L&#8217;existence de l&#8217;\u00c9tat libanais devient le corollaire des privil\u00e8ges chr\u00e9tiens qui cesseraient d&#8217;exister le jour o\u00f9 le Liban int\u00e9grerait l&#8217;ensemble syrien. En cons\u00e9quence, le nationalisme libanais ne sera que l&#8217;apanage des seuls chr\u00e9tiens, le nationalisme des musulmans se tournant vers le monde arabe mat\u00e9rialis\u00e9 g\u00e9ographiquement par la toute proche Syrie (m\u00eame quand son p\u00f4le d&#8217;attraction politique se situera en Egypte nass\u00e9rienne). Le premier, aux relents profond\u00e9ment isolationnistes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du monde arabe, pr\u00eachera son ouverture dans les eaux de l&#8217;\u00ab Occident chr\u00e9tien \u00bb ou ira se chercher une identit\u00e9 chez les anc\u00eatres mythiques de Ph\u00e9nicie ; le second verra sa dignit\u00e9 et ses droits retrouv\u00e9s dans son unit\u00e9 avec un monde arabe anti-imp\u00e9rialiste qu&#8217;incarnera pendant quinze ans le nass\u00e9risme. Le nationalisme arabe des musulmans libanais trouvera un perp\u00e9tuel r\u00e9pondant du c\u00f4t\u00e9 syrien, \u00e0 des degr\u00e9s divers, il est vrai, suivant les nationalismes qui agiteront ce pays ou les nombreux r\u00e9gimes qui s&#8217;y succ\u00e9deront. La Syrie n&#8217;avalisera jamais son amputation du Liban, ressentie comme une atteinte \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9, comme le d\u00e9fi d&#8217;une enclave fortement occidentalis\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de son irr\u00e9dentisme&#8230; Atteinte et d\u00e9fi qui se refl\u00e8tent aussi dans toute leur mesure au niveau \u00e9conomique.<\/p>\n<p>En effet, la Syrie se trouve d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, du fait libanais, des trois quarts de son ouverture maritime. Le capitalisme libanais arrivera \u00e0 canaliser et \u00e0 capitaliser \u00e0 son profit (au d\u00e9triment des autres pays du Moyen-Orient arabe) les principaux retournements \u00e9conomiques, sociaux et politiques qui secouent les \u00c9tats limitrophes. La cr\u00e9ation de l&#8217;\u00c9tat d&#8217;Isra\u00ebl, les changements de r\u00e9gimes en Egypte, en Syrie et en Irak avec les nationalisations qui s&#8217;ensuivent font de Beyrouth le paradis des capitaux, de son port le principal port r\u00e9gional et du syst\u00e8me \u00e9conomique libanais la principale courroie de-transmission de l&#8217;Occident capitaliste dans l&#8217;hinterland arabe (\u00e9coulement des produits manufactur\u00e9s en un sens et drainage des capitaux p\u00e9troliers dans le sens contraire).<\/p>\n<p>Alors que l&#8217;\u00e9conomie libanaise ne respire qu&#8217;en resserrant ses liens marchands avec le monde arabe qu&#8217;elle contribue \u00e0 piller, la politique libanaise officielle est b\u00e2tie sur le desserrement maximalis\u00e9 de la solidarit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des probl\u00e8mes nationaux arabes (notamment le probl\u00e8me palestinien et le conflit isra\u00e9lo-arabe). Ce pays, qui n&#8217;a pas particip\u00e9 aux guerres de 1967 et de 1973, s&#8217;est toujours refus\u00e9 \u00e0 offrir des facilit\u00e9s guerri\u00e8res r\u00e9elles \u00e0 la Syrie dont le flanc demeurait strat\u00e9giquement expos\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 libanais \u00e0 une \u00e9ventuelle attaque isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p>En fait, les relations libano-syriennes ne se sont jamais normalis\u00e9es : d\u00e8s le d\u00e9part, l&#8217;ind\u00e9pendance sous forme de deux \u00c9tats s\u00e9par\u00e9s n&#8217;aura \u00e9t\u00e9 qu&#8217;un fait impos\u00e9 \u00e0 la Syrie et aux musulmans libanais par la volont\u00e9 fran\u00e7aise puis britannique et par les chr\u00e9tiens du Liban eux-m\u00eames comme prix de leur participation \u00e0 la lutte contre le mandat fran\u00e7ais. Ce n&#8217;est que par la suite que certains services publics communs aux deux nouveaux \u00c9tats se scindent et que l&#8217;unit\u00e9 douani\u00e8re est rompue (en 1950). Jamais cependant des relations diplomatiques ne s&#8217;\u00e9tabliront entre Beyrouth et Damas, dernier vestige officiel du refus syrien de se plier \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;un \u00c9tat libanais normalement constitu\u00e9.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, la \u00ab d\u00e9mocratie lib\u00e9rale \u00bb \u00e0 la libanaise n&#8217;a pas manqu\u00e9 d&#8217;\u00eatre une source de fr\u00e9quents conflits entre les deux pays (souvent malgr\u00e9 la volont\u00e9 des autorit\u00e9s libanaises officielles). Trop libre (malgr\u00e9 une censure parfois f\u00e9roce) \u00e9tait la presse libanaise qui ne m\u00e9nageait pas toujours le voisin syrien. Trop libres \u00e9taient les r\u00e9fugi\u00e9s syriens de droite et de gauche qui s&#8217;installaient et complotaient (?) \u00e0 Beyrouth ; aussi la \u00ab grande s\u0153ur \u00bb ne manqua pas de faire le m\u00e9nage sur les plates-bandes de la petite : le second bureau syrien s&#8217;est sp\u00e9cialis\u00e9 au vu et au su des autorit\u00e9s libanaises en assassinats et enl\u00e8vements de toute sorte sur le territoire libanais.<\/p>\n<p>C&#8217;est que les autorit\u00e9s syriennes ont toujours \u00e9t\u00e9 conscientes de la d\u00e9pendance du Liban \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la Syrie : d\u00e9pendance g\u00e9o-\u00e9conomique d&#8217;abord, la Syrie \u00e9tant le seul passage terrestre vers le monde arabe ; d\u00e9pendance politique ensuite, le centralisme politique libanais \u00e9tant limit\u00e9 par le partage f\u00e9odalo-confessionnel des pouvoirs et la partie musulmane du pays ne cachant pas ses sympathies syriennes (refl\u00e9tant longtemps il est vrai son all\u00e9geance nass\u00e9rienne).<\/p>\n<p>Les partis et autres forces politiques de Syrie et du Liban faisaient d&#8217;ailleurs de leur prise de position concernant les rapports syro-libanais une des composantes ma\u00eetresses de leur pratique politique : \u00ab Non \u00e0 la Syrie \u00bb pouvait-on lire en 1974-1975, \u00e9crit en tr\u00e8s gros caract\u00e8res d&#8217;imprimerie \u00e0 tous les coins de rues d&#8217;Achrafieh (le quartier chr\u00e9tien de Beyrouth). Le parti Baas (n\u00e9 en 1936) et le Mouvement nationaliste arabe (n\u00e9 en 1948), cr\u00e9\u00e9s tous deux autour de l&#8217;unit\u00e9 arabe totale, faisaient de l&#8217;unification des deux pays un de leurs principaux leitmotive. Le parti communiste en Syrie et au Liban est rest\u00e9 en fait syro-libanais jusqu&#8217;en 1958 et m\u00eame 1964, avant que le P.C. libanais n&#8217;acqui\u00e8re son autonomie. Le P.P.S. (Parti populaire syrien) pr\u00f4nait, comme son nom l&#8217;indique, l&#8217;unit\u00e9 de la Grande Syrie. Le nass\u00e9risme, enfin, a \u00e9branl\u00e9 les assises du Liban quand, \u00e0 la suite de l&#8217;unit\u00e9 syro-\u00e9gyptienne de 1958, un vaste courant nationaliste a agit\u00e9 la communaut\u00e9 musulmane de ce pays : le Liban ne rejoint pas l&#8217;unit\u00e9 syro-\u00e9gyptienne d&#8217;alors, mais, \u00e0 la suite d&#8217;une guerre civile de quelques mois, il met un terme d\u00e9finitif \u00e0 son total alignement sur le camp occidental pour tenir compte \u00e9galement de la politique nass\u00e9rienne et syrienne comme une des composantes ma\u00eetresses de sa politique \u00e9trang\u00e8re et int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Refl\u00e9tant la nature des r\u00e9gimes qui se sont succ\u00e9d\u00e9, l&#8217;impact syrien sur le Liban a \u00e9t\u00e9 nationaliste, anti-imp\u00e9rialiste et (depuis 1959-1960) socialement progressiste, tous caract\u00e8res plus ou moins authentiques qui voilaient la nature antid\u00e9mocratique et r\u00e9pressive de ces r\u00e9gimes. Ce courant, s&#8217;il ne manquait pas d&#8217;influer profond\u00e9ment sur la politique libanaise, n&#8217;est jamais arriv\u00e9 \u00e0 emporter le Liban dans son sillage, changeant de nature d\u00e8s qu&#8217;il en traversait les fronti\u00e8res, aspir\u00e9 par la structure confessionnelle qui dressait automatiquement contre lui la moiti\u00e9 chr\u00e9tienne autant qu&#8217;elle mobilisait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s la moiti\u00e9 musulmane. \u00ab Ni vainqueur ni vaincu \u00bb, telle \u00e9tait la perp\u00e9tuelle rengaine qui devait clore les conflits et servir de r\u00e9sultante libanaise aux luttes sociales et politiques qui agitaient le monde arabe, enflaient en Syrie, se r\u00e9percutaient et ricochaient au Liban. Ce <em>statu quo<\/em> int\u00e9rieur \u00e9tait sauvegard\u00e9 (au prix de minutieux mais superficiels r\u00e9am\u00e9nagements) au b\u00e9n\u00e9fice des privil\u00e8ges chr\u00e9tiens, de la perp\u00e9tuation du pouvoir politique d&#8217;une couche de notables r\u00e9trogrades et du pouvoir \u00e9conomique d&#8217;une bourgeoisie d&#8217;affaires in\u00e9galement r\u00e9partie entre les diverses confessions.<\/p>\n<p>Nass\u00e9risme, baassisme, conflit isra\u00e9lo-arabe ont pu \u00eatre de la sorte \u00e9mouss\u00e9s puis jugul\u00e9s par cette structure libanaise. Mais tout devait changer avec la r\u00e9sistance palestinienne : cette fois-ci, le monde arabe sonnait aux portes&#8230; de l&#8217;int\u00e9rieur. Corollairement, la Syrie trouvait sa position d&#8217;autant plus renforc\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la sc\u00e8ne libanaise qu&#8217;elle se trouvait en situation de force \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Palestiniens; et, inversement, sa position \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Palestiniens d&#8217;autant plus renforc\u00e9e qu&#8217;elle se trouvait en situation de force \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du Liban.<\/p>\n<h3>II. Les Palestiniens \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve syrienne<\/h3>\n<p>Compar\u00e9e \u00e0 leur statut social au Liban d&#8217;avant 1971 (Cf. Khamsin, n\u00b0 2, <em>Les camps palestiniens au Liban, <\/em>dans &#8220;<a href=\"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/1975-12-10\/la-dispersion-palestinienne\/\">La dispersion palestinienne<\/a>&#8221; par Jacqueline Farhoud Jraissaty), la situation des masses palestiniennes de Syrie paraissait enviable. Leur insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 syrienne avait beau se faire au niveau des couches les moins nanties, ils avaient beau subir une discrimination de fait, il n&#8217;en demeure pas moins qu&#8217;ils jouissaient r\u00e9ellement du droit au travail et m\u00eame \u00e0 la fonction publique et au statut militaire, jusqu&#8217;\u00e0 occuper certains postes assez \u00e9lev\u00e9s. Le foss\u00e9 social et culturel qui les s\u00e9parait des couches populaires syriennes \u00e9tait minime. Forts du poids politique et id\u00e9ologique qu&#8217;occupait la question palestinienne au niveau syrien officiel comme au niveau des diff\u00e9rents courants nationalistes arabes, ils n&#8217;\u00e9taient pas expos\u00e9s en outre au m\u00eame m\u00e9pris qui pi\u00e9tinait syst\u00e9matiquement au Liban leur dignit\u00e9 d&#8217;hommes et de Palestiniens. C&#8217;est en Syrie aussi que se mat\u00e9rialis\u00e8rent leurs premiers espoirs combatifs : c&#8217;est l\u00e0 que s&#8217;\u00e9tait constitu\u00e9 le plus important contingent de l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne cr\u00e9\u00e9 par la Ligue arabe. C&#8217;est l\u00e0 que se sont constitu\u00e9s et entra\u00een\u00e9s les premiers noyaux combattants du Fath et c&#8217;est \u00e0 partir du territoire syrien enfin que furent lanc\u00e9es en 1965 les premi\u00e8res op\u00e9rations de commandos palestiniens qui servirent de pr\u00e9texte isra\u00e9lien au d\u00e9clenchement de l&#8217;engrenage guerrier de 1967.<\/p>\n<p>Mais, en servant de tremplin de d\u00e9part et de soutien logistique \u00e0 la r\u00e9sistance palestinienne, la Syrie accroissait au fur et \u00e0 mesure la d\u00e9pendance palestinienne \u00e0 son \u00e9gard. D\u00e9pendance d&#8217;autant plus importante que la Syrie \u00e9tait le seul des quatre \u00c9tats arabes jouxtant les fronti\u00e8res isra\u00e9liennes qui donnait volontairement \u00e0 la r\u00e9sistance un aussi large statut et qui refusait officiellement les divers plans de paix dont l&#8217;aboutissement se serait obligatoirement sold\u00e9 par l&#8217;\u00e9viction des Palestiniens. La Jordanie d&#8217;abord, le Liban ensuite \u2014 o\u00f9 la r\u00e9sistance a pu acqu\u00e9rir une meilleure situation et une r\u00e9elle autonomie \u2014 se sont vus par contre imposer cet \u00e9tat de fait par la force, celle des Palestiniens et de leurs alli\u00e9s libanais et jordaniens \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, celle des autres \u00c9tats arabes, de la Syrie notamment, \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur. Mais, en Jordanie comme au Liban, cette existence palestinienne ainsi propuls\u00e9e par la guerre de juin 1967 et qui allait fondamentalement \u00e0 l&#8217;encontre de la structure des r\u00e9gimes en place et de leurs attaches internationales \u00e9tait continuellement menac\u00e9e. Aussi, au lieu de permettre \u00e0 la r\u00e9sistance de s&#8217;autonomiser r\u00e9ellement par rapport \u00e0 la Syrie comme elle l&#8217;a fait par rapport \u00e0 l&#8217;\u00c9gypte, la politique jordanienne ou libanaise vis-\u00e0-vis des Palestiniens les soumettait obligatoirement \u00e0 la protection syrienne. Et, de fait, l&#8217;intervention militaire syrienne en Jordanie lors du \u00ab Septembre noir \u00bb (1970) sauva la r\u00e9sistance palestinienne d&#8217;une d\u00e9b\u00e2cle totale&#8230; pour quelques mois tout au moins.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9b\u00e2cle survenue en 1971 allait soumettre encore plus vitalement la r\u00e9sistance aux \u00ab faveurs \u00bb de la Syrie devenue pour un temps (jusqu&#8217;\u00e0 son renforcement au Liban en 1972-1973) son principal centre. La Syrie devait d&#8217;ailleurs jouer un r\u00f4le principal dans la construction du fait palestinien au Liban. En 1969 comme en 1973, elle r\u00e9agissait violemment \u00e0 la r\u00e9pression qu&#8217;y subissaient les Palestiniens, fermant ses fronti\u00e8res libanaises, isolant ce pays de l&#8217;hinterland arabe et y intervenant militairement (directement et indirectement). Si \u00e0 partir de 1972-1973 le Liban centralisait le principal des activit\u00e9s palestiniennes, c&#8217;\u00e9tait donc grandement en accord avec les autorit\u00e9s syriennes et gr\u00e2ce au soutien de la Syrie qui, outre son interventionnisme libanais, continuait \u00e0 constituer une base arri\u00e8re vitale, o\u00f9 la r\u00e9sistance \u00e9tablissait ses principaux camps d&#8217;entra\u00eenement. De plus, la guerre d&#8217;octobre 1973 entra\u00eenant rapidement le r\u00e9gime \u00e9gyptien dans la valse des concessions \u00e0 la diplomatie am\u00e9ricaine, la Syrie cristallisait deux ann\u00e9es durant aux yeux des Palestiniens l&#8217;espoir qu&#8217;ils ne seraient pas brad\u00e9s au profit du roi Hussein ou d&#8217;un accord quelconque isra\u00e9lo-am\u00e9ricano-arabe.<\/p>\n<p>Les Palestiniens n&#8217;\u00e9taient pourtant pas dupes de la politique syrienne dont les contraintes ne manquaient pas de s&#8217;exercer \u00e0 la mesure de leur d\u00e9pendance et du soutien dont ils b\u00e9n\u00e9ficiaient. La \u00ab solidarit\u00e9 nationaliste arabe \u00bb, le soutien d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la \u00ab cause palestinienne sacr\u00e9e \u00bb et autres th\u00e8mes entonn\u00e9s par la propagande officielle ne touchaient plus que superficiellement une opinion publique devenue blas\u00e9e \u00e0 force d&#8217;\u00eatre gav\u00e9e de slogans. Le coup d&#8217;\u00c9tat de Hafez Assad (novembre 1970) repr\u00e9sente \u00e0 ce niveau un v\u00e9ritable tournant : le passage au \u00ab r\u00e9alisme \u00bb politique, accompagn\u00e9 d&#8217;un usage cynique (et non plus sentimental) de la d\u00e9magogie, d&#8217;o\u00f9 le rapprochement avec les autres pays arabes hier encore consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9faitistes et droitiers, d&#8217;o\u00f9 corollairement un soutien plus dos\u00e9 et une attitude plus ferme \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la r\u00e9sistance. L&#8217;intervention syrienne de septembre 1970 en Jordanie s&#8217;\u00e9tait d&#8217;ailleurs produite malgr\u00e9 l&#8217;opposition du ministre de la D\u00e9fense d&#8217;alors, qui n&#8217;\u00e9tait autre que l&#8217;actuel chef d&#8217;\u00c9tat syrien. Conscient du changement intervenu \u00e0 Damas, le roi Hussein, cassant l&#8217;accord conclu \u00e0 la suite de Septembre noir, entreprenait la liquidation syst\u00e9matique de toute pr\u00e9sence arm\u00e9e palestinienne en territoire jordanien&#8230; Chose faite en \u00e9t\u00e9 1971 sans que la Syrie ne bouge militairement&#8230; se refusant m\u00eame \u00e0 d\u00e9p\u00eacher l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne \u00e9tablie sur son territoire. Les mouvements des Palestiniens en Syrie m\u00eame \u00e9taient par ailleurs soumis \u00e0 un tel encadrement politique, militaire et organisationnel des autorit\u00e9s l\u00e9gales que leur autonomie ne s&#8217;exer\u00e7ait plus que sous autorisation syrienne. L&#8217;armement lourd qu&#8217;ils recevaient d&#8217;autres pays arabes \u00e9tait imm\u00e9diatement r\u00e9quisitionn\u00e9, et l&#8217;arm\u00e9e syrienne ne manquait jamais de pr\u00e9lever un quota assez \u00e9lev\u00e9 sur tout soutien logistique que recevait l&#8217;O.L.P. Les dissensions politiques palestino-syriennes ne manquaient pas non plus : des dizaines de militants palestiniens et m\u00eame de hauts dirigeants du Fath durent conna\u00eetre les prisons syriennes. En 1973, la radio palestinienne qui diffusait \u00e0 partir du territoire syrien \u00e9tait ferm\u00e9e et ses responsables arr\u00eat\u00e9s pour avoir critiqu\u00e9 le roi Hussein (alors en rapprochement avec le r\u00e9gime syrien).<\/p>\n<p>Mais c&#8217;est surtout en occupant la r\u00e9sistance palestinienne de l&#8217;int\u00e9rieur que le r\u00e9gime syrien allait tenter de la soumettre totalement. La sc\u00e8ne palestinienne devenait ainsi elle-m\u00eame le cadre et l&#8217;enjeu d&#8217;une lutte larv\u00e9e syro-palestinienne dont le lourd contentieux devait se r\u00e9gler par les armes dans les rues de Beyrouth en juin 1976.<\/p>\n<p>\u2014 Parcouru par divers courants, le Fath, cette colonne vert\u00e9brale de la r\u00e9sistance palestinienne, devait man\u0153uvrer subtilement entre les diff\u00e9rents r\u00e9gimes arabes afin de gagner le soutien de tous et contrebalancer le poids de &#8216;un par le poids des autres&#8230; T\u00e2che d&#8217;autant plus difficile que certains courants internes de cette organisation ne cachaient pas leur all\u00e9geance \u00e0 certains r\u00e9gimes (courant pro-saoudien : Khaled el-Hassan ; courant pro-irakien : Abou Nidal). Le gros du Fath \u00e9tait cependant compos\u00e9 de courants qui, au-del\u00e0 de leurs divergences plus ou moins importantes, demeuraient jaloux de l&#8217;ind\u00e9pendance de leur organisation et tr\u00e8s susceptibles notamment vis-\u00e0-vis de la mainmise syrienne, la plus dangereuse et la plus r\u00e9elle. Aussi les adeptes trop flagrants de l&#8217;Irak ou de l&#8217;Arabie Saoudite \u00e9taient-ils exclus ou \u00e9cart\u00e9s, alors que la Syrie,qui infl\u00e9chissait souvent la politique du Fath et lui imposait &#8216;importantes concessions, ne r\u00e9ussissait m\u00eame pas \u00e0 y constituer un courant.<\/p>\n<p>\u2014 L&#8217;O.L.P., la centrale unitaire des Palestiniens, domin\u00e9e en fait par le Fath, est le cadre de conflits qui d\u00e9bordent la sc\u00e8ne palestinienne, refl\u00e8tent les divergences arabes. C&#8217;est \u00e0 ce niveau que se d\u00e9veloppe principalement la lutte d&#8217;influence entre le Fath d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, la Syrie de l&#8217;autre. Celle-ci y dispose en effet d&#8217;une double pr\u00e9sence imposante.<\/p>\n<p>1) La Sa\u00efka. Cette organisation, jadis constitu\u00e9e par les baassistes de gauche au pouvoir \u00e0 Damas, est devenue avec le coup d&#8217;\u00c9tat de Hafez Assad, le cheval de Troie de la Syrie au sein de la r\u00e9sistance palestinienne. V\u00e9ritable mercenariat de ch\u00f4meurs palestiniens ou syriens, elle ne compte \u00e0 son palmar\u00e8s aucune v\u00e9ritable op\u00e9ration militaire contre Isra\u00ebl. Gonflant ou d\u00e9gonflant tel un ballon de baudruche selon l&#8217;usage que comptent en faire les autorit\u00e9s syriennes, elle chiffre suivant le cas quelques centaines ou plusieurs milliers de combattants (quand s&#8217;y ajoutent des soldats de l&#8217;arm\u00e9e syrienne, parfois par r\u00e9giments entiers ou quand un budget surgonfl\u00e9 soutient la \u00ab conviction \u00bb des nouvelles recrues). Pr\u00e9sence mena\u00e7ante pour l&#8217;autonomie de la r\u00e9sistance, elle lui fut cependant d&#8217;une aide importante en 1969 et en 1973 face au r\u00e9gime libanais, avant de devenir au cours des derniers \u00e9v\u00e9nements l&#8217;instrument principal par lequel la Syrie a esp\u00e9r\u00e9 subtiliser l&#8217;O.L.P., soumettre les autres organisations palestiniennes et \u00e9luder le mouvement progressiste libanais.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, le r\u00e9gime baassiste de Damas aura \u00e9t\u00e9 le seul des r\u00e9gimes arabes qui, \u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9ussir une perc\u00e9e authentiquement repr\u00e9sentative au sein de la sc\u00e8ne palestinienne, aura quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 y constituer avec la Sa\u00efka un prolongement politico-militaire ind\u00e9niable.<\/p>\n<p>2) L&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne. Constitu\u00e9e en 1964, dans la foul\u00e9e de l&#8217;O.L.P. et sous la houlette de divers r\u00e9gimes arabes, l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne comprenait trois brigades : Hittine, Al-Kadissia et A\u00efn Jallout, respectivement int\u00e9gr\u00e9es aux arm\u00e9es syrienne, irakienne et \u00e9gyptienne. La Syrie y jouait un r\u00f4le pr\u00e9dominant : la brigade Hittine \u00e9tant la plus nombreuse et la mieux arm\u00e9e des trois. Son chef, Boudeiry, qui ne cachait pas son all\u00e9geance syrienne, \u00e9tait le g\u00e9n\u00e9ral en chef de l&#8217;A.L.P. Avec la r\u00e9novation de l&#8217;O.L.P. qui se mettait en 1969 \u00e0 l&#8217;heure de la r\u00e9sistance palestinienne et l&#8217;incorporation d&#8217;une quatri\u00e8me brigade, fathiste celle-l\u00e0 (Al-Yarrmouk), plusieurs conflits devaient \u00e9clater entre Yasser Arafat et Boudeiry, celui-ci appuy\u00e9 par la Syrie et refusant de se soumettre aux directives de celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u2014 Enfin, pour renforcer ses positions palestiniennes, le r\u00e9gime syrien jouait les diff\u00e9rentes organisations palestiniennes les unes contre les autres. Clouant au pilori les mouvements minoritaires du Front du refus qui cherchaient leur soutien en Irak ou en Libye, il courtisait le F.D.P.L.P. (Front d\u00e9mocratique populaire de lib\u00e9ration de la Palestine) \u00e0 qui il accordait certaines facilit\u00e9s, esp\u00e9rant le voir constituer avec la Sa\u00efka un axe concurrent du Fath.<\/p>\n<h3>III. La Syrie \u00e0 la veille de la guerre libanaise<\/h3>\n<p>A l&#8217;heure de Kissinger, les rapports fondamentaux syro-palestiniens et syro-libanais que nous venons de d\u00e9crire n&#8217;expliquent pas \u00e0 eux seuls le comportement de la Syrie dans la guerre civile libanaise. Il s&#8217;agit tout au plus de donn\u00e9es de base dont le caract\u00e8re explicatif d\u00e9pend de leur insertion d&#8217;abord dans le conflit moyen-oriental qui r\u00e9git toute la politique ext\u00e9rieure (et int\u00e9rieure) syrienne dans leur articulation, ensuite sur la sc\u00e8ne libanaise dont la structure s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e propice (au-del\u00e0 de son enjeu) \u00e0 concentrer explosivement les principales composantes de ce conflit.<\/p>\n<p>Le second accord du Sina\u00ef trait\u00e9 sous la houlette de Kissinger devait consommer la rupture syro-\u00e9gyptienne. Le Golan n&#8217;\u00e9tant pas n\u00e9gociable au m\u00eame titre que le Sina\u00ef, la Syrie ne pouvait faire sienne la politique de Sadate&#8230; Tout indiquait au contraire que la n\u00e9gociation unilat\u00e9rale de celui-ci rendait encore plus difficile la n\u00e9gociation de celui-l\u00e0. Isra\u00ebl, en l\u00e2chant du lest sur le front \u00e9gyptien, en retirait des concessions fructifiables au multiple sur les fronts syrien et palestinien o\u00f9 elle pouvait durcir ses positions.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de Hafez Assad se trouvait d&#8217;autant plus d\u00e9muni qu&#8217;il ne pouvait m\u00eame plus proc\u00e9der au chantage militaire depuis que l&#8217;\u00c9gypte s&#8217;\u00e9tait engag\u00e9e \u00e0 ne participer \u00e0 aucune offensive contre Isra\u00ebl et que l&#8217;Irak avait retir\u00e9 ses troupes. La Syrie se trouvait de la sorte en conflit ouvert avec ces deux \u00c9tats qui y disposaient traditionnellement d&#8217;une influence sensible. L&#8217;aide sovi\u00e9tique \u00e9conomique et surtout militaire (dont l&#8217;ampleur augmentait \u00e0 mesure que se consommait la rupture entre l&#8217;U.R.S.S. et l&#8217;\u00c9gypte) devenait elle-m\u00eame relativement inefficace, le conflit isra\u00e9lo-arabe \u00e9tant entr\u00e9 dans une phase politique o\u00f9 les \u00c9tats-Unis disposaient des cartes ma\u00eetresses. Isol\u00e9, le r\u00e9gime syrien gardait cependant certains atouts dont l&#8217;usage adroit et d\u00e9cid\u00e9 allait lui permettre de \u00ab reflotter \u00bb sur cette mer politique moyen-orientale, tant\u00f4t agit\u00e9e, tant\u00f4t stagnante, et d&#8217;y devenir l&#8217;un des principaux courants.<\/p>\n<p>1) Ne pouvant brader le Golan (il y va de sa survie), le r\u00e9gime de Assad d\u00e9cide de monnayer son durcissement forc\u00e9 sur ce point par d&#8217;autres concessions fondamentales tant au niveau int\u00e9rieur qu&#8217;ext\u00e9rieur : lib\u00e9ralisation \u00e9conomique et d\u00e9nationalisations, rapprochement avec les \u00c9tats-Unis et l&#8217;Arabie Saoudite. En fait, il d\u00e9cide d&#8217;emprunter cette m\u00eame voie \u00e9gyptienne si violemment et si syst\u00e9matiquement d\u00e9cri\u00e9e par ses organes de propagande&#8230; Mais ce ne sera pas une voie compl\u00e9mentaire ou subalterne au rapprochement \u00e9gypto-am\u00e9ricain, plut\u00f4t une voie parall\u00e8le qui cherche \u00e0 substituer la Syrie \u00e0 l&#8217;\u00c9gypte comme principal interlocuteur arabe des \u00c9tats-Unis dans la solution du conflit moyen-oriental. C&#8217;est \u00e0 cette seule condition que le r\u00e9gime syrien pourrait entamer des n\u00e9gociations avec Isra\u00ebl qui serait amen\u00e9 (par la pression am\u00e9ricaine notamment) \u00e0 accorder \u00e0 la Syrie des conditions au moins aussi favorables qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00c9gypte.<\/p>\n<p>2) La Syrie \u00e9vitait cependant de trop distendre ses liens avec l&#8217;Union sovi\u00e9tique qui demeurait malgr\u00e9 tout son principal fournisseur, tout en lui servant d&#8217;importants \u00e9l\u00e9ments de chantage face au camp occidental et \u00e0 l&#8217;Arabie Saoudite : les liens syro-sovi\u00e9tiques deviennent de la sorte un des propulseurs du resserrement des rapports syro-occidentaux. Ainsi le r\u00e9gime syrien d\u00e9nonce la politique kissing\u00e9rienne du \u00ab pas \u00e0 pas \u00bb ; il pr\u00f4ne parall\u00e8lement la tenue de la Conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve qui, tout en brisant l&#8217;isolement syrien (et palestinien), r\u00e9introduirait l&#8217;U.R.S.S. sur la sc\u00e8ne du conflit moyen-oriental au m\u00eame titre que les \u00c9tats-Unis&#8230; \u00e0 moins que ceux-ci n&#8217;envisagent de meilleures dispositions \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la Syrie qui dans ce cas serait \u00e0 son tour plus favorable aux initiatives am\u00e9ricaines&#8230; La tenue de la Conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve serait du coup moins urgente pour la politique syrienne et l&#8217;U.R.S.S. devrait chercher d&#8217;autres adeptes de sa participation \u00e0 la valse politique r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime syrien dispose \u00e0 ce propos d&#8217;un assez large champ de man\u0153uvres \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;U.R.S.S., conscient que celle-ci n&#8217;arr\u00eaterait de le soutenir que dans des cas extr\u00eames qu&#8217;il se garde d&#8217;atteindre&#8230; pour le moment. C&#8217;est que la politique \u00e9trang\u00e8re sovi\u00e9tique ne trouve plus au Moyen-Orient que des sables mouvants : les n\u00e9gociations isra\u00e9lo-arabes cons\u00e9quentes \u00e0 la guerre d&#8217;octobre 1973, l&#8217;argent saoudien surgonfl\u00e9 par la crise internationale de l&#8217;\u00e9nergie et le nouveau r\u00f4le \u00e9conomico-politico-militaire de l&#8217;Iran lui ont grignot\u00e9 les unes apr\u00e8s les autres presque toutes ses positions, au point que la Syrie demeure son seul point d&#8217;appui. Aussi Moscou ne peut-elle contrecarrer efficacement l&#8217;\u00e9volution droiti\u00e8re \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, et pro-occidentale \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, du r\u00e9gime de Hafez Assad, mais tout au plus la limiter momentan\u00e9ment et la ralentir.<\/p>\n<p>3) Si la Syrie se trouvait affaiblie du fait de l&#8217;accord \u00e9gypto-isra\u00e9lien, il n&#8217;en reste pas moins que l&#8217;ampleur de celui-ci d\u00e9pendait avant tout de l&#8217;attitude syrienne. Que la Syrie se cantonne dans un refus, adroitement camoufl\u00e9 par une propagande nationaliste, et la paix \u00e9gypto-isra\u00e9lienne ne sera rien de plus qu&#8217;une paix comme les autres, c&#8217;est-\u00e0-dire une tr\u00eave. Pour qu&#8217;une paix s\u00e9par\u00e9e et transitoire devienne le pr\u00e9lude \u00e0 une \u00ab solution d\u00e9finitive \u00bb du conflit isra\u00e9lo-arabe, l&#8217;acceptation syrienne appara\u00eet comme une condition sine qua non (les autres refus, \u00e9manant d&#8217;autres \u00c9tats arabes ou de mouvements palestiniens, \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9magogiques, n\u00e9gligeables ou ma\u00eetrisables). La Syrie r\u00e9ussissait en cons\u00e9quence \u00e0 gripper l&#8217;engrenage kissing\u00e9rien en refusant les concessions territoriales revendiqu\u00e9es par Isra\u00ebl, en entreprenant une campagne qui emp\u00eachait le r\u00e9gime \u00e9gyptien de pers\u00e9v\u00e9rer tout seul sur la voie de la r\u00e9conciliation avec Isra\u00ebl et en mettant en \u00e9chec les possibilit\u00e9s d&#8217;accord s\u00e9par\u00e9 isra\u00e9lo-jordanien {les tentatives d&#8217;accord isra\u00e9lo-\u00ab palestinien \u00bb ayant par ailleurs lamentablement \u00e9chou\u00e9 en Cisjordanie).<\/p>\n<p>4) Sacrifi\u00e9 par les autres r\u00e9gimes arabes sur l&#8217;autel de cette \u00ab question palestinienne sacr\u00e9e \u00bb \u00e0 laquelle il faut bien payer un prix pour y mettre un terme, le roi Hussein avait perdu tout espoir de r\u00e9cup\u00e9rer un jour la Cisjordanie accord\u00e9e <em>de jure<\/em> \u00e0 l&#8217;O.L.P. en cons\u00e9quence du sommet arabe de Rabat. Or voil\u00e0 que le sinistre promoteur du Septembre noir se range en 1974 sur les positions de la Syrie, dont l&#8217;alliance pr\u00e9vaut sur les attaches naturelles qui le lient aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 l&#8217;Arabie Saoudite. Mieux, un organisme commun va relier les gouvernements des deux pays dont les deux arm\u00e9es sont dot\u00e9es elles aussi d&#8217;un \u00e9tat-major commun. On parle m\u00eame d&#8217;une future union conf\u00e9d\u00e9rale. Comment une telle alliance a donc pu se nouer ? C&#8217;est-\u00e0-dire quel int\u00e9r\u00eat y trouvait le r\u00e9gime jordanien? Tout simplement la renaissance de l&#8217;espoir de retrouver \u00e0 nouveau \u00ab sa Jordanie \u00bb&#8230; promesse syrienne, mais qui a son poids : la Syrie n&#8217;est-elle pas l&#8217;\u00c9tat qui ma\u00eetrise le mieux les Palestiniens et qui peut donc leur imposer de se soumettre \u00e0 toutes ses promesses ? La reconnaissance arabe des droits palestiniens de l&#8217;O.L.P. ne peut-elle pas \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9e en pratique par le r\u00e9gime syrien \u2014 et m\u00eame en th\u00e9orie : l&#8217;O.L.P. ne peut-elle pas changer de main et devenir enti\u00e8rement pro-syrienne ? D&#8217;ailleurs le r\u00e9gime hach\u00e9mite n&#8217;avait plus que cette branche \u00e0 laquelle se raccrocher, si mince soit-elle.<\/p>\n<p>5) Le r\u00e9gime de Hafez Assad poussait le cynisme jusqu&#8217;\u00e0 obliger les Palestiniens, eux aussi li\u00e9s \u00e0 la Syrie par une \u00ab direction commune \u00bb politico-militaire, \u00e0 accepter l&#8217;alliance syro-jordanienne (dont on voulait leur cacher le terrible enjeu) et m\u00eame \u00e0 y participer. L&#8217;O.L.P. ne pouvait que s&#8217;y plier, non seulement par soumission \u00e0 l&#8217;emprise syrienne, mais aussi parce que le danger de cette alliance ne lui apparaissait qu&#8217;au futur, alors qu&#8217;elle en avait besoin actuellement pour \u00e9carter un danger plus imm\u00e9diat : celui des accords s\u00e9par\u00e9s \u00e9gypto-am\u00e9ricano-isra\u00e9liens qui, s&#8217;ils bradaient les int\u00e9r\u00eats syriens, mena\u00e7aient encore plus ceux des Palestiniens. Ils n&#8217;avaient, en effet, aucun espoir de rassembler Gaza et la Cisjordanie dans un \u00c9tat gouvern\u00e9 par l&#8217;O.L.P. si des accords partiels excluaient des territoires occup\u00e9s les autres r\u00e9gimes arabes. Tant que les Isra\u00e9liens ne consentaient pas \u00e0 l\u00e2cher le Golan, les Palestiniens voyaient donc leurs int\u00e9r\u00eats concorder avec ceux du r\u00e9gime de Hafez Assad. En attendant, ce sont eux qui servent (volontairement jusqu&#8217;en 1976) de moyen de pression \u00e0 celui-ci, qui b\u00e9n\u00e9ficie de la sorte de l&#8217;exclusivit\u00e9 de cette carte palestinienne \u2014 que se partageaient auparavant plusieurs r\u00e9gimes arabes \u2014 afin de l&#8217;\u00e9changer, le moment venu, contre des r\u00e9cup\u00e9rations territoriales et des avantages politico-\u00e9conomiques n\u00e9goci\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1974-1975, le r\u00e9gime syrien r\u00e9ussissait donc par une politique tous azimuts \u00e0 se rapprocher des U.S.A., sans l\u00e2cher l&#8217;U.R.S.S., et \u00e0 constituer un axe syrien satellisant paradoxalement Jordaniens et Palestiniens face au p\u00f4le saoudo-\u00e9gyptien, tout en gardant d&#8217;excellentes relations avec l&#8217;Arabie Saoudite. S&#8217;il n&#8217;a pas trouv\u00e9 de voie au d\u00e9blocage de la question du Golan et de ses rapports avec Isra\u00ebl en g\u00e9n\u00e9ral, il a r\u00e9ussi par contre \u2014 en s&#8217;imposant comme une des principales (la principale ?) cl\u00e9s de la situation r\u00e9gionale \u2014 \u00e0 \u00e9tendre son blocage \u00e0 toute la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que survinrent les \u00e9v\u00e9nements du Liban : l&#8217;incoh\u00e9rence apparente et l&#8217;inattendu des retournements cach\u00e8rent pour un moment l&#8217;unicit\u00e9 de l&#8217;enjeu et de la politique syrienne, dont nous avons tent\u00e9 de brosser les principaux traits. Mais, comme dans ces pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 un \u00e9v\u00e9nement absolument inattendu vient interrompre la continuit\u00e9, et o\u00f9 la cl\u00e9 n&#8217;est donn\u00e9e que par un bouleversement final qui r\u00e9tablit une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9elle (f\u00fbt-elle paradoxale en apparence) \u00e0 la place de la \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb illusoire, les troupes de Hafez Assad, surgissant au Liban un matin de juin 1976, r\u00e9tablissaient la v\u00e9rit\u00e9&#8230; de la politique syrienne. Et, comme dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, ce ne fut un coup de th\u00e9\u00e2tre ni pour les acteurs (du moins les principaux) ni pour les metteurs en sc\u00e8ne, mais pour les seuls spectateurs et \u00ab critiques d&#8217;art \u00bb.<\/p>\n<h3>IV. La Syrie dans la guerre civile libanaise : de la neutralisation \u00e0 la tutelle<\/h3>\n<p>La place d\u00e9volue au Liban dans le projet politique syrien n&#8217;outrepassait gu\u00e8re en 1974 la neutralisation de ce pays. Le r\u00e9gime syrien avait en effet fort \u00e0 faire, usant de son impact traditionnel et de la carte palestinienne, pour y contrebalancer l&#8217;all\u00e9geance fondamentalement pro-am\u00e9ricaine du r\u00e9gime politique, la nature lib\u00e9ralo-importatrice du syst\u00e8me \u00e9conomique et l&#8217;influence tr\u00e8s r\u00e9elle de l&#8217;axe Ryad-Le Caire. Neutralisation r\u00e9ussie gr\u00e2ce notamment aux Palestiniens qui recueillaient le gros de l&#8217;h\u00e9ritage nass\u00e9rien et, le d\u00e9tournant de l&#8217;\u00c9gypte sadatienne, en faisaient b\u00e9n\u00e9ficier la Syrie ; gr\u00e2ce aussi \u00e0 la gauche libanaise qui ne cachait pas son alliance avec un r\u00e9gime qui d\u00e9non\u00e7ait l&#8217;accord du Sina\u00ef. Le r\u00e9gime de Soleiman Frangi\u00e9 \u00e9vitait donc sagement, quoique, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, de se ranger derri\u00e8re les th\u00e8ses am\u00e9ricano-saoudo-\u00e9gyptiennes. Les Syriens et les pro-syriens du Liban ne n\u00e9gligeaient d&#8217;ailleurs aucune initiative pour favoriser cette neutralit\u00e9. La section libanaise du parti Baas, par exemple, entamait des \u00ab discussions \u00bb avec le parti phalangiste, et son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, assistant au dernier congr\u00e8s en date de celui-ci (en 1974), ne manquait pas d&#8217;y prononcer une allocution particuli\u00e8rement \u00e9logieuse \u00e0 son adresse.<\/p>\n<p>Quand \u00e9clata, en avril 1975, la guerre civile au Liban, la Syrie y vit imm\u00e9diatement une tentative de briser la \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb de ce pays en l&#8217;alignant r\u00e9solument sur le camp \u00e9gypto-saoudien. Les phalangistes, soutenus par l&#8217;\u00c9tat libanais, ne s&#8217;en prenaient-ils pas aux alli\u00e9s palestino-progressistes de la Syrie ? L&#8217;affaiblissement de ceux-ci n&#8217;\u00e9tait-il pas <em>de facto<\/em> un affaiblissement de l&#8217;influence syrienne ? Les Palestiniens ne traversaient-ils pas justement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque une de leurs plus mauvaises passes avec le pr\u00e9sident Sadate qui en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 les menacer d&#8217;un bain de sang au Liban ?<\/p>\n<p>Ainsi la politique syrienne dans cette phase du conflit libanais se r\u00e9sumait-elle de la sorte : mettre en \u00e9chec la man\u0153uvre de la droite libanaise appuy\u00e9e par l&#8217;\u00c9tat officiel en soutenant Palestiniens et progressistes libanais ; mais ne pas intervenir de mani\u00e8re officielle et directe afin de ne pas cr\u00e9er les conditions d&#8217;une possible intervention isra\u00e9lienne au Sud-Liban. D&#8217;o\u00f9 une d\u00e9marche bien dos\u00e9e aux n\u00e9cessit\u00e9s de cette politique : l&#8217;intervention syrienne prit juste assez d&#8217;ampleur, alternant le militaire et le politique, pour juguler un retournement d\u00e9favorable. D&#8217;ailleurs, elle n&#8217;avait pas fort \u00e0 faire, Palestiniens et progressistes libanais s&#8217;av\u00e9rant rapidement \u00e0 la hauteur de la situation militaire. Il suffisait que la menace d&#8217;une possible intervention syrienne soit assez s\u00e9rieuse pour limiter les interventions ext\u00e9rieures en faveur des phalangistes et entraver le recours \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e officielle de l&#8217;\u00c9tat libanais. D\u00e8s lors, la Syrie n&#8217;avait plus qu&#8217;\u00e0 laisser la r\u00e9sistance palestinienne installer sur son territoire des camps d&#8217;entra\u00eenement massif pour les militants palestiniens et libanais, qu&#8217;\u00e0 laisser transiter armement et mat\u00e9riel provenant d&#8217;autres pays arabes ou \u00e9trangers (sur lesquels l&#8217;arm\u00e9e syrienne se permettait m\u00eame de faire des coupes) et laisser passer en territoire libanais deux brigades de l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne : A\u00efn Jalout qui se trouvait en Egypte et Al-Kadissiya qui se trouvait en Irak (la brigade Hittine, d&#8217;ob\u00e9dience syrienne, resta sagement en Syrie durant cette premi\u00e8re phase de la guerre libanaise).<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la Syrie introduisit des armes au Liban et en quantit\u00e9, bien s\u00fbr la Sa\u00efka b\u00e9n\u00e9ficia d&#8217;un appoint militaire et financier exceptionnel de Damas, ce qui lui permit d&#8217;enfler rapidement et de se r\u00e9pandre largement en distribuant armes et argent dans toutes les zones musulmanes du pays, mais aucun r\u00f4le militaire de quelque importance ne fut jou\u00e9 par cette organisation. Et la Syrie de r\u00e9colter les fruits de cette politique. Mieux qu&#8217;une mise en \u00e9chec du plan phalangiste initial, mieux qu&#8217;une neutralisation du Liban, le r\u00e9gime de Hafez Assad aboutissait \u00e0 y renforcer notablement ses positions. En effet, retournant le projet phalangiste, Palestiniens et progressistes libanais se sont impos\u00e9s avec plus de force dans le pays, amplifiant d&#8217;autant la situation qu&#8217;y occupait la Syrie : celle-ci devenait \u00e0 plus d&#8217;un titre l&#8217;arbitre de la situation ; centre de soutien vital des Palestiniens progressistes, elle apparaissait de ce fait aux phalangistes et au r\u00e9gime libanais comme le seul recours ayant assez de poids pour faire pression sur eux&#8230; ayant d&#8217;autant plus de poids que ni Isra\u00ebl ni le monde occidental ne sont accourus efficacement \u00e0 la rescousse de la \u00ab chr\u00e9tient\u00e9 libanaise \u00bb. De m\u00eame la Syrie apparaissait, elle comme la seule autorit\u00e9 capable de jouer le r\u00f4le d&#8217;arbitre (r\u00f4le que lui disputait partiellement le Fath) entre les chefs musulmans traditionnels et la gauche libanaise. Les envoy\u00e9s syriens (notamment A. H. Khaddam, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res) et les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s permanents de Damas (surtout Zouhair Mohsen, le chef de la Sa\u00efka) devenaient des hommes cl\u00e9s de la sc\u00e8ne libanaise, jusqu&#8217;\u00e0 s&#8217;y conduire parfois comme une autorit\u00e9 de tutelle. Des leaders musulmans connus pour leurs multiples all\u00e9geances, concomitantes ou successives, devenaient de v\u00e9ritables hommes de main de la Syrie, dans le seul espoir de retrouver un jour une parcelle de leur pouvoir traditionnel, \u00e9branl\u00e9 radicalement par le nouveau mouvement de masse. Ce fut notamment le cas du Premier ministre Rachid Karam\u00e9 et du chef spirituel de la communaut\u00e9 chiite, Moussa Sadr. Dans la rue musulmane, les derniers supp\u00f4ts de l&#8217;\u00c9gypte qui n&#8217;avaient pas rejoint le Fath s&#8217;alignaient sur la Syrie pour survivre (notamment l&#8217;Union des forces du peuple travailleur, pr\u00e9tendument nass\u00e9rienne).<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9volution de la situation devait amener le chef du parti phalangiste (dont les milices s&#8217;\u00e9taient entre autres sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&#8217;assassinat massif d&#8217;ouvriers \u00e9migr\u00e9s syriens) \u00e0 se rendre \u00e0 Damas (le 6 d\u00e9cembre 1975) pour traiter avec les Syriens ; entreprise qui n&#8217;\u00e9tait pas du go\u00fbt de l&#8217;aile la plus dure de la droite de ce parti qui massacra en ce \u00ab samedi soir \u00bb pr\u00e8s de 250 civils musulmans. L&#8217;engrenage entra\u00eena vers l&#8217;escalade, dont le sommet se situa en janvier 1976, la droite usant sa derni\u00e8re cartouche avant de se plier \u00e0 la volont\u00e9 syrienne : c&#8217;est l&#8217;attaque de la Quarantaine et du camp palestinien de Dbay\u00e9qui qui provoque la r\u00e9plique palestino-progressiste de Damour et l&#8217;entr\u00e9e en force de l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration palestinienne cantonn\u00e9e en Syrie dans les plaines de la B\u00e9kaa et du Akkar. L&#8217;\u00e9quilibre des forces est tel que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique libanaise n&#8217;a d&#8217;autre issue que de se rendre \u00e0 Damas o\u00f9 il traite avec le chef de l&#8217;\u00c9tat syrien de l&#8217;avenir du Liban : c&#8217;est le \u00ab Document constitutionnel \u00bb, cens\u00e9 combler les aspirations des communaut\u00e9s musulmanes \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 en institutionnalisant par \u00e9crit (donc en confirmant) le syst\u00e8me confessionnel sur la base moiti\u00e9-moiti\u00e9. Une concession ind\u00e9niable de la droite chr\u00e9tienne mais qui profite fondamentalement \u00e0 la droite musulmane traditionnelle. Aucune des revendications de la gauche n&#8217;y figure ; \u00e0 savoir, notamment, la la\u00efcit\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat (et non l&#8217;institutionnalisation du confessionnalisme) comme solution radicale \u00e0 la discrimination confessionnelle, et la d\u00e9mocratisation des institutions par l&#8217;instauration du syst\u00e8me de la proportionnelle en mati\u00e8re \u00e9lectorale. La r\u00e9sistance sauvegarde ses droits, mais, par ce \u00ab Document \u00bb, v\u00e9ritable trait\u00e9 syro-libanais, elle se trouve <em>de jure<\/em> plac\u00e9e sous la tutelle syrienne au Liban, sous pr\u00e9texte que Damas devient garante des rapports palestino-libanais.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, ledit \u00ab Document \u00bb, loin d&#8217;opter pour une d\u00e9mocratisation accrue de la sc\u00e8ne libanaise, ne manque pas de lancer un coup de griffes aux libert\u00e9s de la presse de Beyrouth qu&#8217;il s&#8217;agit de \u00ab r\u00e9organiser \u00bb. En un mot, la Syrie obtient tout : la reconnaissance chr\u00e9tienne ; la soumission officielle et dans les formes, pour la premi\u00e8re fois, des autorit\u00e9s de l&#8217;\u00c9tat libanais ; l&#8217;\u00e9viction de fait de la gauche libanaise et l&#8217;effacement d&#8217;un projet la\u00efc et progressiste, aux effets contagieux, trop mena\u00e7ant pour la Syrie ; le retour en force des chefs musulmans traditionnels prosyriens et enfin (surtout ?) la tutelle sur les rapports palestino-libanais parall\u00e8lement \u00e0 la mise hors jeu (relativement du moins) des influences arabes internationales, traditionnellement concurrentes au Liban. Le Liban s&#8217;int\u00e9grait de la sorte \u00e0 l&#8217;axe syrien dans la r\u00e9gion. Le projet phalangiste droitier se terminait donc mal pour les phalangistes qui n&#8217;avaient plus d&#8217;autre recours que la politique du pire (\u00e0 savoir le choix entre deux solutions arabes : la Syrie ou le camp palestino-progressiste). Il se terminait aussi par une d\u00e9ception de la gauche libanaise, compte tenu du rapport de forces sur le terrain.<\/p>\n<p>Ne pouvant s&#8217;en prendre \u00e0 la Syrie de front, Palestiniens et Libanais de gauche ne pouvaient que se plier momentan\u00e9ment et tactiquement \u00e0 cet accord conclu gr\u00e2ce \u00e0 eux, mais en fin de compte contre eux. La nouvelle situation allait exacerber la contradiction syro-palestinienne au point que les facteurs de rupture contredisaient s\u00e9rieusement les facteurs d&#8217;alliance entre les deux parties : plus forte au Liban, la Syrie voyait par l\u00e0 le moyen d&#8217;augmenter de mani\u00e8re d\u00e9cisive la d\u00e9pendance palestinienne \u00e0 son \u00e9gard. Raisonnement exactement inverse pour le Fath : le Liban demeurait le seul endroit o\u00f9 il avait pu imposer une certaine libert\u00e9 de ses mouvements ; maintenant qu&#8217;il s&#8217;y \u00e9tait \u00e9norm\u00e9ment renforc\u00e9, il devait gagner une plus grande ind\u00e9pendance, notamment \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du r\u00e9gime syrien. D&#8217;o\u00f9 une rivalit\u00e9 de moins en moins feutr\u00e9e \u00e0 tous les \u00e9chelons de la vie politique libanaise et palestinienne \u2014 les journaux laissaient m\u00eame filtrer des rumeurs sur des tentatives en cours pour \u00e9vincer Yasser Arafat et le remplacer \u00e0 la t\u00eate de \u00ce&#8217;O.L.P. par Zouhair Mohsen. Ce dernier, qui n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 ni plus ni moins qu&#8217;un sbire (et chez qui certains journalistes fran\u00e7ais \u00e0 la vue particuli\u00e8rement per\u00e7ante ont pu voir la stature d&#8217;un \u00ab homme d&#8217;\u00c9tat \u00bb), c\u00e9l\u00e8bre par ailleurs sous le quolibet de Zouhair \u00ab Persan \u00bb, dont l&#8217;avait affubl\u00e9 le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res syrien lui-m\u00eame, tant il \u00e9tait friand de ce genre de tapis, au point d&#8217;organiser de v\u00e9ritables razzias dans les quartiers commerciaux ou habit\u00e9s de Beyrouth&#8230; Zouhair Mohsen, donc, allait pour quelques mois se comporter avec l&#8217;arrogance d&#8217;un haut-commissaire dot\u00e9 des pleins pouvoirs au Liban, au m\u00e9pris de toutes les donn\u00e9es de la vie politique et populaire qui caract\u00e9risaient ce pays, diff\u00e9rent en la mati\u00e8re du monolithisme r\u00e9pressif qui r\u00e8gne en Syrie.<\/p>\n<p>Mais la paix syrienne devait \u00e9chouer ; le syst\u00e8me libanais \u00e9tait trop \u00e9branl\u00e9 pour \u00eatre \u00ab rafistol\u00e9 \u00bb de la sorte, et la volont\u00e9 palestino-progressiste s&#8217;\u00e9tait trop d\u00e9velopp\u00e9e pour se mettre en cage. Quand le dernier rempart des institutions libanaises, \u00e0 savoir l&#8217;arm\u00e9e officielle, se d\u00e9sint\u00e8gre en quelques jours au cours de mars 1976, beaucoup y verront (partiellement, bien s\u00fbr) la main du Fath et de Kamal Joumblatt (le dirigeant de la gauche libanaise a toujours dispos\u00e9 de fortes positions dans l&#8217;arm\u00e9e, constitu\u00e9es par les officiers et soldats druzes). L&#8217;organisation palestinienne avait prot\u00e9g\u00e9 et aliment\u00e9 depuis deux mois une petite mutinerie (quelques dizaines de soldats et d&#8217;officiers au d\u00e9part) organis\u00e9e en janvier 1976 dans l&#8217;arm\u00e9e par le lieutenant Khatib. Pourvue en argent et en mat\u00e9riel par le Fath qui s&#8217;opposait \u00e0 sa liquidation par les Syriens (ceux-ci y voyaient un facteur de troubles), elle devient l&#8217;Arm\u00e9e du Liban arabe, regroupant une grande partie des soldats musulmans de l&#8217;arm\u00e9e officielle, et se range au c\u00f4t\u00e9 du Mouvement national progressiste libanais.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, un \u00ab coup d&#8217;\u00c9tat \u00bb dirig\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Ahdab, qui disposait encore au 26 mars de quelques soldats, proclame la d\u00e9mission du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ; son putsch n&#8217;aurait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 que de quelques heures celui qu&#8217;auraient tram\u00e9 d&#8217;autres officiers sup\u00e9rieurs libanais avec la participation d&#8217;anciens officiers du second bureau de l&#8217;arm\u00e9e mis \u00e0 la retraite et devenus depuis les hommes de main de la Syrie. Vrai ou faux, une chose est certaine : sans le Fath, les quelques soldats du g\u00e9n\u00e9ral Ahdab (accompagn\u00e9 d&#8217;ailleurs d&#8217;officiers palestiniens) n&#8217;auraient jamais pu \u00ab s&#8217;emparer \u00bb de la radio et de la t\u00e9l\u00e9vision, situ\u00e9es toutes deux en territoire progressiste. D&#8217;un coup toute la situation changeait : l&#8217;arm\u00e9e en gros changeait de camp.<\/p>\n<p>La d\u00e9mission du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique devenait un v\u0153u national l\u00e9gitim\u00e9 par une p\u00e9tition des deux tiers des d\u00e9put\u00e9s, l\u00e9gitimit\u00e9 dont seul le Mouvement national libanais avait les moyens d&#8217;\u00eatre militairement le d\u00e9positaire. En cette nouvelle phase de la guerre civile libanaise, les forces de la droite chr\u00e9tienne sont rapidement refoul\u00e9es sur une portion du territoire de moins de 20 % du Liban. La fin semblait proche, une fin progressiste ; car, emport\u00e9 par ses victoires, le Mouvement national libanais, outrepassant son projet politique initial, commen\u00e7ait \u00e0 pr\u00e9parer la texture d&#8217;un Liban o\u00f9 les structures les plus profondes devaient \u00eatre remani\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;aura \u00e9t\u00e9 pourtant qu&#8217;un r\u00eave&#8230; un mirage auquel la gauche libanaise et la r\u00e9sistance palestinienne n&#8217;avaient pas le droit de ne pas se laisser prendre&#8230; une occasion qui valait le risque, quoique l&#8217;on ait \u00e9t\u00e9 (jusqu&#8217;\u00e0 en faire une th\u00e9orie) conscient d\u00e8s le d\u00e9but que le Liban ne pourrait jamais devenir un havre de la r\u00e9volution libanaise et de la r\u00e9sistance palestinienne, dans un monde arabe soumis aux conditions actuelles de d\u00e9pendance et de r\u00e9pression.<\/p>\n<h3>V. De la tutelle \u00e0 l&#8217;occupation<\/h3>\n<p>Reprenant sa d\u00e9magogie nationaliste et son engagement traditionnel au Liban \u00e0 rebrousse-poil, la Syrie intervenait pour sauver la droite chr\u00e9tienne et la droite tout court \u2014 en r\u00e9alit\u00e9 pour emp\u00eacher les Palestiniens et la gauche de gagner. Un Liban franchement progressiste ne pouvait \u00eatre qu&#8217;un alli\u00e9 peu accommodant et conditionnel ; un alli\u00e9 de guerre, non un alli\u00e9 de n\u00e9gociations avec les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl sur la base de la seule carte syrienne. Mais, surtout, un Liban progressiste aurait \u00e9t\u00e9 pro-palestinien avant d&#8217;\u00eatre pro-syrien: le Fath y aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de conditions telles que la mainmise syrienne en aurait \u00e9t\u00e9 relativement neutralis\u00e9e. La carte palestinienne, en devenant r\u00e9ellement autonome, n&#8217;aurait plus \u00e9t\u00e9 entre les mains de Damas, et la Jordanie elle-m\u00eame n&#8217;aurait trouv\u00e9 plus de raison d&#8217;\u00eatre \u00e0 son alliance avec la Syrie. Tout l&#8217;\u00e9chafaudage syrien risquait donc de p\u00e9ricliter. Le Liban devait \u00e0 tout prix \u00eatre mis sous tutelle, et pour cela l&#8217;\u00e9quilibre de force garanti par la Syrie ne pouvait s&#8217;arranger d&#8217;un vainqueur et d&#8217;un vaincu.<\/p>\n<p>Les forces syriennes et pro-syriennes de la Sa\u00efka \u00e9tablirent donc des barrages face aux blind\u00e9s de l&#8217;Arm\u00e9e du Liban arabe, alors au summum de sa popularit\u00e9, cependant que le Fath se faisait notifier une s\u00e9v\u00e8re mise en garde par les autorit\u00e9s de Damas. La direction palestinienne acquies\u00e7a afin d&#8217;\u00e9viter une rupture imminente et dans l&#8217;espoir d&#8217;imposer aux Syriens, par la n\u00e9gociation, le nouvel \u00e9quilibre des forces au Liban. La gauche se vit donc amen\u00e9e de ce fait \u00e0 arr\u00eater son offensive militaire de mars-avril 1976, esp\u00e9rant que le r\u00e9gime syrien \u00e9viterait de se discr\u00e9diter au Liban par une attitude hostile prolong\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des progressistes et des Palestiniens, et qu&#8217;\u00e0 d\u00e9faut d&#8217;une victoire compl\u00e8te le Mouvement national libanais b\u00e9n\u00e9ficierait d&#8217;un \u00e9quilibre des forces privil\u00e9gi\u00e9 dans le futur Liban.<\/p>\n<p>Il n&#8217;en fut rien ; apr\u00e8s avoir sauv\u00e9 Frangi\u00e9 de la d\u00e9mission forc\u00e9e et les phalangistes d&#8217;une ultime d\u00e9faite, le r\u00e9gime syrien ne demandait pas moins que de revenir \u00e0 la situation qui pr\u00e9valait au lendemain du \u00ab Document constitutionnel \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 la paix syrienne. Mieux, son durcissement et le comportement pratique qui allait l&#8217;accompagner en Syrie comme au Liban mettaient encore plus en relief les v\u00e9ritables pr\u00e9dispositions syriennes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Palestiniens et jetaient (avant terme) une lumi\u00e8re sinistre sur la nature de l&#8217;axe f\u00e9d\u00e9ratif projet\u00e9 par Hafez Assad.<\/p>\n<p>Les n\u00e9gociations syro-progressistes \u00e9taient rapidement rompues, alors que les n\u00e9gociations syro-palestiniennes s&#8217;enlisaient. Dans les rues de Beyrouth et dans la presse, le ton montait et il devenait \u00e9vident que les hommes de Damas avaient le feu vert et que le r\u00e9gime de Assad \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 jouer son va-tout au Liban. Agissant comme en pays conquis \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des zones progressistes, il ne l\u00e9sinait pas sur les moyens et se permettait d&#8217;\u00eatre tr\u00e8s peu regardant quant \u00e0 ses repr\u00e9sentants dans le pays : outre Z. Mohsen, il y avait Assem Kansou (dirigeant local du Baas prosyrien) et Kamal Chatila (dirigeant des pseudo-nass\u00e9riens de l&#8217;U.F.T.P. d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e), tous trois aussi c\u00e9l\u00e8bres pour leur arrivisme (ils ont tous tourn\u00e9 casaque plus d&#8217;une fois) que pour leur \u00ab repr\u00e9sentativit\u00e9 \u00bb, tirant leur existence politique momentan\u00e9e de leur seule \u00ab qualit\u00e9 \u00bb d&#8217;hommes de main de la Syrie. Il y avait aussi les officiers de l&#8217;ancien second bureau de l&#8217;arm\u00e9e, de triste m\u00e9moire : tortionnaires f\u00e9roces de la vie politique et des populations libanaise et palestinienne sous les r\u00e9gimes des pr\u00e9sidents Ch\u00e9hab et Helou. Et, pour couronner cette brochette de desperados, le g\u00e9n\u00e9ral Boustany, ex-chef de l&#8217;arm\u00e9e libanaise et h\u00e9ros de la plus c\u00e9l\u00e8bre affaire de pots de vin de l&#8217;histoire du pays, tenu en r\u00e9serve de pr\u00e9sidence \u00e0 Damas, o\u00f9 il s&#8217;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 pour \u00e9chapper aux autorit\u00e9s libanaises. De tels hommes, \u00e0 qui une vie politique \u00e9tait r\u00e9-insuffl\u00e9e au m\u00e9pris de la sensibilit\u00e9 de la majeure partie des Libanais, n&#8217;\u00e9taient pas sans desservir les int\u00e9r\u00eats du r\u00e9gime syrien, au point d&#8217;en g\u00eaner les alli\u00e9s les plus inconditionnels (notables musulmans traditionnels).<\/p>\n<p>Mais, pire que les hommes, il y avait les s\u00e9vices, commis par la Sa\u00efka notamment, rapidement devenue la principale phobie de la majorit\u00e9 de la population libanaise musulmane et des Palestiniens. Les attaques \u00e0 main arm\u00e9e au su et au vu de tout le monde contre des journaux progressistes dont les journalistes se faisaient assassiner, les attaques contre les permanences des partis progressistes et des organisations palestiniennes du Front du refus aussi, se multipliaient.La situation allait d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer au cours du mois de mai quand des forces de la Sa\u00efka, appuy\u00e9es par des troupes r\u00e9guli\u00e8res syriennes camoufl\u00e9es sous la tenue de l&#8217;A.L.P., bombard\u00e8rent le camp palestinien de Bourj el-Barajneh et la ville de Tripoli, d&#8217;o\u00f9 elles furent litt\u00e9ralement chass\u00e9es par les forces progressistes libanaises et les autres groupes de la r\u00e9sistance palestinienne. Le sommet de cette escalade fut l&#8217;\u00e9lection d&#8217;Elias Sarkis comme nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sous les ba\u00efonnettes de la Sa\u00efka ; le caract\u00e8re impos\u00e9 d&#8217;une telle \u00e9lection, aggrav\u00e9e par la forme caricaturale qu&#8217;elle a prise (d\u00e9put\u00e9s soudoy\u00e9s ou tra\u00een\u00e9s de force), a fini de faire perdre \u00e0 la Syrie le capital de prestige dont elle disposait encore dans les milieux progressistes. L&#8217;Arm\u00e9e du Liban arabe, le Front d\u00e9mocratique de lib\u00e9ration de la Palestine et certains mouvements de moindre ampleur du mouvement national libanais qui gardaient quelques accointances avec les Syriens durent trancher leur position \u00e0 cette p\u00e9riode pour se ranger r\u00e9solument dans le camp progressiste.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette coalition, les forces pro-syriennes, m\u00eame alli\u00e9es de mani\u00e8re de plus en plus flagrante \u00e0 la droite chr\u00e9tienne, ne faisaient pas le poids, et le r\u00e9gime syrien se voyait accul\u00e9 \u00e0 choisir entre la reconnaissance de cet \u00e9tat de fait et l&#8217;intervention militaire directe. Celle-ci semblait rencontrer de trop importantes difficult\u00e9s, \u00e0 savoir l&#8217;attitude isra\u00e9lo-am\u00e9ricaine non favorable \u00e0 la mainmise syrienne sur le Liban qui pouvait fournir le pr\u00e9texte \u00e0 une intervention militaire isra\u00e9lienne ; la structure interne du r\u00e9gime syrien qui risquait son existence \u00e0 reproduire l&#8217;initiative du roi Hussein en 1970 ; les contradictions arabes qui n&#8217;auraient jamais permis \u00e0 la Syrie de profiter seule de la situation.<\/p>\n<p>Pourtant, le r\u00e9gime syrien ne pouvait qu&#8217;avancer. Des accords secrets furent pass\u00e9s avec les Am\u00e9ricains et les Isra\u00e9liens, qui en tout \u00e9tat de cause se r\u00e9jouissaient de voir la Syrie affaiblir ou liquider les Palestiniens et acceptaient donc son intervention arm\u00e9e \u00e0 condition qu&#8217;elle demeur\u00e2t limit\u00e9e et qu&#8217;elle s&#8217;alli\u00e2t avec la droite libanaise. D&#8217;autre part, si le r\u00e9gime de Hafez Assad \u00e9tait menac\u00e9, en cas d&#8217;intervention anti-palestinienne, il l&#8217;\u00e9tait tout autant s&#8217;il \u00e9chouait \u00e0 constituer son axe jordano-syro-palestino-libanais. Enfin, les contradictions arabes n&#8217;auraient pas le temps de jouer en cas d&#8217;intervention br\u00e8ve et efficace. Par ailleurs, l&#8217;\u00e9tat-major syrien, habitu\u00e9 aux concessions palestiniennes et trop confiant dans sa force et celle de ses acolytes au Liban, ne prenait pas au s\u00e9rieux l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 d&#8217;une opposition militaire palestinienne.<\/p>\n<p>Quand les troupes de Hafez Assad p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent au Liban \u2014 officiellement, cette fois \u2014 en ces d\u00e9buts de juin 1976, elles avaient occup\u00e9 pr\u00e9alablement le terrain dans les plaines du Akkar et de la B\u00e9kaa, ainsi que dans la zone de l&#8217;a\u00e9roport de Beyrouth. Elles ne s&#8217;attendaient manifestement \u00e0 aucune r\u00e9sistance quand elles pass\u00e8rent le col de Dahr el-Beidar pour s&#8217;engager dans le Mont-Liban ; la voie de Beyrouth leur semblait ouverte. La direction palestinienne pensait cependant qu&#8217;en d\u00e9gageant le terrain devant l&#8217;arm\u00e9e syrienne dans la B\u00e9kaa elle \u00e9viterait la confrontation et que les Syriens s&#8217;arr\u00eateraient au seuil de la montagne. Ces deux raisonnements contradictoires devaient \u00e9clater dans les villes de Sofar et de Sa\u00efda o\u00f9 l&#8217;avance syrienne fut stopp\u00e9e apr\u00e8s de lourdes pertes.<\/p>\n<p>A ce moment, le r\u00e9gime de Hafez Assad \u00e9tendait militairement sa mainmise sur plus de 40 % du territoire libanais. Par contre, il perdait d\u00e9finitivement sa guerre au sein de la r\u00e9sistance palestinienne et du Mouvement national : la Sa\u00efka, ainsi que le Baas prosyrien et l&#8217;U.F.T.P. furent litt\u00e9ralement d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9s en quelques heures par les forces conjointes palestino-progressistes. Un armement impressionnant fut saisi et les chefs desdites organisations arr\u00eat\u00e9s (Zouhair Mohsen trouvant refuge chez les phalangistes). Mieux, les troupes de l&#8217;A.L.P. encore fid\u00e8les \u00e0 la Syrie se soulev\u00e8rent et mirent en \u00e9tat d&#8217;arrestation leur chef, le g\u00e9n\u00e9ral Boudeiry.<\/p>\n<p>A ce point du conflit, rien n&#8217;\u00e9tait encore jou\u00e9 et l&#8217;intervention syrienne pouvait se solder par un \u00e9chec si elle rencontrait une opposition militaire assez acharn\u00e9e, pourvu que les autres donn\u00e9es politiques (arabes et int\u00e9rieures syriennes) fussent favorables aux Palestiniens. Tel ne fut pas le cas : le r\u00e9gime syrien se montra plus solide que sa structure confessionnelle et les rivalit\u00e9s politiques (qui transparaissaient parfois) ne le laissaient supposer. Les m\u00e9contentements qui apparurent dans l&#8217;arm\u00e9e syrienne furent impitoyablement et rapidement \u00e9cras\u00e9s, une v\u00e9ritable garde pr\u00e9torienne d&#8217;une trentaine de milliers d&#8217;hommes, en majorit\u00e9 alaouites, et command\u00e9e par le propre fr\u00e8re de Hafez Assad, veilla \u00e0 la survie du r\u00e9gime. L&#8217;opposition populaire de droite ou de gauche, politique ou confessionnelle, se r\u00e9v\u00e9la incapable d&#8217;entreprendre une action d&#8217;envergure, ratiss\u00e9e qu&#8217;elle \u00e9tait par une police politique des plus cyniques et proportionnellement des plus nombreuses.<\/p>\n<p>Quant aux pressions des autres pays arabes, elles s&#8217;exerc\u00e8rent \u2014 pour le moins \u2014 sans vigueur et de mani\u00e8re principalement d\u00e9magogique. L&#8217;\u00c9gypte intensifia davantage sa campagne radiophonique contre Hafez Assad et aurait envoy\u00e9 une certaine quantit\u00e9 d&#8217;armes l\u00e9g\u00e8res aux Palestiniens (dont les Isra\u00e9liens se seraient d&#8217;ailleurs partiellement empar\u00e9s en mer) ; compte tenu de l&#8217;ampleur de la situation, cela rel\u00e8ve plut\u00f4t du soutien formel. L&#8217;Irak massa d&#8217;importantes troupes le long de ses fronti\u00e8res syriennes ; ce qui, le premier moment d&#8217;inqui\u00e9tude pass\u00e9, laissa indiff\u00e9rent le r\u00e9gime de Damas. Op\u00e9ration de parade dont l&#8217;immobilisme rappelle l&#8217;attitude des forces irakiennes cantonn\u00e9es en Jordanie lors du Septembre noir. Elle eut pour seul r\u00e9sultat tangible d&#8217;immobiliser une partie de l&#8217;arm\u00e9e syrienne. L&#8217;Irak ne se racheta que tr\u00e8s partiellement par son soutien en mat\u00e9riel, finances et volontaires \u00e0 certaines factions de la r\u00e9sistance et du mouvement national libanais. D&#8217;ailleurs, l&#8217;acheminement fut rendu plus difficile par le blocus maritime syro-isra\u00e9lien impos\u00e9 aux ports, progressistes libanais.<\/p>\n<p>Enfin, la Libye joua les bons offices entre Palestiniens progressistes et r\u00e9gime syrien ; tandis que Kadhafi temp\u00eatait contre le g\u00e9nocide palestinien, Jalloud son Premier ministre tentait na\u00efvement de convaincre Assad de rejoindre le Front du refus arabe et de se placer dans une optique de guerre de lib\u00e9ration au Moyen-Orient, d\u00e9passant ainsi le conflit syro-palestinien. Bien entendu, la Libye mettait ses milliards \u00e0 l&#8217;appui d&#8217;un tel projet, et bien entendu Jalloud dut s&#8217;en retourner bredouille, non sans avoir failli \u00eatre convaincu par Assad que la Syrie ne mena\u00e7ait pas r\u00e9ellement les Palestiniens, mais bien les communistes libanais avec lesquels ils s&#8217;\u00e9taient alli\u00e9s injustement.&nbsp;En fait, le Libyen repartit, malgr\u00e9 tout, convaincu du contraire et son pays ne cessa pas de soutenir financi\u00e8rement la r\u00e9sistance palestinienne et les factions non communistes de la gauche libanaise. L&#8217;attitude de la Libye restera longtemps empreinte d&#8217;une certaine timidit\u00e9 politique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du r\u00e9gime syrien dans lequel elle cherchait un alli\u00e9 contre son principal adversaire du moment, l&#8217;\u00c9gypte.<\/p>\n<p>En fait, l&#8217;affaiblissement des Palestiniens arrangeait, pour des motifs diff\u00e9rents, aussi bien l&#8217;Irak que l&#8217;\u00c9gypte et l&#8217;Arabie Saoudite. Pour les uns, c&#8217;\u00e9tait un obstacle de moins \u00e0 la paix isra\u00e9lo-arabe, pour l&#8217;autre, qui a install\u00e9 dans sa capitale (Bagdad) des bureaux concurrents de l&#8217;O.L.P. et qui couve l&#8217;opposition palestinienne (le Front du refus), cela devait entra\u00eener toute la centrale de la r\u00e9sistance devenue squelettique dans le giron irakien. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, cette lutte en se prolongeant mettait le r\u00e9gime syrien dans une mauvaise passe tant \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9chelon arabe et international, ce qui \u00e9tait de l&#8217;int\u00e9r\u00eat des trois pays. Enfin, aucun de ces pays (les seuls pouvant intervenir d\u00e9cisivement pour des raisons g\u00e9ographiques, politiques ou \u00e9conomiques) n&#8217;avait int\u00e9r\u00eat \u00e0 se lancer dans l&#8217;aventure contre les Syriens ; aussi, on se contenta de \u00ab pressions \u00bb, de d\u00e9nonciations et d&#8217;un soutien sans risque aux Palestiniens \u2014 du moins tant que ceux-ci ne risquaient pas l&#8217;\u00e9crasement d\u00e9finitif. Car personne n&#8217;a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que la Syrie devienne la premi\u00e8re puissance politique arabe au Moyen-Orient, ce qui adviendrait in\u00e9vitablement si Damas, en affermissant sa mainmise sur le Liban et les Palestiniens, devenait la capitale de fait de l&#8217;axe (ou de la f\u00e9d\u00e9ration ?) syro-libano-jordano-palestinien projet\u00e9.<\/p>\n<p>Nous tenons ici l&#8217;explication du pourquoi les r\u00e9gimes arabes sont rest\u00e9s timor\u00e9s dans leurs pressions quand le drame de Tell el-Zaatar n&#8217;en finissait plus ; pourquoi, au contraire, l&#8217;Irak d\u00e9p\u00eacha des milliers de volontaires \u00e0 Beyrouth, l&#8217;\u00c9gypte mena\u00e7a (semble-t-il plus s\u00e9rieusement, cette fois) de proc\u00e9der conjointement avec l&#8217;Alg\u00e9rie \u00e0 un d\u00e9barquement sur les c\u00f4tes libanaises et l&#8217;Arabie Saoudite, tout en retirant ses soldats de Damas, agita la menace de couper les vivres \u00e0 la Syrie, quand cette derni\u00e8re sembla passer \u00e0 l&#8217;\u00e9tape d\u00e9cisive de son intervention. Nous comprenons aussi pourquoi le sommet arabe tant revendiqu\u00e9 par les Palestiniens a \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 plusieurs reprises, jusqu&#8217;au moment o\u00f9, devant la menace de liquidation r\u00e9elle de la r\u00e9sistance palestinienne, la Conf\u00e9rence de Ryad s&#8217;organisant, la Syrie se vit tenue d&#8217;y assister et de mettre fin \u00e0 sa derni\u00e8re offensive militaire.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime syrien avait compris le processus. Face \u00e0 la d\u00e9termination des Palestiniens, il ne pouvait plus esp\u00e9rer de victoire \u00e9clair, cependant que, confront\u00e9 au monde arabe et \u00e0 ses propres contradictions, il devait mesurer son intervention, du moins dans sa forme : frapper, occuper du terrain, puis n\u00e9gocier ; alterner les coups de boutoirs avec les phalangistes, tout en asphyxiant syst\u00e9matiquement les zones palestino-progressistes. En mati\u00e8re de n\u00e9gociations, les Syriens proposaient une reddition pure et simple : refusant de reconna\u00eetre l&#8217;existence m\u00eame du mouvement national libanais, ils cherchaient \u00e0 imposer leurs prot\u00e9g\u00e9s, hommes de main ou notables traditionnels, comme seuls constituants, face \u00e0 la droite chr\u00e9tienne, de la sc\u00e8ne politique libanaise. Les Palestiniens \u00e9taient mis en demeure de rentrer inconditionnellement dans leurs camps, la Syrie \u00ab garantissant \u00bb (<em>sic<\/em> !) leur salut au Liban. Les forces de l&#8217;A.L.P. (notamment la brigade d&#8217;Ain Jalout) devaient quitter le territoire libanais et l&#8217;O.L.P. r\u00e9int\u00e9grer en son sein la Sa\u00efka. Toutes propositions dont l&#8217;acceptation n&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 que le pr\u00e9lude \u00e0 la liquidation, ou du moins \u00e0 la mise sous tutelle compl\u00e8te, des Palestiniens (sans parler du sort de la gauche libanaise). Tel \u00e9tait le contenu des divers entretiens de Sofar ou de Chtaura qui se soldaient donc par autant d&#8217;\u00e9checs, malgr\u00e9 l&#8217;ampleur des concessions consenties par les Palestiniens qui acceptaient en effet de mettre une sourdine \u00e0 leurs principales revendications concernant le retrait des troupes syriennes. Ils \u00e9taient pr\u00eats, en outre, \u00e0 se retirer de la montagne libanaise si les autres forces ne venaient pas occuper le terrain. De m\u00eame acceptaient-ils de revenir aux accords du Caire (la pr\u00e9sence palestinienne limit\u00e9e aux camps et au Arkoub), \u00e0 condition qu&#8217;une force arabe commune garantisse le retour de la paix au Liban.<\/p>\n<p>Mieux, les Palestiniens op\u00e9r\u00e8rent parfois des retraits militaires de fait en d\u00e9crochant, apr\u00e8s de courtes batailles, contre la promesse que l&#8217;arm\u00e9e syrienne se limiterait \u00e0 certains objectifs militaires pr\u00e9cis.Ces concessions se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent erron\u00e9es, ainsi que l&#8217;a montr\u00e9 \u00ab la bataille de la montagne \u00bb (octobre 1976), o\u00f9 le retrait palestinien ne fut que le pr\u00e9lude \u00e0 une nouvelle offensive syrienne. C&#8217;est \u00e0 la suite de cette bataille, trop facile pour eux, que les Syriens, fatigu\u00e9s de tra\u00eener en longueur, d\u00e9cid\u00e8rent, apr\u00e8s d&#8217;ultimes \u00ab n\u00e9gociations \u00bb, d&#8217;en finir une fois pour toutes, repoussant les Palestiniens et les progressistes libanais dans leur dernier bastion de Beyrouth-Ouest. C&#8217;\u00e9tait \u00e0 nouveau la rengaine de la victoire \u00e9clair cens\u00e9e devancer par sa rapidit\u00e9 toute intervention arabe ou internationale&#8230; Et ce fut la bataille de Bhamdoun, la plus dure et la plus meurtri\u00e8re qui ait oppos\u00e9 deux arm\u00e9es arabes, la plus dure de la guerre libanaise. L&#8217;arm\u00e9e syrienne y perdit des centaines de soldats alors que la lanc\u00e9e qui devait l&#8217;amener en vingt quatre heures aux portes de Beyrouth se soldait, trois jours durant, par une lente et meurtri\u00e8re progression que les pressions arabes d\u00e9gag\u00e9es de la \u00ab Conf\u00e9rence de Ryad \u00bb interrompirent.<\/p>\n<h3>VI. La conf\u00e9rence de Ryad : une nouvelle \u00e9tape pour le monde arabe<\/h3>\n<p>Les cons\u00e9quences de la conf\u00e9rence de Ryad (et de celle qui n&#8217;en a \u00e9t\u00e9 que la ratification au Caire) ne manqueront pas de se faire sentir et cela pour longtemps. D\u00e9passant de loin le cadre de l&#8217;affaire libanaise et de l&#8217;affaire palestinienne, c&#8217;est au niveau des cons\u00e9quences arabes et internationales de ce sommet que peuvent \u00eatre per\u00e7ues ces deux questions. A ce titre on peut aujourd&#8217;hui affirmer qu&#8217;\u00e0 Ryad s&#8217;est trait\u00e9 formellement le couronnement de la transition du monde arabe vers l&#8217;apr\u00e8s-nass\u00e9risme, et cela \u00e0 la lumi\u00e8re des donn\u00e9es nouvelles dont la plus importante est la \u00ab r\u00e9volution p\u00e9troli\u00e8re \u00bb, qui, de 1973 \u00e0 1976, mena l&#8217;Arabie Saoudite \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence absolue et reconnue dans cette partie du monde. La fin de la phase id\u00e9ologique (l&#8217;arabisme militant b\u00e2ti sur des syst\u00e8mes politico-\u00e9conomiques \u00e9tatiques) a sonn\u00e9&#8230; Le r\u00e8gne du p\u00e9tro-dollar s&#8217;annonce : liquidation du vestige du contentieux arabo-occidental, dissolution de l&#8217;influence sovi\u00e9tique dans la r\u00e9gion, red\u00e9couverte de l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 et primaut\u00e9 au capitalisme priv\u00e9 (\u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des nouvelles puissances financi\u00e8res r\u00e9gionales), mise au pas des derniers maillons oppositionnels (liquidation des derniers vestiges d\u00e9mocratiques : parlements, presse, r\u00e9pression des partis, et surtout neutralisation de la r\u00e9sistance palestinienne), isolement des \u00c9tats r\u00e9calcitrants (Irak, Libye, Alg\u00e9rie, Sud-Yemen). De tout cela le sommet de Ryad \u00e9tait porteur, et de tout cela auront p\u00e2ti et p\u00e2tiront les Palestiniens et les progressistes libanais.<\/p>\n<p>Conjoncturellement, le sommet de Ryad aura \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 par la r\u00e9sistance acharn\u00e9e palestino-libanaise \u00e0 l&#8217;avance des troupes syriennes ; il aura emp\u00each\u00e9 \u00e0 ce niveau la mainmise exclusive du r\u00e9gime syrien sur le Liban et l&#8217;O.L.P. et sauv\u00e9 les forces palestino-progressistes organis\u00e9es d&#8217;une d\u00e9faite qui, pour \u00eatre h\u00e9ro\u00efque et co\u00fbteuse pour l&#8217;adversaire, se serait sold\u00e9e par des massacres incompensables politiquement et militairement avant de longues ann\u00e9es. (La th\u00e9orie d&#8217;une possible vietnamisation actuelle de la lutte anti-syrienne, anti-isolationniste et anti-isra\u00e9lienne fait fi des consid\u00e9rations strat\u00e9giques locales et internationales, comme des capacit\u00e9s de mobilisation d&#8217;une population lourdement \u00e9prouv\u00e9e, et des manques inh\u00e9rents \u00e0 la structure de la r\u00e9sistance palestinienne et du mouvement national libanais.)<\/p>\n<p>Face \u00e0 la pression Saoudite, le r\u00e9gime syrien incapable de r\u00e9aliser une victoire \u00e9clair au Liban, dut abandonner ses r\u00eaves de grandeur ou plut\u00f4t accepter de les ins\u00e9rer dans le cadre de la pr\u00e9\u00e9minence saoudienne. A Ryad, Assad ob\u00e9issait aux injonctions du roi Khaled en arr\u00eatant imm\u00e9diatement son offensive militaire, en r\u00e9glant son contentieux avec Sadate, en acceptant de limiter ses ambitions palestiniennes et en desserrant \u2014 sans les abandonner \u2014 ses liens avec le roi Hussein. Moyennant quoi il obtint la promesse d&#8217;\u00eatre fermement soutenu dans ses besoins financiers et dans la recherche d&#8217;une solution du conflit isra\u00e9lo-arabe qui ne sacrifie pas les int\u00e9r\u00eats de la Syrie au profit de ceux de l&#8217;\u00c9gypte. Il obtint en outre une d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir lui permettant d&#8217;agir au Liban pour le compte de la politique saoudo-\u00e9gypto-syrienne trac\u00e9e \u00e0 Ryad, sa mainmise sur le Liban et son impact sur l&#8217;O.L.P. devant s&#8217;exercer sous le contr\u00f4le de ses nouveaux alli\u00e9s et dans le cadre de leurs int\u00e9r\u00eats conjoints. Sur cette nouvelle base l&#8217;Arabie Saoudite dissuade les autres pays arabes de participer \u00e0 la \u00ab force de dissuasion arabe \u00bb sens\u00e9e intervenir au Liban (l&#8217;Irak et la Libye avaient fait savoir qu&#8217;elles refusaient de toute mani\u00e8re d&#8217;y participer, par opposition \u00e0 l&#8217;\u00ab entente \u00bb scell\u00e9e \u00e0 Ryad ; l&#8217;Alg\u00e9rie, pour sa part, a trop \u00e0 faire sur ses propres fronti\u00e8res). Elle impose \u00e0 la r\u00e9sistance palestinienne d&#8217;accepter donc une force compos\u00e9e \u00e0 90 % de soldats syriens, cependant que les contingents saoudiens et soudanais ont une simple valeur symbolique. Et c&#8217;est ainsi que ces m\u00eames forces syriennes qui auraient pay\u00e9 leur entr\u00e9e \u00e0 Beyrouth de plusieurs milliers de tu\u00e9s, au moins, quelques jours plus t\u00f4t, p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans la capitale libanaise sans tirer un coup de feu (ou presque) badigeonn\u00e9es aux couleurs d&#8217;une \u00ab force de dissuasion \u00bb, qui ne sont rien d&#8217;autre que les couleurs du contr\u00f4le saoudien de la prise de Beyrouth et de la mise au pas de la r\u00e9sistance palestinienne. Ce n&#8217;est donc pas une d\u00e9faite syrienne qui a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e \u00e0 Ryad, il s&#8217;en faut de beaucoup ; tout au plus une limitation des entreprises du r\u00e9gime qui r\u00e8gne \u00e0 Damas.<\/p>\n<p>Connaissant ses limites, celui-ci tentera n\u00e9anmoins de pr\u00e9server assez d&#8217;autonomie d&#8217;action pour ne pas rompre avec ses projets : il n&#8217;est plus question dans l&#8217;imm\u00e9diat d&#8217;une f\u00e9d\u00e9ration ou m\u00eame d&#8217;un axe syro-libano-jordano-palestinien, mais sans pour autant enterrer le projet, on tente m\u00eame d&#8217;y int\u00e9resser l&#8217;\u00c9gypte (rencontre Sadate-Assad en d\u00e9cembre 1976) pour bien montrer que le projet est r\u00e9adaptable dans le cadre de la politique saoudienne. Il n&#8217;est plus question non plus de liquidation directe de l&#8217;O.L.P. ou de sa direction, l&#8217;Arabie Saoudite est pour pr\u00e9server l&#8217;organisation, mais on continue \u00e0 affaiblir celle-ci : des journaux syriens demandent l&#8217;expulsion des mouvements de r\u00e9sistance hors de l&#8217;O.L.P. lors du futur Conseil National Palestinien ; la Sa\u00efka, de retour, multiplie les provocations contre les organisations palestiniennes dans les camps ; la \u00ab force de dissuasion \u00bb encercle syst\u00e9matiquement ces derniers ; la Syrie insiste sur le d\u00e9sarmement palestinien et le d\u00e9placement des brigades r\u00e9guli\u00e8res de l&#8217;A.L.P. (Arm\u00e9e de Lib\u00e9ration de la Palestine) hors du Liban&#8230; toutes initiatives qui recouvrent la volont\u00e9 commune d\u00e9gag\u00e9e au sommet de Ryad, tout en essayant de la d\u00e9border et de forcer la main.<\/p>\n<p>Pour obtenir la cessation des combats au Liban la direction palestinienne a d\u00fb se soumettre \u00e0 la \u00ab volont\u00e9 arabe \u00bb. Un donnant-donnant qui exprime bien un \u00e9quilibre de forces d\u00e9favorable : la Syrie cesse les combats pour occuper le pays sans coup f\u00e9rir ; ses soldats n&#8217;entrent pas dans les camps, mais la Sa\u00efka r\u00e9int\u00e8gre l&#8217;O.L.P. Contre la promesse de ne pas \u00eatre galvaud\u00e9e au profit du roi Hussein, la direction palestinienne accepte d&#8217;entrer compl\u00e8tement dans le giron saoudien. Elle doit revenir sur ses anciennes options (Palestine d\u00e9mocratique et la\u00efque, notamment), neutraliser politiquement et m\u00eame militairement le \u00ab front du refus \u00bb, prendre ses distances \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;Union sovi\u00e9tique et de la gauche libanaise, qui n&#8217;a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e. R\u00e9union \u00e0 Damas de la direction centrale de l&#8217;O.L.P., r\u00e9conciliation Arafat-Zoheir Mohsen, menaces \u00e0 peine voil\u00e9es contre les organisations du refus&#8230; tout cela exprime bien cette politique qui n&#8217;est cependant pas sans rencontrer d&#8217;\u00e9normes difficult\u00e9s : les d\u00e9bordements syriens, la r\u00e9calcitrance de la ou des ailes progressistes du Fath, la mobilisation profonde des bases arm\u00e9es palestiniennes contre les Syriens et la Sa\u00efka, au point o\u00f9 tout conflit provoqu\u00e9 par celle-ci avec le \u00ab front du refus \u00bb entra\u00eene les combattants du Fath et du Front D\u00e9mocratique, pour se solder par de nombreuses victimes dans les rangs de l&#8217;organisation syrienne.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 les combats devenaient mena\u00e7ants pour la gauche libanaise, l&#8217;accord de Ryad la mettait au pied du mur. Incapable de poursuivre les combats une fois que les Palestiniens s&#8217;\u00e9taient engag\u00e9s \u00e0 les cesser, elle ne pouvait que se consoler par l&#8217;entr\u00e9e de la \u00ab force de dissuasion arabe \u00bb dans les r\u00e9gions tenues par les forces isolationnistes et de l&#8217;\u00e9vanouissement, par cons\u00e9quent, des projets de partition et de cr\u00e9ation d&#8217;un \u00c9tat chr\u00e9tien (en tant que projets r\u00e9alistes, du moins). Maigre consolation ! Le nouveau pouvoir \u2014 celui de l&#8217;arm\u00e9e syrienne et non point celui du pr\u00e9sident Sarkis \u2014 ne cache pas ses intentions : consid\u00e9rer le parti phalangiste comme le pilier des nouvelles institutions libanaises du c\u00f4t\u00e9 chr\u00e9tien et isoler la gauche du c\u00f4t\u00e9 musulman au profit d&#8217;une repr\u00e9sentativit\u00e9 politique ralliant quelques dirigeants traditionnels aux all\u00e9geances notoirement pro-syriennes (le Baas libanais pro-syrien, l&#8217;Union des forces du peuple travailleur, l&#8217;imam Moussa Sadr, etc.). Se conduisant en v\u00e9ritable arm\u00e9e d&#8217;occupation dans les r\u00e9gions de la Bekaa, du Akkar, ainsi que dans la ville de Tripoli, o\u00f9 les militants de gauche sont syst\u00e9matiquement pourchass\u00e9s (parti communiste, organisation de l&#8217;action communiste au Liban, front du refus, et surtout le Baas pro-irakien). L&#8217;arm\u00e9e syrienne multiplie de plus en plus les exactions dans les zones progressistes. D\u00e9guis\u00e9e en \u00ab force de dissuasion arabe \u00bb, l&#8217;arm\u00e9e syrienne multiplie les barrages et les contr\u00f4les \u00e0 Beyrouth-Ouest, cependant que sa pr\u00e9sence se fait de plus en plus discr\u00e8te \u00e0 Beyrouth-Est o\u00f9 la S.K.S. (milice phalangiste) s\u00e9vit toujours. On ne l\u00e9sine d&#8217;ailleurs pas sur les moyens : deux tentatives d&#8217;assassinat contre le dirigeant chr\u00e9tien lib\u00e9ral Raymond Edd\u00e9 ; une tentative contre le chef du mouvement patriotique libanais, Kamal Joumblatt (une voiture pi\u00e9g\u00e9e faisant de nombreux morts et bless\u00e9s), dont on commence \u00e0 arr\u00eater les partisans au c\u0153ur m\u00eame de son fief druze du Chouf. La bataille contre la presse est au moins aussi significative, contre toute la presse et non seulement la presse progressiste. M\u00eame le<em> Nahar<\/em> et <em>L&#8217;Orient-Le Jour<\/em>, qu&#8217;on peut ranger sans craindre d&#8217;erreur \u00e0 la droite de l&#8217;\u00e9chiquier politique, ont \u00e9t\u00e9 interdits manu militari, pour ne repara\u00eetre que sous un r\u00e9gime de censure absolument incompatible avec toute id\u00e9e de libert\u00e9 d&#8217;information si limit\u00e9e soit-elle. Fait significatif, s&#8217;il en est un : contre vents et mar\u00e9es la presse libanaise est rest\u00e9e durant des dizaines d&#8217;ann\u00e9es la seule presse pluraliste et digne de ce nom du monde arabe. Non seulement la gauche sera d\u00e9pourvue de sa libert\u00e9 d&#8217;expression, mais toute libert\u00e9 d&#8217;expression autre qu&#8217;officielle sera bannie.<\/p>\n<p>Dans un monde arabe o\u00f9 elle fait figure d&#8217;exception \u00e0 l&#8217;heure actuelle, la gauche libanaise ne peut que se plier&#8230; pour ne pas rompre. Plier et s&#8217;adapter aux conditions nouvelles par de nouvelles formes de lutte. Forte de son existence physique qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 sap\u00e9e fie Liban ne peut donc pas \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 l&#8217;Espagne, ou \u00e0 la Gr\u00e8ce, ou au Chili) et de son implantation sans commune mesure avec sa faiblesse d&#8217;avant les \u00e9v\u00e9nements, elle retrouve le chemin de la clandestinit\u00e9 et de la semi-clandestinit\u00e9, sauvegardant ses forces et ses armes jusqu&#8217;au moment o\u00f9 elle pourra reprendre l&#8217;offensive, que les exactions syriennes et le refus oppos\u00e9 par la population rendent plus proche. Certes, la population est \u00e9prouv\u00e9e par la guerre et ne d\u00e9sire nullement sombrer dans un nouveau conflit arm\u00e9. Mais le sentiment d&#8217;humiliation face \u00e0 l&#8217;occupation, et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, se traduisent d\u00e9j\u00e0 par une attitude qui prend corps au goutte \u00e0 goutte. On peut d\u00e9j\u00e0 esquisser les nouvelles formes de lutte, mais en partie seulement. Pour une large part elles d\u00e9pendent de l&#8217;avenir du Liban dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, de la forme sous laquelle se perp\u00e9tuera l&#8217;annexion syrienne, du sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sistance et \u00e0 la solution de la Question palestinienne, et enfin de l&#8217;\u00e9volution du monde arabe.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, l&#8217;enjeu de l&#8217;action de la gauche libanaise ne se limite nullement, aujourd&#8217;hui encore moins que par le pass\u00e9, aux fronti\u00e8res libanaises toutes symboliques (de quoi ?). L&#8217;avenir de la r\u00e9sistance palestinienne et de la Syrie, donc de la r\u00e9gion, se jouera effectivement \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong>[<b id=\"m_-3782515103955640628yui_3_16_0_ym19_1_1502791700885_3474\">voir le suivant :&nbsp;<\/b><\/strong><a href=\"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/1977-06-30\/hussein-rabin-assad-s-a-r-l-%E2%80%92editorial-de-matzpen\/\">Hussein, Rabin, Assad S.A.R.L<\/a> \u2012 Editorial de \u00abMatzpen\u00bb<strong><b id=\"m_-3782515103955640628yui_3_16_0_ym19_1_1502791700885_3474\">]<\/b><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reprenant sa d\u00e9magogie nationaliste et son engagement traditionnel au Liban \u00e0 rebrousse-poil, la Syrie intervenait pour sauver la droite chr\u00e9tienne et la droite tout court \u2014 en r\u00e9alit\u00e9 pour emp\u00eacher les Palestiniens et la gauche de gagner.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,127,11],"tags":[88],"class_list":["post-643","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-francais","category-khamsin-4","tag-yasser-ali"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.7 - 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