{"id":605,"date":"1975-12-10T16:00:04","date_gmt":"1975-12-10T14:00:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/?p=605"},"modified":"2021-05-31T10:58:24","modified_gmt":"2021-05-31T07:58:24","slug":"chroniques-liban-egypte-israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matzpen.org\/english\/1975-12-10\/chroniques-liban-egypte-israel\/","title":{"rendered":"Chroniques \u2014 Par Yasser Ali, Leila Kadi, Sadik El Azem, Avishai Ehrlich et Mosh\u00e8 Machover"},"content":{"rendered":"<h2>Liban, septembre 1975<\/h2>\n<p>La situation arabe qui s&#8217;est toujours fortement refl\u00e9t\u00e9e au Liban s&#8217;y traduit conflictuellement aujourd&#8217;hui \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;accord isra\u00e9lo-\u00e9gyptien et du renforcement des positions am\u00e9ricaines dans la r\u00e9gion (les r\u00e9gimes \u00e9gyptiens et saoudiens y tenant les r\u00f4les de premier plan). Y a-t-il meilleur terrain que le Liban o\u00f9 pourrait se d\u00e9rouler le conflit qui oppose notamment la r\u00e9sistance palestinienne \u00e0 la politique du pr\u00e9sident Sadate ? Celui-ci n&#8217;aurait-il pas m\u00eame menac\u00e9 Yasser Arafat d&#8217;un bain de sang au Liban ? S&#8217;il faut neutraliser la r\u00e9sistance palestinienne c&#8217;est bien dans ce pays qu&#8217;un nouveau Septembre Noir doit avoir lieu. L\u2019\u00c9tat libanais officiel, les \u00ab phalanges libanaises \u00bb et autres forces confessionnelles ne pourraient jamais b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un meilleur moment, l\u2019\u00c9gypte leur servant de couverture arabe et Isra\u00ebl se sentant plus que jamais les mains libres (apr\u00e8s la neutralisation de l&#8217;\u00c9gypte) menant \u00e0 pr\u00e9sent des attaques quotidiennes contre le Sud-Liban et les camps palestiniens.<\/p>\n<p>Momentan\u00e9ment obtur\u00e9e par la formation d&#8217;un gouvernement d&#8217;armistice, la guerre civile rampante que le Liban conna\u00eet depuis le printemps dernier \u00e9tait en attente de son quatri\u00e8me \u00e9pisode. Celui-ci attendu, tel un fait irr\u00e9versible, en octobre 1975 (fin de la p\u00e9riode d&#8217;estivage) \u00e9clate plus t\u00f4t que pr\u00e9vu en fin du mois d&#8217;ao\u00fbt, d\u00e9termin\u00e9 in\u00e9luctablement par une s\u00e9rie de facteurs :<\/p>\n<p>\u2014 Aucun des probl\u00e8mes de fond \u00e0 l&#8217;origine du conflit, n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 et ne pouvaient \u00eatre r\u00e9solus par le nouveau gouvernement. Celui-ci, notoirement droitier, ne refl\u00e9tant nullement l&#8217;\u00e9quilibre r\u00e9el des forces qui r\u00e9git le pays, \u00e9tait incapable de par sa composition d&#8217;entreprendre les r\u00e9formes de structure n\u00e9cessaires pour d\u00e9samorcer la crise. Menac\u00e9 d&#8217;\u00e9clatement face aux probl\u00e8mes r\u00e9els, ne disposant que tr\u00e8s partiellement des r\u00eanes du pouvoir accapar\u00e9es par la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique la plus r\u00e9trograde que le pays ait connue, le gouvernement Rachid Karam\u00e9 m\u00e9contentait \u00e0 la fois l&#8217;extr\u00eame droite phalangiste, \u00e9loign\u00e9e au profit de Camille Chamoun et un autre repr\u00e9sentant de la droite confessionnelle chr\u00e9tienne, et la gauche fondamentalement r\u00e9calcitrante \u00e0 toute \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb de type traditionnel qui se ferait au d\u00e9triment de v\u00e9ritables r\u00e9formes.<\/p>\n<p>\u2014 L&#8217;\u00c9tat et son arm\u00e9e largement neutralis\u00e9s quoique (et parce que) non neutres \u00e9taient incapables d&#8217;imposer leur arbitrage sinon leur autorit\u00e9 Ayant trop manifestement affirm\u00e9 leurs positions confessionnelles, les v\u00e9ritables d\u00e9tenteurs du pouvoir avaient de ce fait min\u00e9 les structures de leur \u00c9tat et de leur arm\u00e9e tout en le rendant objet de suspicion de la part des confessions musulmanes du pays. Au cours des affrontements de septembre 1975, la gauche a r\u00e9ussi encore une fois \u00e0 mettre en \u00e9chec le recours \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e qui aurait transform\u00e9 les combats en guerre civile totale. Cons\u00e9quemment aucune solution du type 1958 (l&#8217;arm\u00e9e, arbitre sauveur, s&#8217;emparant constitutionnellement et officieusement du pouvoir) ne peut aujourd&#8217;hui \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2014 Les combats du printemps dernier n&#8217;avaient pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisifs (voir plus loin l&#8217;analyse d\u00e9taill\u00e9e de ces combats) et des pr\u00e9paratifs militaires de plus en plus intenses, jumel\u00e9s \u00e0 une polarisation politique plus accentu\u00e9e, ne pouvaient que pr\u00e9luder \u00e0 une joute encore plus violente destin\u00e9e \u00e0 trancher la situation. Par ailleurs, les composantes trop nombreuses dans chaque camp et r\u00e9calcitrantes \u00e0 une centralisation qui limiterait les centres de d\u00e9cisions et d&#8217;initiatives, pouvait par leur d\u00e9bordement entra\u00eener \u00e0 un conflit g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014 La gauche libanaise, renforc\u00e9e dans la rue musulmane au point d&#8217;y imposer une relative h\u00e9g\u00e9monie au d\u00e9triment des forces traditionnelles, \u00e9tendait de plus en plus son implantation et, surtout, soudait son unit\u00e9 par un \u00ab programme de salut national \u00bb qui en 25 points pr\u00e9sentait une alternative visant la d\u00e9confessionnalisation de la vie politique libanaise et la r\u00e9vision dans un sens d\u00e9mocratique de la constitution et du syst\u00e8me \u00e9lectoral. Un tel programme, devenu une r\u00e9alit\u00e9 et qui exprime l&#8217;enracinement de la gauche et la d\u00e9confiture des leaders musulmans traditionnels, alors que les morts se compte chaque fois par milliers, conduit \u00e0 l&#8217;impasse toute tentative de \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb destin\u00e9e \u00e0 l&#8217;escamoter.<\/p>\n<p>Ces facteurs conjugu\u00e9s ont d\u00e9clench\u00e9 le quatri\u00e8me \u00e9pisode guerrier, beaucoup plus meurtrier et destructeur que les pr\u00e9c\u00e9dents. Men\u00e9 en trois phases \u2014 \u00e0 Zahl\u00e9 dans la Bekaa \u00e0 l&#8217;initiative des phalangistes et des forces traditionnelles chr\u00e9tiennes, \u00e0 Tripoli-Zghorta au Nord-Liban \u00e0 l&#8217;initiative notamment des milices priv\u00e9es du pr\u00e9sident de la r\u00e9publique \u00e0 Beyrouth, enfin et surtout, \u00e0 l&#8217;initiative des phalangistes \u2014 il entra\u00eena une r\u00e9plique foudroyante de la part des forces progressistes libanaises. Zghorta, village du pr\u00e9sident Frangi\u00e9 et bastion de la r\u00e9action au Nord-Liban, fut menac\u00e9 au point que l&#8217;arm\u00e9e dut le prot\u00e9ger par un v\u00e9ritable cordon militaire. A Beyrouth, la bourgeoisie libanaise paya tr\u00e8s cher l&#8217;espoir qu&#8217;elle avait mis au d\u00e9part dans le projet phalangiste et le soutien qu&#8217;elle prodigua \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite : le centre commercial de la ville est largement d\u00e9vast\u00e9 et le manque \u00e0 gagner s&#8217;est \u00e9norm\u00e9ment accru. Ainsi que le souligne l&#8217;article ci-dessous consacr\u00e9 \u00e0 une analyse de la structure de classes au Liban, les extr\u00e9mistes chr\u00e9tiens regroup\u00e9s autour des phalangistes, et sur lesquels s&#8217;appuie le pr\u00e9sident Frangi\u00e9, sont en train d&#8217;\u00eatre isol\u00e9s au sein m\u00eame de la bourgeoisie libanaise. La r\u00e9union \u00e0 Bkerk\u00e9 des principaux dirigeants politiques et dignitaires maronites \u00e0 la fin de septembre 1975, au cours de laquelle les phalangistes et le pr\u00e9sident Frangi\u00e9 furent pratiquement d\u00e9savou\u00e9s, consacre l&#8217;\u00e9chec de ces derniers dans la phase actuelle. La destitution du pr\u00e9sident est envisag\u00e9e.<\/p>\n<p>La gauche a plus que jamais assur\u00e9 son emprise dans les r\u00e9gions musulmanes, y compris dans le fief (Tripoli) du premier ministre Rachid Karam\u00e9, mettant \u00e0 nu l&#8217;incapacit\u00e9 de son gouvernement, l&#8217;emp\u00eachant de faire appel \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e et neutralisant les divers organismes musulmans religieux et civils pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 noyer les r\u00e9formes revendiqu\u00e9es dans un dialogue avec la r\u00e9action confessionnelle chr\u00e9tienne. La r\u00e9sistance palestinienne en est sortie d&#8217;autant plus renforc\u00e9e qu&#8217;un v\u00e9ritable rempart humain libanais l&#8217;a mise hors d&#8217;atteinte des coups qui la visaient, au point que l&#8217;\u00c9tat libanais officiel a d\u00fb faire appel \u00e0 son arbitrage dans certaines zones du pays, cependant qu&#8217;il avait aussi recours \u00e0 l&#8217;intervention politique syrienne pour faire cesser les combats. Cette \u00e9volution de la situation libanaise s&#8217;affirme d&#8217;ailleurs corollairement au Sud-Liban. Face aux attaques isra\u00e9liennes la gauche libanaise constitue une \u00ab r\u00e9sistance populaire \u00bb arm\u00e9e qui fit sa premi\u00e8re grande d\u00e9monstration au village frontalier de Kafr Kila en tenant t\u00eate aux forces isra\u00e9liennes : le rempart populaire libanais face au sionisme est lui aussi en chantier.<\/p>\n<p><strong>Fin de la \u00ab d\u00e9mocratie confessionnelle \u00bb au Liban<\/strong><\/p>\n<p><em>Une guerre civile qui a dur\u00e9 vingt-quatre jours, en trois \u00e9pisodes, et dont on n&#8217;a pas encore vu la fin.<\/em><\/p>\n<p>Les apologistes arabes et \u00e9trangers ont souvent chant\u00e9 les louanges du syst\u00e8me de \u00ab d\u00e9mocratie confessionnelle \u00bb. Or, si on peut r\u00e9sumer en une seule phrase les \u00e9v\u00e9nements compliqu\u00e9s du Liban, on peut dire que la guerre civile r\u00e9cente est \u00e0 la fois le produit et un sympt\u00f4me du d\u00e9p\u00e9rissement final de la soi-disant \u00ab d\u00e9mocratie confessionnelle \u00bb. Ce syst\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 en son temps par les bourgeoisies maronite et musulmane sunnite, et a \u00e9t\u00e9 soumis depuis peu \u00e0 un processus ininterrompu d&#8217;\u00e9rosion comprenant son infrastructure traditionnelle, son appareil politique et aussi son mode de domination de classe et les privil\u00e8ges que s&#8217;y rattachent.<\/p>\n<p>Parmi les causes et sympt\u00f4mes les plus \u00e9vidents du d\u00e9p\u00e9rissement, on peut citer :<\/p>\n<p>a) L&#8217;effondrement presque total de la direction musulmane traditionnelle (du c\u00f4t\u00e9 sunni et du c\u00f4t\u00e9 shiite) pour ce qui est de leur capacit\u00e9 de forcer l&#8217;all\u00e9geance des masses musulmanes en g\u00e9n\u00e9ral et de contr\u00f4ler et manipuler les masses populaires en vertu des positions de force acquises, des affiliations religieuses, de la domination de la famille, des liens de sang et du patronage politique. Chez les masses sunni cet effondrement s&#8217;exprime clairement \u00e0 travers l&#8217;importance croissante prise par les dirigeants des partis politiques (le parti communiste du Liban, l&#8217;Organisation d&#8217;action communiste tr\u00e8s proche du Front d\u00e9mocratique pour la lib\u00e9ration de la Palestine, le parti socialiste dirig\u00e9 par Kamal Joumblat, et les branches libanaises des partis Baas de la Syrie et de l&#8217;Irak), des pseudo-partis (toutes les fractions et factions nass\u00e9riennes, par exemple) et une grande vari\u00e9t\u00e9 de groupements, organisations et dirigeants au niveau local, group\u00e9s autour d&#8217;une id\u00e9e religieuse (parfois proche d&#8217;un pur fanatisme), d&#8217;id\u00e9aux nationalistes arabes ou de vagues aspirations socialistes. La meilleure illustration de cet effondrement de la direction sunni traditionnelle est le cas de Kamal Joumblat (originellement un dirigeant druze local) et l&#8217;influence exerc\u00e9e par lui sur les masses sunni en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 Beyrouth en particulier. Son pouvoir repose sur une base strictement politique.<\/p>\n<p>Un d\u00e9veloppement similaire a eu lieu parmi les shiites, le groupe le plus nombreux, le plus opprim\u00e9 et le plus arri\u00e9r\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 libanaise. L&#8217;ascension de Mussa El-Sader \u00e0 partir de la base, pour ainsi dire, et par un travail patient et continu pendant des ann\u00e9es, au rang du dirigeant non contest\u00e9 de la secte la plus nombreuse du pays, a \u00e9t\u00e9 un coup mortel pour la direction shiite traditionnelle, pour les familles aristocratiques, et pour les notables, etc. La mont\u00e9e de Sader est un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiellement politique ; en lisant ses discours, on se rend compte que les pr\u00e9occupations strictement religieuses prennent une place relativement mineure en comparaison avec les pr\u00e9occupations sociales, politiques et \u00e9conomiques, et en particulier les griefs et souffrances de sa communaut\u00e9. La guerre civile a d\u00e9montr\u00e9 tr\u00e8s clairement que les masses shiites, traditionnellement inertes, ont fait leur entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne politique du Liban. Il est certain que les raids isra\u00e9liens sur les villages du Sud-Liban, pour la plupart shiites. combin\u00e9s avec l&#8217;indiff\u00e9rence et avec la n\u00e9gligence officielles du Liban, ont contribu\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer les masses shiites de leur ancienne servitude politique et id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Il ne faut pas croire que Sader lui-m\u00eame est un r\u00e9volutionnaire ou un dirigeant progressiste. Maintenant qu&#8217;il a donn\u00e9 aux shiites du Liban la forte direction qui leur manquait, il n&#8217;est pas de son int\u00e9r\u00eat de pr\u00e9cipiter la chute d\u00e9finitive du syst\u00e8me confessionnel. Pour que Sader puisse exercer son nouveau r\u00f4le comme l&#8217;\u00e9gal des autres dirigeants des grandes communaut\u00e9s religieuses, une certaine r\u00e9habilitation du syst\u00e8me confessionnel pourrait \u00eatre utile et m\u00eame n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>b) L&#8217;affaiblissement des positions de force des familles maronites traditionnelles qui avaient produit les dirigeants chr\u00e9tiens \u00ab historiques \u00bb, les Khouries, Eddes, Shehabs, etc. Dans ce m\u00eame processus on assiste au renforcement du parti phalangiste avec sa base petite-bourgeoisie et sa pr\u00e9tention de jouer le r\u00f4le du protecteur de l&#8217;\u00ab \u00e9quilibre officiel \u00bb et traditionnel de la soci\u00e9t\u00e9 libanaise, et le garant des int\u00e9r\u00eats du capital, des privil\u00e8ges acquis et de la position dominante de la bourgeoisie chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>c) L&#8217;effacement progressif de la position \u00e9conomique libanaise comme m\u00e9diateur entre les pays arabes producteurs de p\u00e9trole et le march\u00e9 capitaliste mondial. Le processus s&#8217;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 r\u00e9cemment ; les pays producteurs de p\u00e9trole \u00e9laborent leurs propres plans de d\u00e9veloppement et d&#8217;extension des r\u00e9seaux financiers et banquiers, en contact direct avec les grands pays capitalistes. Les immenses revenus p\u00e9troliers n&#8217;affluent plus vers les banques libanaises comme par le pass\u00e9 ; ils sont d\u00e9pens\u00e9s en partie localement, ou gard\u00e9s et investis dans les pays capitalistes (qui sont en comp\u00e9tition entre eux et avec le Liban pour capter cette manne). La bourgeoisie sent qu&#8217;elle est en train de perdre son statut et son influence. Elle est par ailleurs menac\u00e9e par le renforcement des forces populaires et de gauche, surtout par suite de l&#8217;inflation en cours et des r\u00e9percussions de la crise mondiale sur une \u00e9conomie enti\u00e8rement d\u00e9pendante et orient\u00e9e vers les services. Les \u00e9l\u00e9ments les plus lucides dans la bourgeoisie libanaise (surtout dans le secteur bancaire) voient le danger et sont favorables \u00e0 des r\u00e9formes administratives profondes pour que le Liban puisse continuer \u00e0 jouer son \u00ab r\u00f4le important comme m\u00e9diateur \u00bb dans les circonstances nouvelles r\u00e9sultant de l&#8217;augmentation des revenus p\u00e9troliers.<\/p>\n<p>d) En m\u00eame temps que s&#8217;efface le r\u00f4le du Liban comme m\u00e9diateur, c&#8217;est toute l&#8217;\u00e9conomie du pays qui est, petit \u00e0 petit, absorb\u00e9e dans le courant des \u00e9conomies arabes, plus fortes et plus stables. Sur ce plan, d\u00e9j\u00e0, la bourgeoisie libanaise perd l&#8217;autonomie relative indispensable pour un m\u00e9diateur. Ainsi, la plus grande partie des produits industriels et agricoles du Liban ne trouve aucun march\u00e9 en dehors du monde arabe. Beaucoup de Libanais travaillent dans les pays producteurs de p\u00e9trole et transf\u00e8rent chez eux environ 500 millions de livres libanaises (1 L.L. = 2 F.F., environ), et ce chiffre augmente continuellement. Le secteur le plus important de l&#8217;\u00e9conomie libanaise comprenant les services de toutes sortes, le commerce, le tourisme et le transit de marchandises, d\u00e9pend enti\u00e8rement des \u00e9conomies et march\u00e9s arabes. Quand, par exemple, la Syrie avait ferm\u00e9 les routes de transit, au cours du printemps 1973, par suite des affrontements entre l&#8217;arm\u00e9e libanaise et les Palestiniens, l&#8217;\u00e9conomie libanaise \u00e9tait pratiquement \u00e9touff\u00e9e. Sans parler des capitaux arabes investis au Liban : selon les estimations, 90 % des d\u00e9p\u00f4ts bancaires sont d&#8217;origine arabe non libanaise.<\/p>\n<p>e) La situation d\u00e9mographique au Liban s&#8217;est modifi\u00e9e, cependant que l&#8217;urbanisation anarchique a rendu encore plus aigu\u00ebs les tensions sociales. Les musulmans sont devenus la majorit\u00e9 incontestable, et lorsque Kamal Joumblat le proclame publiquement, personne n&#8217;ose plus l&#8217;attaquer l\u00e0-dessus, comme cela aurait \u00e9t\u00e9 le cas dans le pass\u00e9. Le changement d\u00e9mographique et la puissance \u00e9conomique accrue de la bourgeoisie musulmane ne sont pas refl\u00e9t\u00e9s dans la superstructure administrative et politique, d&#8217;o\u00f9 la demande d&#8217;une r\u00e9forme g\u00e9n\u00e9rale dans ce domaine et d&#8217;une r\u00e9vision des lois et pratiques d\u00e9terminant l&#8217;octroi de la nationalit\u00e9 libanaise.<\/p>\n<p>Pour la classe dominante soucieuse de garder ces privil\u00e8ges, le parti phalangiste constitue le seul groupe organis\u00e9 avec une quelconque base de masse, une id\u00e9ologie r\u00e9actionnaire coh\u00e9rente et suffisamment d&#8217;armes et de d\u00e9termination pour \u00ab sauver le Liban \u00bb. Les dirigeants phalangistes expriment effectivement leur inqui\u00e9tude sur avenir des classes moyennes libanaises, la colonne vert\u00e9brale et l&#8217;accomplissement supr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 libanaise, dont le d\u00e9clin serait une catastrophe \u00e0 laquelle le \u00ab Liban \u00bb ne pourrait survivre. Pour conjurer la crise \u00e0 leur mani\u00e8re, les phalangistes d\u00e9voilent leur nature fasciste en ayant recours aux m\u00e9thodes de violence et de terreur.<\/p>\n<p>Pour les phalangistes, il s&#8217;agit avant tout de maintenir l&#8217;ancien \u00e9quilibre formel, qui ne serait pas menac\u00e9 \u2014 selon eux \u2014 par l&#8217;\u00e9volution des forces objectives, mais par les Palestiniens. Le but principal des phalangistes et de leurs supporters \u00e9tait de rompre l&#8217;alliance entre les mouvements palestiniens et les forces progressistes et populaires libanaises, en concentrant leur attaque sur le c\u00f4t\u00e9 palestinien de l&#8217;alliance. La r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9affirmer cette alliance, tout en prenant garde de ne pas impliquer les mouvements palestiniens directement et sans n\u00e9cessit\u00e9 dans le conflit confessionnel et la lutte des classes inter-libanaise. Cela explique aussi, dans une certaine mesure, la plus grande retenue du c\u00f4t\u00e9 palestinien (malgr\u00e9 les bombardements et harc\u00e8lements sauvages des camps) compar\u00e9e \u00e0 la f\u00e9rocit\u00e9 de la lutte entre les forces libanaises.<\/p>\n<p>Pendant l&#8217;hiver 1974-1975 les phalangistes avaient mont\u00e9 une campagne de mobilisation id\u00e9ologique et politique contre la r\u00e9sistance palestinienne, \u00e0 l&#8217;aide de la panoplie habituelle d&#8217;\u00e9pouvantails : \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers, communistes, trublions rouges, activit\u00e9s non libanaises, etc. Le dirigeant phalangiste Pierre Gemayel envoyait m\u00e9morandum sur m\u00e9morandum au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Frangi\u00e9, avec mise en garde contre le \u00ab danger palestinien \u00bb et la demande imp\u00e9rieuse que la pleine souverainet\u00e9 libanaise soit \u00e9tablie sur les camps palestiniens et leurs environs. En m\u00eame temps, les phalangistes et leurs alli\u00e9s s&#8217;armaient jusqu&#8217;aux dents, et entreprenaient des campagnes d&#8217;entra\u00eenement, avec l&#8217;aide \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de l&#8217;arm\u00e9e et l&#8217;approbation tacite du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>C&#8217;est vers la fin de mai qu&#8217;un incident isol\u00e9 fut le signal de la guerre civile : le massacre des occupants d&#8217;un autobus de retour d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration \u00e0 un martyr r\u00e9cemment tomb\u00e9 dans le combat palestinien. Ce massacre, perp\u00e9tr\u00e9 de sang-froid par les phalangistes et leurs alli\u00e9s, \u00e9tait si hideux qu&#8217;il embarrassa m\u00eame les dirigeants phalangistes et encore plus leurs compagnons de route, comme l&#8217;ex-pr\u00e9sident Chamoun et sa milice arm\u00e9e. Le Premier ministre de l&#8217;\u00e9poque, homme proche de Joumblat, se r\u00e9signa \u00e0 une d\u00e9claration fracassante devant la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, dans laquelle il condamna les phalangistes et \u00e9num\u00e9ra les revendications essentielles des forces progressistes : r\u00e9forme de la loi \u00e9lectorale, r\u00e9vision de la r\u00e9glementation pour l&#8217;acquisition de la nationalit\u00e9 libanaise, restructuration du corps des officiers, politique plus active et plus s\u00e9rieuse de d\u00e9fense des villages du Sud Liban, en coordination avec l&#8217;O.L.P., contr\u00f4le de l&#8217;activit\u00e9 des monopoles en vue d&#8217;all\u00e9ger le sort des masses laborieuses. Ces revendications sont devenues le fondement du programme politique des forces populaires, partis de gauche, groupes d&#8217;opposition, etc. Les dirigeants musulmans traditionnels, dont la force consistait depuis toujours \u00e0 mettre sur pied un beau modus vivendi et modus operandi avec les phalangistes, \u00e9taient au pied du mur et r\u00e9duits au silence.<\/p>\n<p>Avec la r\u00e9action violente des Palestiniens et des forces progressistes libanaises contre le massacre des occupants du bus, la guerre civile d\u00e9butait dans les faits. L&#8217;alignement droitier comprenait quatre partis : les phalangistes ; le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et toutes les forces qu&#8217;il pouvait mobiliser ; le commandant en chef de l&#8217;arm\u00e9e (un autre maronite) et l&#8217;ex-pr\u00e9sident Chamoun avec son parti et sa milice. Autour de cette coalition se rassemblaient, moins ouvertement, l&#8217;Association maronite du Liban (qui commen\u00e7ait \u00e0 cr\u00e9er sa propre milice), la direction des ordres monacaux maronites (devenant, \u00e0 la limite, des ordres de moines combattants et guerriers), et des groupuscules fascistes comme le Front pour la protection des C\u00e8dres. L&#8217;archev\u00eaque maronite adopta une attitude beaucoup plus conciliatrice et r\u00e9fl\u00e9chie. Il fit conna\u00eetre sa d\u00e9sapprobation de la position fanatique des ordres maronites. Son attitude \u00e9tait dict\u00e9e par la nature m\u00eame de sa position comme archev\u00eaque, et aussi par le fait qu&#8217;\u00e9lu r\u00e9cemment il venait d&#8217;une famille pauvre du Sud-Liban. Son village venait d&#8217;\u00eatre attaqu\u00e9 par l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, et plusieurs membres de sa famille avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou s\u00e9rieusement bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Il ne faut pas croire que les chr\u00e9tiens du Liban se sont tous rang\u00e9s derri\u00e8re cette alliance quadripartite. Le programme phalangiste, qui se limitait \u00e0 demander la pr\u00e9servation de l&#8217;\u00ab \u00e9quilibre d\u00e9licat \u00bb, de ce qui est en r\u00e9alit\u00e9 une situation totalement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, ne pouvait s&#8217;assurer le soutien populaire souhait\u00e9 par lui, m\u00eame \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. De m\u00eame, dans les rangs de l&#8217;intelligentsia, des professions lib\u00e9rales et les secteurs les plus avanc\u00e9s de la bourgeoisie chr\u00e9tienne, des dissensions se faisaient jour. Les mouvements et partis progressistes non seulement comptent beaucoup de chr\u00e9tiens dans leurs rangs, mais sont aussi souvent dirig\u00e9s par des personnes d&#8217;origine chr\u00e9tienne des plus respectables.<\/p>\n<p>L&#8217;annonce de la formation d&#8217;un gouvernement militaire (23 mai), dans lequel le commandant en chef de l&#8217;arm\u00e9e occupait le poste de ministre de la D\u00e9fense, fut accueillie avec jubilation par les phalangistes qui y voyaient un pas vers leur but d&#8217;entra\u00eener l&#8217;arm\u00e9e dans la lutte active contre les Palestiniens. Pour les dirigeants maronites traditionnels, le gouvernement militaire signifiait un coup d&#8217;\u00c9tat maronite ourdi par le pr\u00e9sident et par le commandant en chef de l&#8217;arm\u00e9e, puisque le v\u00e9ritable Premier ministre e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le ministre de la D\u00e9fense \u00e9tant donn\u00e9 que de par la hi\u00e9rarchie militaire il \u00e9tait le sup\u00e9rieur des autres ministres. Pour les Palestiniens et les forces progressistes libanaises, il s&#8217;agissait d&#8217;une v\u00e9ritable d\u00e9claration de guerre. <em>Toutes<\/em> les forces oppositionnelles r\u00e9pondirent \u00e0 la mobilisation et tenaient les barricades.Quel qu&#8217;ait \u00e9t\u00e9 le but de l&#8217;op\u00e9ration, la formation du gouvernement militaire d\u00e9pla\u00e7ait le terrain de la lutte en faveur de la droite. La gauche et les forces populaires ont \u00e9t\u00e9, en effet, oblig\u00e9es de suspendre temporairement toutes leurs autres luttes pour concentrer toutes leurs forces \u00e0 faire tomber le nouveau gouvernement. Parall\u00e8lement, l&#8217;isolement des dirigeants musulmans traditionnels a d\u00fb \u00eatre rompu, afin de constituer le front le plus large possible contre l&#8217;alliance des phalangistes et de la nouvelle dictature militaire. Si donc la derni\u00e8re phase de la lutte populaire n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9liminer les directions musulmanes traditionnelles, elle les a pouss\u00e9es vers des positions quelque peu plus avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Le front tr\u00e8s large ainsi form\u00e9 \u00e9tait si d\u00e9termin\u00e9, dans son opposition au gouvernement militaire, qu&#8217;il r\u00e9ussit \u00e0 forcer sa d\u00e9mission apr\u00e8s soixante douze heures d&#8217;existence (d&#8217;o\u00f9 le nom de gouvernement du week-end). Le front r\u00e9ussit \u00e9galement \u00e0 imposer Rachid Karam\u00e9 comme Premier ministre et \u00e0 renforcer l&#8217;\u00e9loignement des phalangistes des futurs gouvernements. C&#8217;est \u00e0 son corps d\u00e9fendant que le pr\u00e9sident a d\u00fb accepter la formation du gouvernement Karam\u00e9, et, sur ce plan, l&#8217;\u00ab establishment \u00bb maronite et ses alli\u00e9s ont subi une nette d\u00e9faite. Karam\u00e9 n&#8217;est point un dirigeant particuli\u00e8rement progressiste, mais il pr\u00e9sentait l&#8217;antith\u00e8se du r\u00e9gime actuel dans le cadre de l&#8217;ordre \u00e9tabli. S&#8217;y ajoutent les animosit\u00e9s personnelles entre lui et le pr\u00e9sident, et les profonds conflits d&#8217;ordre religieux, tribal et r\u00e9gional entre Tripoli (fief de Karam\u00e9) et Zugharta (fief de Frangi\u00e9). Mais le pr\u00e9sident \u00e9tait forc\u00e9 d&#8217;accepter son adversaire, car l&#8217;alternative \u00e9tait une guerre sanglante entre l&#8217;arm\u00e9e et les Palestiniens et tous leurs allies au Liban. Frangi\u00e9 a fait de son mieux pour faire \u00e9chouer la tentative Karam\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 ce que la troisi\u00e8me phase de la guerre civile effraye la classe dominante par ses menaces sanglantes et destructrices. La composition de son gouvernement a \u00e9t\u00e9 soigneusement calcul\u00e9e pour neutraliser la victoire pr\u00e9sent\u00e9e par sa constitution m\u00eame, et afin d&#8217;y int\u00e9grer \u2014 et de ce fait r\u00e9habiliter \u2014 les directions traditionnelles discr\u00e9dit\u00e9es.<\/p>\n<p>La droite libanaise, sous l&#8217;impulsion de ses couches et organisations les plus r\u00e9actionnaires, est actuellement d&#8217;humeur offensive, et tout laisse pr\u00e9voir qu&#8217;elle aura de nouveau recours \u00e0 la violence dans le but d&#8217;instaurer sa version de \u00ab paix sociale et d&#8217;harmonie \u00bb. Elle est renforc\u00e9e, dans son \u00e9lan, par la vague r\u00e9actionnaire qui d\u00e9ferle sur la r\u00e9gion. C&#8217;\u00e9tait bien Sadate qui, au milieu de la guerre civile, fit une d\u00e9claration interpr\u00e9t\u00e9e comme un certificat de \u00ab bonne conduite \u00bb aux phalangistes, lou\u00e9s pour leur patriotisme et leur attachement \u00e0 la cause arabe. Cela rappelle, on ne peut plus clairement, l&#8217;attitude des m\u00eames r\u00e9gimes arabes, lors de la liquidation en Jordanie de la r\u00e9sistance palestinienne par le roi Hussein en septembre 1970.<\/p>\n<p>Les forces progressistes au Liban doivent maintenant consolider les gains acquis, fermer leurs rangs et se pr\u00e9parer \u00e0 l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 d&#8217;une nouvelle attaque.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">*<\/h1>\n<h2>Les violentes manifestations du prol\u00e9tariat industriel en \u00c9gypte<\/h2>\n<p>La nature droiti\u00e8re du r\u00e9gime de Sadate se fait particuli\u00e8rement sentir dans le domaine de la politique \u00e9conomique, franchement attel\u00e9e aux int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie agraire et des classes moyennes urbaines. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une r\u00e9duction catastrophique du niveau de vie (qui n&#8217;en \u00e9tait pas un) du prol\u00e9tariat et des masses populaires en g\u00e9n\u00e9ral. L&#8217;excuse classique des \u00ab sacrifices n\u00e9cessaires pour la lib\u00e9ration des territoires \u00e9gyptiens occup\u00e9s \u00bb est utilis\u00e9e \u00e0 sati\u00e9t\u00e9. Les incidents suivants indiquent bien l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit populaire envers le r\u00e9gime :<\/p>\n<p>a) Depuis 1956 l&#8217;\u00c9gypte f\u00eate le 22 d\u00e9cembre comme Jour de la Victoire, surtout \u00e0 Port-Said, en comm\u00e9moration de la guerre de Suez en 1956. Sadate a essay\u00e9 syst\u00e9matiquement de diminuer la signification de cette victoire contre l&#8217;agression franco-britannique. Il a envoy\u00e9 sa femme le repr\u00e9senter aux c\u00e9r\u00e9monies d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment n\u00e9glig\u00e9es en d\u00e9cembre dernier \u00e0 Port-Said, alors que Nasser y assistait toujours en personne. De v\u00e9ritables \u00e9meutes et manifestations ont accueilli ce geste. La foule de Port-Said a cri\u00e9 des slogans franchement anti-sadatiens, demandant la continuation de la lutte arm\u00e9e contre l&#8217;occupation isra\u00e9lienne et contre l&#8217;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>b) La mort du field-marshal Ahmad Ismail (ex-ministre de la D\u00e9fense et ex-commandant des forces arm\u00e9es), survenue en m\u00eame temps, et ses fun\u00e9railles ont \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion de nouvelles \u00e9meutes contre le gouvernement et d&#8217;un affrontement entre les manifestants et l&#8217;arm\u00e9e, qui utilisa des bombes lacrymog\u00e8nes pour ramener l&#8217;ordre. Des explosions populaires ont eu lieu \u00e0 Alexandrie aussi. Les slogans ont \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s contre la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure du r\u00e9gime, en particulier vis-\u00e0-vis d&#8217;Isra\u00ebl et des \u00c9tats-Unis. Il faut se rappeler qu&#8217;Ahmad Ismail symbolisait dans l&#8217;esprit populaire les pr\u00e9paratifs de la guerre d&#8217;Octobre et la destruction de la ligne Bar-Lev.<\/p>\n<p>c) Lorsqu&#8217;est mort le chanteur populaire \u00e9gyptien tr\u00e8s connu Farid El Atrash, la police secr\u00e8te devait litt\u00e9ralement enlever le cercueil et arranger un enterrement rapide, car les fun\u00e9railles risquaient de tourner en une autre manifestation populaire contre le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>d) Quand la plus grande vedette de la chanson arabe Oum Khalsoum agonisait, le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur diffusa un communiqu\u00e9 annon\u00e7ant sa mort. Personne ne fut surpris d&#8217;apprendre ensuite qu&#8217;Oum Khalsoum \u00e9tait toujours vivante. Un nouveau communiqu\u00e9 officiel revint sur la nouvelle ant\u00e9rieure et une enqu\u00eate fut d\u00e9cid\u00e9e. Tous ces mouvements bizarres ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9s comme tactiques confusionnistes pour emp\u00eacher que la soudaine nouvelle de la mort de cette personnalit\u00e9 populaire et imposante ne f\u00fbt le pr\u00e9texte pour des \u00e9meutes et d\u00e9monstrations contre le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Dans tous ces incidents mineurs mais significatifs, l&#8217;appel \u00e0 la guerre retentit, et le nombre des personnes d\u00e9tenues, arr\u00eat\u00e9es et bless\u00e9es \u00e9tait relativement \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande explosion prol\u00e9tarienne a eu lieu au d\u00e9but de 1975. Son centre principal \u00e9tait Helouan, la banlieue ouvri\u00e8re du Caire, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment les quatre plus grandes entreprises industrielles : le complexe de fer et d&#8217;acier ; l&#8217;usine d&#8217;automobiles Nasr ; l&#8217;installation de cok\u00e9faction et les diverses entreprises de l&#8217;industrie militaire.<\/p>\n<p>Une activit\u00e9 pr\u00e9paratoire intense (souvent de nature spontan\u00e9e) semble avoir pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&#8217;irruption. Les ouvriers et les comit\u00e9s de travailleurs avaient \u00e9t\u00e9 en contact pendant un bon moment en vue de formuler leurs demandes et d&#8217;utiliser autant que se peut l&#8217;approche l\u00e9gale. Un comit\u00e9 de 200 ouvriers fut mis sur pied pour pr\u00e9senter au conseil des ministres un m\u00e9morandum avec les revende cations des travailleurs. La constitution d&#8217;un comit\u00e9 aussi large \u00e9tait une tactique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e pour rendre plus difficile son arrestation, ou pour la rendre plus publique le cas \u00e9ch\u00e9ant. Pendant la p\u00e9riode pr\u00e9paratoire il y eut des amples discussions entre les ouvriers et leurs comit\u00e9s. Le th\u00e8me central \u00e9tait la demande pour \u00ab un blocage des prix et une augmentation des salaires \u00bb. L\u00e0-dessus un autre coup fut dirig\u00e9 contre les travailleurs : la d\u00e9cision gouvernementale d&#8217;arr\u00eater le versement d&#8217;une prime sp\u00e9ciale aux travailleurs des industries militaires, instaur\u00e9e depuis octobre 1973 pour encourager la production.<\/p>\n<p>Les comit\u00e9s de travailleurs s&#8217;y oppos\u00e8rent violemment, \u00e9tant donn\u00e9 la forte inflation en \u00c9gypte. Les dirigeants ouvriers soulev\u00e8rent la question devant le ministre des Industries militaires et devant le pr\u00e9sident de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale, mais en vain.<\/p>\n<p>A la veille de la gr\u00e8ve la f\u00e9d\u00e9ration des syndicats des travailleurs appela \u00e0 une r\u00e9union des diverses sections syndicales pour discuter de leurs revendications. Lorsque quelques dirigeants jaunes des syndicats tent\u00e8rent de \u00ab justifier \u00bb la politique gouvernementale en accusant \u00ab la tendance mondiale des prix \u00bb comme source de l&#8217;inflation, les ouvriers r\u00e9pliqu\u00e8rent en produisant une liste de l\u00e9gumes populaires et aliments simples produits localement ; avec ironie ils demand\u00e8rent une explication sur le lien entre le march\u00e9 mondial et ces produits locaux. Les dirigeants jaunes exhort\u00e8rent l&#8217;assembl\u00e9e \u00e0 faire valoir leurs revendications par les \u00ab voies appropri\u00e9es et l\u00e9gitimes \u00bb, mais l&#8217;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale insista que la seule voie possible pour la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait la gr\u00e8ve et l&#8217;occupation des usines et ateliers, et critiqua s\u00e9v\u00e8rement le chef de la f\u00e9d\u00e9ration (qui \u00e9tait aussi le ministre du Travail). D&#8217;autres facteurs ont contribu\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre le sentiment de privation et d&#8217;oppression parmi les travailleurs : par exemple, le d\u00e9ploiement des biens de luxe dans certains quartiers et magasins du Caire, ou la publicit\u00e9 tapageuse dans les journaux \u00e0 la veille de No\u00ebl ou du Jour de l&#8217;An pour des r\u00e9veillons co\u00fbtant quelque chose comme 50 livres \u00e9gyptiennes par personne, alors que le salaire mensuel moyen de l&#8217;ouvrier ne d\u00e9passe pas 20 \u00e0 30 livres (1 L.E. = 10 FF) ; la publication du nouveau budget sans aucune provision pour augmentation de salaires ; la fixation officielle du prix d&#8217;une paire de chaussures \u00e0 6 livres (ce point marqua les ouvriers et fut chaudement comment\u00e9).<\/p>\n<p>Les ouvriers des industries militaires d\u00e9cid\u00e8rent d&#8217;organiser une marche sur l&#8217;Assembl\u00e9e nationale pendant le Jour de l&#8217;An. Comme on pouvait s&#8217;y attendre ils \u00e9taient accueillis par des unit\u00e9s de la police sp\u00e9cialement entra\u00een\u00e9es et arm\u00e9es. L&#8217;in\u00e9vitable affrontement sanglant d\u00e9clencha d&#8217;autres mouvements violents parmi les travailleurs et des actes de solidarit\u00e9 parmi les \u00e9tudiants. L&#8217;affrontement principal eut lieu sur la place de la Lib\u00e9ration au c\u0153ur du Caire, s&#8217;\u00e9tendant de l\u00e0 \u00e0 d&#8217;autres parties de la ville, y compris \u2014 bien entendu \u2014 Helouan, et se prolongeant pendant plus d&#8217;une semaine.<\/p>\n<p>A noter particuli\u00e8rement :<\/p>\n<p>a) L&#8217;hostilit\u00e9 croissante des slogans contre Sadate. L&#8217;un a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu sur toutes les l\u00e8vres ; en traduction libre il signifie : \u00ab H\u00e9ros du Canal, o\u00f9 est notre petit d\u00e9jeuner ? \u00bb (il rime en arabe). Autres slogans r\u00e9pandus : \u00ab R\u00e9veille-toi Sadate, la viande co\u00fbte une livre et demie le kilo et une paire de chaussures six livres \u00bb ; \u00ab La production est \u00e0 100 % et les salaires \u00e0 10 % \u00bb.<\/p>\n<p>b) Les cris demandant le renversement de Hedjazi, le Premier ministre, sur le ton de \u00ab Hedjazi ton gouvernement est comme celui des nazis \u00bb.<\/p>\n<p>c) La col\u00e8re des ouvriers visait les grands journaux actuellement dirig\u00e9s par des journalistes compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9s et bien connus pour leur attachement \u00e0 l&#8217;ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<p>d) Les manifestants ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dirig\u00e9 leurs actions \u00ab destructives \u00bb contre les symboles du luxe et de l&#8217;opulence (quartiers r\u00e9sidentiels, magasins et voitures de luxe).<\/p>\n<p>e) Pendant les journ\u00e9es d&#8217;\u00e9meute, des groupes d&#8217;\u00e9tudiants et de travailleurs se sont r\u00e9pandus dans la ville pour expliquer leurs revendications et discuter avec la population. Les \u00e9tudiants, surtout des universit\u00e9s du Caire et de Ain Shams, soutenaient les travailleurs, attaquaient les m\u00eames journaux et leurs \u00e9diteurs et demandaient la lib\u00e9ration des personnes arr\u00eat\u00e9es pendant les manifestations.<\/p>\n<p>Les arrestations ont \u00e9t\u00e9 nombreuses : outre celles d&#8217;ouvriers, celles d&#8217;\u00e9tudiants et de leurs dirigeants, de journalistes r\u00e9put\u00e9s, d&#8217;\u00e9crivains, d&#8217;artistes, d&#8217;avocats, etc., tous connus pour leurs opinions et leurs activit\u00e9s progressistes. Incident significatif qui a attir\u00e9 l&#8217;attention, l&#8217;arrestation d&#8217;un c\u00e9l\u00e8bre avocat juif (Shahati Haroun), personnalit\u00e9 bien connue dans l&#8217;histoire du communisme \u00e9gyptien. Son nom a \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9 \u00e0 dessein pour faire ressortir son ascendance juive, afin d&#8217;accr\u00e9diter la version officielle selon laquelle l&#8217;\u00e9meute n&#8217;\u00e9tait que le travail d&#8217;une \u00ab poign\u00e9e de trublions \u00bb ayant des attaches \u00ab \u00e9trang\u00e8res \u00bb douteuses.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que le r\u00e9gime a abandonn\u00e9 tr\u00e8s rapidement cette explication caricaturale du r\u00f4le d&#8217;\u00ab agents \u00e9trangers \u00bb pour une version qui exag\u00e9rait la menace, pr\u00e9sentant le mouvement d\u00e9clench\u00e9 par les ouvriers comme une v\u00e9ritable \u00ab conspiration pour renverser le r\u00e9gime \u00bb maniganc\u00e9e par les organisations tr\u00e8s actives des nass\u00e9riens, des communistes et des groupes de gauche. Selon le r\u00e9dacteur en chef d&#8217;<em>Akhbar El-Yom<\/em>, \u00ab il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;un simple acte de sabotage, mais ce fut une tentative de coup d&#8217;\u00c9tat de la part d&#8217;une minorit\u00e9 pour arracher le pouvoir \u00e0 la majorit\u00e9 au moyen d&#8217;un coup sanglant \u00bb. Les moyens d&#8217;information officiels passaient compl\u00e8tement sous silence les aspects socio-\u00e9conomiques du mouvement d\u00e9clench\u00e9 par les ouvriers.<\/p>\n<p>La presse et la radio n&#8217;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 accuser le prol\u00e9tariat industriel \u00e9gyptien de vouloir \u00ab d\u00e9truire et les glorieuses victoires de la guerre d&#8217;Octobre et les grands pas r\u00e9alis\u00e9s dans le domaine de la construction nationale \u00bb. Le ministre de l&#8217;Information a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 tout bout de champ le refrain utilis\u00e9 partout \u00ab qu&#8217;il est impossible d&#8217;augmenter les salaires \u00e0 cause des risques inflationnistes alors que la situation des prix internationaux freine largement la capacit\u00e9 de l&#8217;\u00c9gypte de r\u00e9duire les prix \u00bb.<\/p>\n<p>A la fin de janvier 1975 on estimait le nombre des d\u00e9tenus, \u00e0 la suite des manifestations ouvri\u00e8res, \u00e0 environ 500 personnes. Selon les proc\u00e8s et d\u00e9bats oui ont suivi, les autorit\u00e9s auraient identifi\u00e9 au moins cinq organisations \u00ab r\u00e9volutionnaires \u00bb : 1) Le \u00ab nouveau parti communiste \u00bb, avec cent vingt personnes arr\u00eat\u00e9es pour appartenance \u00e0 ce parti. Parmi elles un certain nombre d&#8217;avocats bien connus, des dirigeants ouvriers avec un pass\u00e9 communiste, des \u00e9tudiants, des cadres et des anciens nass\u00e9ristes de gauche. 2) Le nouveau \u00ab parti de la gauche \u00bb, comptant une trentaine de d\u00e9tenus, pour la plupart des \u00e9crivains, mais aussi quelques ouvriers et \u00e9tudiants collaborant \u00e0 la revue Demain. 3) Le \u00ab courant r\u00e9volutionnaire \u00bb, avec environ quarante personnes arr\u00eat\u00e9es pour appartenance \u00e0 ce groupe, parmi eux des ouvriers, des \u00e9tudiants et des membres de l&#8217;intelligentsia. 4) Les \u00ab \u00e9tudiants \u00bb en tant que tels, militants et dirigeants, dont le nombre est estim\u00e9 \u00e0 deux cent vingt-cinq. 5) Les \u00ab ouvriers syndiqu\u00e9s \u00bb, environ quatre-vingt-dix, accus\u00e9s de cr\u00e9er des troubles, d&#8217;incitation \u00e0 la gr\u00e8ve, \u00e0 la manifestation, etc.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime a eu \u00e0 peine le temps de se f\u00e9liciter d&#8217;avoir restaur\u00e9 \u00ab la loi et l&#8217;ordre \u00bb que le prol\u00e9tariat industriel entrait de nouveau en action \u00e0 la mi-mars, cette fois dans un autre grand centre ouvrier : Al-Mahall\u00e9 Al-Kubra. Ce v\u00e9ritable soul\u00e8vement \u00e9branla l&#8217;\u00c9gypte tout enti\u00e8re, surtout apr\u00e8s l&#8217;intervention de l&#8217;arm\u00e9e qui fit cinquante victimes parmi les ouvriers et proc\u00e9da \u00e0 deux mille arrestations, au moins. Des gr\u00e8ves, des grands affrontements avec les forces de s\u00e9curit\u00e9 et l&#8217;occupation des usines se sont rapidement succ\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n<p>Le mouvement a d\u00e9but\u00e9 parmi les ouvriers des industries du textile apr\u00e8s le travail pr\u00e9paratoire habituel de discussions et de r\u00e9unions contre la baisse continue d&#8217;un pouvoir d&#8217;achat d\u00e9j\u00e0 terriblement bas. Les revendications \u00e9taient simples et minimales : augmentation des salaires, repas gratuits, am\u00e9lioration des conditions de travail et minimum de protection contre les risques pour la sant\u00e9, propres \u00e0 l&#8217;industrie du textile. La gravit\u00e9 de la situation est illustr\u00e9e, contrairement \u00e0 toute la tradition des luttes ouvri\u00e8res, par la revendication d&#8217;un rallongement de la journ\u00e9e de travail, de sept \u00e0 huit heures, pour disposer d&#8217;un suppl\u00e9ment de salaire. En outre, pr\u00e8s de 5 000 ouvriers venaient de joindre leur poste apr\u00e8s une absence prolong\u00e9e au service militaire, la plupart dans la fameuse 3e Arm\u00e9e encercl\u00e9e dans le Sina\u00ef \u00e0 la fin de la guerre. Ils avaient leurs griefs propres en plus du reste des ouvriers. Enfin, l&#8217;exemple de la lutte men\u00e9e au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e par les ouvriers de Helouan fut une source d&#8217;inspiration pour ceux d&#8217;Al-Mahall\u00e9 Al-Koubra.<\/p>\n<p>Comme les autorit\u00e9s ne donnaient aucun signe de vouloir m\u00eame \u00e9couter les revendications ouvri\u00e8res, ils constitu\u00e8rent une direction semi-clandestine \u00e0 leur mouvement de protestation. La premi\u00e8re \u00e9quipe des travailleurs occupa les installations de l&#8217;immense complexe industriel du textile, et ils furent rejoints par ceux des \u00e9quipes suivantes, en tout 40 000 ouvriers. Voici les traits caract\u00e9ristiques de l&#8217;occupation :<\/p>\n<p>a) Des comit\u00e9s furent cr\u00e9\u00e9s pour assurer la production et la protection des installations contre toute tentative de sabotage par des agents provocateurs. Ainsi le r\u00e9gime ne pouvait pas accuser les travailleurs de freiner la production \u00ab quand toutes les forces du pays doivent \u00eatre mobilis\u00e9es contre la menace isra\u00e9lienne \u00bb.<\/p>\n<p>b) Les travailleurs accept\u00e8rent la venue de commis du gouvernement pour discuter des revendications ouvri\u00e8res et de l&#8217;occupation, mais refus\u00e8rent de laisser les \u00ab invit\u00e9s \u00bb quitter l&#8217;usine occup\u00e9e. Toutefois, ces discussions ne menaient nulle part et les travailleurs insist\u00e8rent \u00e0 la fin que Sadate lui-m\u00eame et son ministre de l&#8217;Industrie viennent discuter avec eux.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit du haut degr\u00e9 de contr\u00f4le de la part des ouvriers, l&#8217;arm\u00e9e entra en action, encercla Al-Mahall\u00e9 AlKoubra, pendant que les brigades anti-\u00e9meutes de la police attaquaient pour liquider l&#8217;occupation. En m\u00eame temps des avions militaires tournaient au-dessus de la ville en franchissant le mur du son. Les booms sonores d\u00e9clench\u00e9s furent interpr\u00e9t\u00e9s au d\u00e9but comme un bombardement a\u00e9rien des concentrations ouvri\u00e8res, \u00e0 la suite de quoi la foule envahit les rues et entrait en affrontement sanglant avec les forces de s\u00e9curit\u00e9. Les ouvriers des autres \u00e9tablissements industriels de la ville et leurs familles se joignaient en manifestation de soutien avec des slogans contre la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de Sadate. Les quartiers r\u00e9sidentiels o\u00f9 habitaient les administrateurs et les importants bureaucrates du complexe industriel furent envahis. Toutefois, on ne signalait pas d&#8217;actes de destruction sauvage ou de pillage. Les ouvri\u00e8res ramass\u00e8rent des \u00e9chantillons de biens de luxe et de comestibles de choix et les expos\u00e8rent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des biens et aliments des ouvriers. Manifestations et affrontements se prolong\u00e8rent pendant plusieurs jours ; un couvre-feu fut d\u00e9clar\u00e9, la ville coup\u00e9e du reste du monde et m\u00eame les communications t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e9taient arr\u00eat\u00e9es.<\/p>\n<p>Notons qu&#8217;Al-Mahall\u00e9 Al-Koubra est traditionnellement une des villes industrielles les plus calmes de l&#8217;Eevpte. La derni\u00e8re grande agitation ouvri\u00e8re a eu lieu en 1947, sous la direction du parti communiste et elle avait \u00e9t\u00e9 brutalement r\u00e9prim\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e de Farouk. Depuis lors AlMahall\u00e9 Al-Koubra ne s&#8217;\u00e9tait pas signal\u00e9 par son militantisme ouvrier, \u00e0 la diff\u00e9rence de Helouan et de Shubra Al-Khaim\u00e9. C&#8217;\u00e9tait la fiert\u00e9 des forces de s\u00e9curit\u00e9 que d&#8217;y avoir \u00e9limin\u00e9 toute influence de gauche. C&#8217;est pourquoi on n&#8217;\u00e9tait gu\u00e8re surpris d&#8217;apprendre le renvoi de l&#8217;un des principaux responsables de la s\u00e9curit\u00e9 et des renseignements, accus\u00e9 d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 si mal inform\u00e9 de ce qui se passait r\u00e9ellement parmi les ouvriers d&#8217;Al-Mahall\u00e9 Al-Koubra. Dans une conversation priv\u00e9e avec Haikal, selon une source digne de foi, Sadate aurait mis la faute du soul\u00e8vement sur le dos \u00ab des Russes, des Palestiniens et des communistes \u00bb. A dire vrai, les ouvriers avaient cri\u00e9 des slogans de soutien \u00e0 la lutte arm\u00e9e palestinienne.<\/p>\n<p>Sadate r\u00e9agit ensuite en renvoyant son Premier ministre de tendance trop technocratique en faveur du ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur et, ipso facto, chef des forces de s\u00e9curit\u00e9, Mamdouh Salem. L&#8217;atout essentiel du nouveau Premier ministre est d&#8217;\u00eatre l&#8217;homme de \u00ab la loi et l&#8217;ordre \u00bb <em>par excellence<\/em>, sans exp\u00e9rience particuli\u00e8re ou don \u00e9prouv\u00e9 pour affronter les questions les plus complexes de la vie \u00e9conomique, politique, sociale ou diplomatique. En d&#8217;autres mots, la classe au pouvoir en \u00c9gypte a choisi la voie de la confrontation avec la classe ouvri\u00e8re et avec les masses populaires en g\u00e9n\u00e9ral, en \u00e9levant un homme comme Salem au rang de Premier ministre.<\/p>\n<p>Le choix d&#8217;un certain nombre d&#8217;autres ministres va dans le m\u00eame sens. Le ministre des Finances, Ahmad Abu Ismail, est bien connu pour sa d\u00e9fense ardente, devant l&#8217;Assembl\u00e9e nationale, du secteur priv\u00e9 de l&#8217;\u00e9conomie. Le ministre de la Construction et du Plan, Othman Ahmad Othman, est propri\u00e9taire et directeur de l&#8217;une des grandes soci\u00e9t\u00e9s de construction du monde arabe. On lui doit la fermeture d&#8217;un grand nombre d&#8217;entreprises du secteur public et la d\u00e9claration suivante devant l&#8217;Assembl\u00e9e nationale : \u00ab A moins de nous tenir \u00e0 la libert\u00e9 totale de l&#8217;individu dans le cadre de la comp\u00e9tition, nous n&#8217;allons jamais faire des progr\u00e8s. \u00bb Par ailleurs, la ligne officielle reste inchang\u00e9e depuis qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e pour la premi\u00e8re fois devant l&#8217;Assembl\u00e9e nationale : \u00ab Les augmentations de salaires entra\u00eenent n\u00e9cessairement une consommation accrue de la part de la classe ouvri\u00e8re, qui \u00e0 son tour pousse vers la hausse des prix. De surcro\u00eet, une telle augmentation de la consommation entra\u00eene une baisse du taux d&#8217;augmentation de l&#8217;\u00e9pargne nationale. \u00bb<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne de Mamdouh Salem \u2014 le policier num\u00e9ro un du r\u00e9gime \u2014 cette ligne sera poursuivie avec plus d&#8217;agressivit\u00e9, de brutalit\u00e9 et d&#8217;affrontements sanglants que jamais auparavant. Mais il est \u00e9galement vrai que le prol\u00e9tariat industriel de l&#8217;\u00c9gypte ne se laissera plus faire.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">*<\/h1>\n<h2>Sur le front du p\u00e9trole<\/h2>\n<p>Pourquoi est-ce que les plus hauts dignitaires U.S. (Ford, Kissinger, Schlesinger, Simon, Sisco, etc.) continuent-ils \u00e0 brandir la menace d&#8217;une intervention militaire contre les pays producteurs de p\u00e9trole ? Aucun int\u00e9r\u00eat nord-am\u00e9ricain n&#8217;a \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement menac\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite arabe de 1967, au contraire m\u00eame. Le but strat\u00e9gique de chasser les Russes de l&#8217;\u00c9gypte et du Moyen-Orient en g\u00e9n\u00e9ral s&#8217;est rapproch\u00e9, malgr\u00e9 la relative victoire arabe de 1973. A part la rh\u00e9torique \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb grandiloquente de Khaddafi, aucun pays arabe important ne poursuit une v\u00e9ritable politique anti-imp\u00e9rialiste et encore moins r\u00e9volutionnaire; les r\u00e9gimes arabes les plus r\u00e9actionnaires sont ceux qui ont le plus grand poids dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong>Politique U.S. : affrontement global avec les producteurs des mati\u00e8res premi\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 notre question doit \u00eatre cherch\u00e9e dans la nature de la politique \u00e9nerg\u00e9tique (et en premier lieu p\u00e9troli\u00e8re) du gouvernement U.S. Celui-ci, en optant pour un affrontement avec les producteurs du p\u00e9trole et des mati\u00e8res premi\u00e8res en g\u00e9n\u00e9ral, est si franchement imp\u00e9rialiste et visiblement U.S.-centriste que m\u00eame les pays r\u00e9actionnaires comme l&#8217;Arabie Saoudite et l&#8217;Iran ont des difficult\u00e9s \u00e0 s&#8217;y plier.<\/p>\n<p>Le but poursuivi a deux aspects compl\u00e9mentaires : r\u00e9duire le prix pay\u00e9 aux pays producteurs de l&#8217;O.P.E.P. ; maintenir les prix assez \u00e9lev\u00e9s dans les pays industriels consommateurs pour encourager les investissements dans les sources alternatives d&#8217;\u00e9nergie. Le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de cette ligne sont les \u00c9tats-Unis, car les autres pays industriels n&#8217;ont gu\u00e8re de ressources alternatives qui puissent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es sans importations massives. A la conf\u00e9rence de l&#8217;Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie, tenue au d\u00e9but de f\u00e9vrier 1975, Kissinger sugg\u00e9ra que \u00ab les grands pays importateurs de p\u00e9trole se mettent d&#8217;accord pour emp\u00eacher la vente du p\u00e9trole import\u00e9 sur le march\u00e9 local \u00e0 des prix qui rendent ces sources [d&#8217;\u00e9nergie nucl\u00e9aire et fossile conventionnelle] non comp\u00e9titives \u00bb. Pour cela il propose soit un \u00ab prix planch\u00e9 commun \u00bb pour le p\u00e9trole, soit l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un tarif ext\u00e9rieur commun \u00e0 ces importations.<\/p>\n<p>Dans ce fameux discours, Kissinger indiquait clairement le but poursuivi :<\/p>\n<p>\u2014 insister sur une coordination \u00e9troite entre les pays consommateurs afin de pouvoir affronter avec succ\u00e8s les pays producteurs ;<\/p>\n<p>\u2014 refuser l&#8217;octroi de garanties ad\u00e9quates aux producteurs leur permettant de pr\u00e9server la valeur des surplus financiers dont ils disposent actuellement ;<\/p>\n<p>\u2014 insister sur la combinaison d&#8217;\u00ab un prix de protection ad\u00e9quat \u00bb pour les sources alternatives d&#8217;\u00e9nergie avec des \u00ab prix substantiellement plus bas \u00bb que les pays producteurs doivent accepter ;<\/p>\n<p>\u2014 faire pression sur les agences internationales pour les amener \u00e0 arr\u00eater l&#8217;octroi de pr\u00eats aux pays de l&#8217;O.P.E.P., combin\u00e9 avec une politique nettement discriminatoire de la part des \u00c9tats-Unis contre les pays producteurs, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans la l\u00e9gislation du commerce r\u00e9cemment adopt\u00e9e.<\/p>\n<p>Les personnalit\u00e9s du monde p\u00e9trolier ont d\u00fb r\u00e9agir. Yamani, le ministre du p\u00e9trole de l&#8217;Arabie Saoudite, devait dire \u00e0 Kissinger pendant sa visite \u00e0 Riad en f\u00e9vrier 1975, que, si les \u00c9tats-Unis imposent effectivement une taxe de 3 dollars sur chaque baril <em>import\u00e9<\/em>, l&#8217;Arabie Saoudite r\u00e9pliquera par une taxe comparable sur chaque baril <em>export\u00e9<\/em> vers un pays qui applique ladite taxe propos\u00e9e par les \u00c9tats-Unis. D&#8217;autres personnalit\u00e9s de l&#8217;O.P.E.P. font remarquer que ce n&#8217;est pas l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un prix plancher qui est en cause, mais le fait que le plan est construit dans le but unique de faire baisser le prix pay\u00e9 aux producteurs. En effet, pour favoriser r\u00e9ellement le d\u00e9veloppement de sources alternatives, le prix actuel du p\u00e9trole ne devrait \u00eatre baiss\u00e9 en aucun cas.<\/p>\n<p>En d&#8217;autres termes, <em>m\u00eame les r\u00e9gimes arabes les plus timides ne peuvent pas accepter un syst\u00e8me o\u00f9 les prix de l&#8217;O.P.E.P. seront maintenus bas pendant que les sources alternatives d&#8217;\u00e9nergie seront d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 l&#8217;abri de barri\u00e8res douani\u00e8res de protection<\/em>.<\/p>\n<p>Deux questions se posent maintenant : Qu&#8217;en est-il des menaces nord-am\u00e9ricaines d&#8217;occuper militairement les champs p\u00e9trolif\u00e8res ? Qu&#8217;en est-il de l&#8217;id\u00e9e de d\u00e9velopper des sources alternatives d&#8217;\u00e9nergie tant que domine la recherche du profit maximum ?<\/p>\n<p><strong>Peut-on envahir les champs p\u00e9trolif\u00e8res ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut savoir que 24 ou au plus 48 heures suffisent pour pr\u00e9parer un puits de p\u00e9trole \u00e0 un degr\u00e9 de d\u00e9molition tel qu&#8217;il ne puisse \u00eatre remis en activit\u00e9 avant un an, et cela en utilisant seulement des explosifs courants. Un simple entra\u00eenement du personnel n\u00e9cessaire \u00e0 remplir cette t\u00e2che, avec reconnaissance des lieux sans emplacement effectif des charges explosives \u2014 un exercice auquel les r\u00e9gimes arabes les plus nerveux pr\u00e9tendent se livrer actuellement \u2014 pourrait r\u00e9duire le d\u00e9lai \u00e0 six heures et m\u00eame moins. Si on estime que les \u00c9tats-Unis n&#8217;ont pas l&#8217;intention de se livrer \u00e0 une attaque-surprise sans une r\u00e9elle provocation, on ne voit pas comment ils feront pour amener leurs troupes sur les lieux dans les d\u00e9lais n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Dans le cas du Golfe, la majorit\u00e9 des champs p\u00e9trolif\u00e8res est proche des c\u00f4tes ou off-shore, mais les \u00c9tats-Unis n&#8217;ont pas dans la r\u00e9gion de forces navales assez importantes, ne peuvent pas &nbsp;les y amener &nbsp;sans &nbsp;attirer l&#8217;attention \u2014 et susciter des mesures de pr\u00e9caution \u2013 et ne peuvent pas songer \u00e0 une attaque purement a\u00e9roport\u00e9e faute d&#8217;une base a\u00e9rienne suffisamment rapproch\u00e9e. Dans le cas de la Libye et de l&#8217;Alg\u00e9rie, la force navale existe sous la forme de la VIe flotte U.S., mais les puits sont trop en retrait de la c\u00f4te pour qu&#8217;ils ne puissent pas \u00eatre d\u00e9molis \u00e0 temps. En outre, les \u00c9tats-Unis auront tout le mal du monde \u00e0 d\u00e9truire simultan\u00e9ment tous les gisements du Moyen-Orient et de l&#8217;Afrique du Nord. Or, une op\u00e9ration isol\u00e9e dans une r\u00e9gion risque fortement d&#8217;\u00eatre contr\u00e9e par un embargo concert\u00e9 partout ailleurs.<\/p>\n<p>Ainsi, une r\u00e9plique militaire \u00e0 un embargo p\u00e9trolier limit\u00e9 pourrait r\u00e9sulter en un arr\u00eat prolong\u00e9 de la production.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les prix rentables pour les sources alternatives ?<\/strong><\/p>\n<p>Selon des \u00e9valuations \u00e9tablies s\u00e9rieusement, sur la base des prix de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1974, les prix suivants doivent \u00eatre maintenus aux points de production pour que les investissements en ressources \u00e9nerg\u00e9tiques alternatives deviennent rentables du point de vue capitaliste : sables de goudron (athasasca) : 12 dollars le baril ; schistes bitumineux : 10 dollars le baril ; \u00e9nergie nucl\u00e9aire : 4-5 dollars le baril ; p\u00e9trole de la mer du Nord : 4-5 dollars le baril. Ces prix minima ne comprennent pas redevances et taxes, et supposent un rendement des investissements de l&#8217;ordre de 15 \u00e0 20 %. Il faut aussi prendre en consid\u00e9ration que le co\u00fbt des projets monte rapidement depuis l&#8217;\u00e9t\u00e9 1974, tandis que le prix du p\u00e9trole baisse constamment depuis cette date, en termes r\u00e9els.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9plique de l&#8217;O.P.E.P. : diminution planifi\u00e9e de la production<\/strong><\/p>\n<p>La conf\u00e9rence au sommet des pays producteurs de p\u00e9trole, tenue \u00e0 Alger (4-6 mars 1975), a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable mod\u00e8le de mod\u00e9ration, l&#8217;Arabie Saoudite donnant le ton.<\/p>\n<p>Parmi les questions les plus vivement d\u00e9battues, celle d&#8217;une r\u00e9duction planifi\u00e9e de la production p\u00e9troli\u00e8re afin de soutenir les prix face \u00e0 une baisse de la demande et pour absorber les surplus de production. L&#8217;Alg\u00e9rie, qui d\u00e9fendait cette position, la justifiait en pr\u00e9tendant que le surplus actuellement enregistr\u00e9 \u00e9tait \u00ab artificiel \u00bb, car largement cr\u00e9\u00e9 par une politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de restriction de la consommation dans le but de faire baisser les prix. Les pays producteurs doivent donc r\u00e9pliquer. Cette position \u00e9tait aussi celle de l&#8217;Irak et de la Libye, mais elle \u00e9tait \u00e9galement soutenue par les grands producteurs comme l&#8217;Iran, le Nigeria et le Venezuela. La th\u00e8se fut combattue par l&#8217;Arabie Saoudite qui faisait valoir que le surplus n&#8217;\u00e9tait nullement \u00ab artificiel \u00bb, mais la r\u00e9ponse naturelle du march\u00e9 aux prix plus \u00e9lev\u00e9s. Le prince Fahd Ibn Abd Al-Aziz, chef de la d\u00e9l\u00e9gation saoudienne, souligna longuement la \u00ab responsabilit\u00e9 internationale \u00bb de son pays dans l&#8217;approvisionnement mondial de p\u00e9trole.<\/p>\n<p>L&#8217;Arabie Saoudite a pu bloquer toute initiative pratique dans le sens souhait\u00e9 par la majorit\u00e9. La r\u00e9solution finale dit seulement : \u00ab [&#8230;] les pays de l&#8217;O.P.E.P. \u00e9tabliront une coop\u00e9ration et une coordination \u00e9troite entre eux afin de maintenir l&#8217;\u00e9quilibre entre la production de p\u00e9trole et les besoins du march\u00e9 mondial \u00bb. La force de l&#8217;Arabie Saoudite provient non seulement du fait qu&#8217;elle est le plus grand exportateur, avec les plus vastes r\u00e9serves de p\u00e9trole, mais aussi parce qu&#8217;elle dispose de ce qu&#8217;on peut appeler une \u00ab force de frappe \u00bb sur le march\u00e9 mondial : avec son grand volume de capacit\u00e9 de production additionnelle et ses besoins financiers relativement r\u00e9duits, par rapport \u00e0 la production, l&#8217;Arabie Saoudite peut augmenter ou diminuer la production de trois millions de barils par jour ou m\u00eame plus, sans que sa propre \u00e9conomie s&#8217;en ressente outre mesure.<\/p>\n<p><strong>Autre r\u00e9plique possible : indexation du prix du p\u00e9trole<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;Iran, soutenu vigoureusement par l&#8217;Alg\u00e9rie, a men\u00e9 la bataille pour une stabilisation imm\u00e9diate des prix p\u00e9troliers en valeur r\u00e9elle, par un syst\u00e8me d&#8217;indexation globale. Et de nouveau ce fut l&#8217;Arabie Saoudite qui a pu ramener la r\u00e9solution vers une formulation plus vague. A vrai dire, tout le monde est d&#8217;accord que l&#8217;indexation devrait \u00eatre introduite t\u00f4t ou tard, pour compenser l&#8217;inflation mondiale et les fluctuations mon\u00e9taires. La discussion tourne autour de la date et de l&#8217;\u00e9tendue de celle-ci. L&#8217;Arabie Saoudite essaie d&#8217;introduire a) une modeste r\u00e9duction du prix du p\u00e9trole brut dans l&#8217;imm\u00e9diat, et b) une r\u00e9duction suppl\u00e9mentaire du prix avant que ne prenne effet l&#8217;indexation. (Rappelons que le projet alg\u00e9rien soumis en d\u00e9cembre 1974 est toujours \u00e0 l&#8217;\u00e9tude : blocage des prix nominaux jusqu&#8217;\u00e0 la fin de 1975 \u2014 et effectivement d\u00e9cid\u00e9 pour la fin de septembre 1975 \u2014 indexation partielle en 1976-1977, indexation totale en 1978-1980.) Toutefois, m\u00eame l&#8217;Arabie Saoudite ne saurait accepter un prix planch\u00e9 inf\u00e9rieur \u00e0 10 dollars le baril.<\/p>\n<p><strong>Les affrontements futurs<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les autres questions discut\u00e9es, ce fut toujours le point de vue saoudien qui pr\u00e9valait. Ainsi, <em>pour l&#8217;emploi des surplus financiers<\/em> les pays \u00ab pauvres \u00bb \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;O.P.E.P. luttaient et luttent toujours pour la cr\u00e9ation d&#8217;un m\u00e9canisme central de l&#8217;O.P.E.P., \u00e0 la fois pour l&#8217;aide aux pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s et pour le recyclage des fonds libres dans les pays industrialis\u00e9s. L&#8217;Arabie Saoudite, soutenue sur ce point par l&#8217;Iran, le Kowe\u00eft et les \u00c9mirats Arabes Unis (les grands possesseurs de surplus financiers) ne voulaient pas en entendre parler, et la situation actuelle o\u00f9 chacun d\u00e9cide pour soi continue. Le probl\u00e8me de l&#8217;attitude commune concernant le recyclage, toutefois, sera mis \u00e0 l&#8217;\u00e9tude, mais entre les ministres des Finances des pays possesseurs de surplus, exclusivement.<\/p>\n<p>Il en \u00e9tait de m\u00eame sur l&#8217;attitude \u00e0 adopter au sujet de la <em>conf\u00e9rence mondiale entre producteurs et consommateurs<\/em> (le projet fran\u00e7ais). La faction dirig\u00e9e par l&#8217;Alg\u00e9rie insista sur un arrangement global \u2014 <em>package deal<\/em> \u2014 permettant la stabilisation des prix du p\u00e9trole et des mati\u00e8res premi\u00e8res, ou rien du tout. L&#8217;autre groupe, compos\u00e9 notamment de l&#8217;Iran, du Venezuela et de l&#8217;Arabie Saoudite, consid\u00e8re une telle attitude rigide comme non-r\u00e9aliste, et propose qu&#8217;il soit \u00e9tabli seulement un lien entre les deux, avec priorit\u00e9 pour le p\u00e9trole, et non pas une simultan\u00e9it\u00e9 des n\u00e9gociations et solutions. La division \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;O.P.E.P. encouragea les \u00c9tats-Unis \u00e0 adopter une ligne dure lors de la r\u00e9union pr\u00e9paratoire \u00e0 Paris. Plus mod\u00e9r\u00e9e \u00e9tait la position officielle de l&#8217;O.P.E.P., et plus dure devenait celle des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chec de la r\u00e9union pr\u00e9paratoire et les discours combatifs de Kissinger devant l&#8217;Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie et l&#8217;O.CD.E. (27 et 28 mai 1975) provoqu\u00e8rent une r\u00e9action d\u00e9sabus\u00e9e de la part de l&#8217;Alg\u00e9rie : \u00ab &#8230; les \u00c9tats-Unis continuent \u00e0 vouloir dominer non seulement les pays du tiers monde mais aussi les pays industrialis\u00e9s, et pr\u00e9parent une solution am\u00e9ricaine, ne prenant en consid\u00e9ration que leurs propres int\u00e9r\u00eats. \u00bb<\/p>\n<p>Tout cela n&#8217;a pas manqu\u00e9 d&#8217;influencer la <em>conf\u00e9rence de l&#8217;O.P.E.P. tenue au Gabon du 9 au 11 juin<\/em>. Deux d\u00e9cisions y furent prises : r\u00e9ajuster les prix du p\u00e9trole \u00e0 partir du 1 \u0364 \u036c octobre 1975 ; calculer les prix non plus en dollars mais en droits de tirage sp\u00e9ciaux ou D.T.S. (la valeur d&#8217;une unit\u00e9 de D.T.S. est calcul\u00e9e sur la base d&#8217;un \u00ab panier \u00bb de 16 devises. A l&#8217;origine une unit\u00e9 de D.T.S. valait un dollar ; par suite de Ta perte de valeur de ce dernier, une unit\u00e9 de D.T.S. valait environ 1,21 dollars au 30 juin 1974, et elle a progress\u00e9 d&#8217;environ 5 % depuis). Mais, et cela est un point capital en faveur des \u00c9tats-Unis, les <em>paiements effectifs<\/em> seront faits en dollars, livres sterlings et autres devises, comme par le pass\u00e9 et suivant les accords conclus.<\/p>\n<p>A dire vrai, il n&#8217;est pas s\u00fbr que les pays producteurs de p\u00e9trole profiteront de ce nouveau mode de calcul de l&#8217;unit\u00e9 mon\u00e9taire. Le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur de l&#8217;Iran, Jamshid Amouzegar, qui repr\u00e9sente d&#8217;habitude son pays aux r\u00e9unions de l&#8217;O.P.E.P., a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 que l&#8217;Iran s&#8217;y opposera. \u00ab Si le dollar U.S. am\u00e9liore sa position, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 le 19 juin de cette ann\u00e9e, comme c&#8217;est le cas actuellement, les producteurs perdront beaucoup en calculant les prix en D.T.S. \u00bb Ce qui int\u00e9resse l&#8217;Iran, selon J. Amouzegar, c&#8217;est que la r\u00e9union prochaine de l&#8217;O.P.E.P. d\u00e9cide d&#8217;indexer le prix du p\u00e9trole sur la base d&#8217;un \u00ab panier \u00bb de biens et de marchandises et de leur \u00e9volution de prix sur le march\u00e9 international, pour compenser les effets de l&#8217;inflation continue, tout en laissant le dollar comme unit\u00e9 de compte. Une telle position est certainement plus radicale du point de vue des pays producteurs de p\u00e9trole, et l&#8217;Iran y est accul\u00e9e par ses propres difficult\u00e9s financi\u00e8res. Le ministre iranien accusa aussi William Simon, secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor des \u00c9tats-Unis, qui a mis en garde les exportateurs de p\u00e9trole contre une \u00e9ventuelle augmentation des prix, \u00ab de vouloir mener une stupide guerre de nerfs contre nous \u00bb. M\u00eame le Shah est forc\u00e9 de s&#8217;opposer \u00e0 la politique U.S. et \u00e0 regretter la timidit\u00e9 excessive de l&#8217;O.P.E.P. Des \u00e2pres luttes sont en perspective.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">*<\/h1>\n<h2>Bataille navale dans la lutte des classes en Isra\u00ebl<\/h2>\n<p>Un conflit du travail dans le port de p\u00e9trole d&#8217;Ashkelon, terminus de l&#8217;Eilath-Ashkelon Pipeline Company (E.A.P.C.), s&#8217;est transform\u00e9, vers la fin de mai, en une v\u00e9ritable bataille navale. Les ouvriers, pour d\u00e9fendre leur emploi menac\u00e9, avaient occup\u00e9 les installations de l&#8217;E.A.P.C, y compris quatre vedettes appartenant \u00e0 la compagnie. Celle-ci r\u00e9ussit \u00e0 obtenir des mandats pour la comparution devant la cour de quatre dirigeants ouvriers. Ils se cach\u00e8rent, puis le 27 mai, ils prirent les vedettes de la compagnie et partirent en mer avec d&#8217;autres gr\u00e9vistes. La police tenta de les rejoindre, mais les bateaux des gr\u00e9vistes \u00e9taient plus rapides ; la police loua alors trois vedettes rapides qu&#8217;elle devait amener de Ha\u00effa dans le nord, vers Ashkelon, qui est au sud d&#8217;Isra\u00ebl. Deux de ces vedettes arriv\u00e8rent le 28 au matin. Les gr\u00e9vistes laiss\u00e8rent le premier bateau entrer dans le port, mais ils attaqu\u00e8rent et coinc\u00e8rent le deuxi\u00e8me jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il e\u00fbt \u00e9chou\u00e9 sur les rochers \u00e0 proximit\u00e9 du port. Quand le premier bateau voulut venir \u00e0 son secours, il fut \u00e0 son tour entour\u00e9 par les vedettes rapides et tr\u00e8s maniables des gr\u00e9vistes. Les gr\u00e9vistes, dont beaucoup font leur p\u00e9riode de r\u00e9serve dans les unit\u00e9s de commando navales, se jouaient de la police dans toutes ces escarmouches. Avec beaucoup de difficult\u00e9s, la police r\u00e9ussit \u00e0 attacher un c\u00e2ble au bateau \u00e9chou\u00e9, que les gr\u00e9vistes coupaient aussit\u00f4t. Plus tard, le commandant de la police se plaignit que durant la bataille les gr\u00e9vistes avaient cri\u00e9 : \u00ab Noyez-les ! Enfoncez-les ! Ramenez les policiers sur la terre en cercueils !&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est alors que la police commen\u00e7a \u00e0 tirer, mais les ouvriers ne furent pas impressionn\u00e9s ; ils avaient capt\u00e9 les communications de la police \u00e0 l&#8217;aide de leurs propres radios et ils savaient que les ordres \u00e9taient de ne tirer qu&#8217;en l&#8217;air. Entre-temps, le troisi\u00e8me bateau approche. Les gr\u00e9vistes laiss\u00e8rent alors les deux autres et lui donn\u00e8rent la chasse, l&#8217;enfon\u00e7ant et l&#8217;endommageant, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il trouve refuge dans le port voisin d&#8217;Ashdod. A midi, une tr\u00eave fut n\u00e9goci\u00e9e et les ouvriers accept\u00e8rent que le bateau \u00e9chou\u00e9 \u2014 qui se remplissait d&#8217;eau et commen\u00e7ait \u00e0 pencher \u2014 soit remorqu\u00e9.<\/p>\n<p>Les ouvriers avaient gagn\u00e9 la bataille navale, mais la gr\u00e8ve continua. La police, entre-temps, traduisait devant la justice soixante et un ouvriers gr\u00e9vistes, les chargeant de sept chefs d&#8217;accusation. Le proc\u00e8s s&#8217;ouvrit \u00e0 la fin du mois de juin, accompagn\u00e9 de mouvements de protestation et de solidarit\u00e9 de Ta part des ouvriers partout dans le pays.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve d&#8217;Ashkelon est l&#8217;un parmi d&#8217;autres conflits du travail importants qui ont \u00e9clat\u00e9 r\u00e9cemment en Isra\u00ebl. Deux autres exemples connus sont la lutte des dockers du port d&#8217;Ashdod et celle des marins, dans la marine marchande d&#8217;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>La plupart de ces luttes ont des traits en commun. Elles ont lieu surtout dans le secteur public, dans les secteurs vitaux (comme le transport international) qui sont directement int\u00e9gr\u00e9s au march\u00e9 capitaliste mondial et imm\u00e9diatement affect\u00e9s par la crise \u00e9conomique mondiale. Il faut noter que la cause de ces conflits n&#8217;est pas le plus souvent une demande d&#8217;augmentation des salaires \u2014 les ouvriers en question sont hautement qualifi\u00e9s et relativement bien pay\u00e9s \u2014 mais la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi. Par exemple, dans le port d&#8217;Ashdod le conflit tourne autour de la d\u00e9cision du gouvernement d&#8217;introduire des firmes priv\u00e9es de manutention de containers, qui emploient la main-d&#8217;\u0153uvre \u00e0 des conditions inf\u00e9rieures \u00e0 celles obtenues dans le secteur public, apr\u00e8s des ann\u00e9es de lutte. Les dockers s&#8217;opposent \u00e0 ces tentatives, y voyant une menace \u00e0 leurs conditions de travail et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>Nagu\u00e8re, les autorit\u00e9s c\u00e9daient le plus souvent aux exigences des ouvriers dans les secteurs vitaux. Pour des raisons de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb, ils pr\u00e9f\u00e9raient acheter la paix sociale en accordant aux ouvriers de ces secteurs des salaires plus \u00e9lev\u00e9s et un certain contr\u00f4le de leurs conditions de travail. Maintenant, avec la crise \u00e9conomique mondiale, qui est particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re dans la branche des transports ; avec la concurrence attendue par suite de l&#8217;ouverture du canal de Suez; et avec les difficult\u00e9s politico-\u00e9conomiques sp\u00e9cifiques d&#8217;Isra\u00ebl, apr\u00e8s la guerre de 1973 \u2014 le gouvernement se sent oblig\u00e9 de diminuer les co\u00fbts de fa\u00e7on dramatique.<\/p>\n<p>Comme lors de toutes les grandes gr\u00e8ves d&#8217;Isra\u00ebl, la Histadrouth ne soutient pas les ouvriers dans la vague pr\u00e9sente de conflits. Dans le cas d&#8217;Ashkelon, la Histadrouth a refus\u00e9 de reconna\u00eetre la gr\u00e8ve comme un conflit officiel ; mais elle s&#8217;est oppos\u00e9e par ailleurs \u00e0 la proposition gouvernementale de mettre sur pied une \u00e9quipe de briseurs de gr\u00e8ve. Le boss du d\u00e9partement syndical de la Histadrouth, Abrahamovicz, d\u00e9clara que, tant que les ouvriers rejettent l&#8217;autorit\u00e9 de la Histadrouth, la centrale syndicale ne pourra intervenir m\u00eame comme interm\u00e9diaire entre eux et la compagnie. Dans d&#8217;autres cas, la Histadrouth est ouvertement du c\u00f4t\u00e9 des employeurs.<\/p>\n<p>Les manipulateurs de l&#8217;opinion publique en Isra\u00ebl sont extr\u00eamement inquiets de la vague actuelle de luttes ouvri\u00e8res qu&#8217;ils d\u00e9crivent comme \u00ab l&#8217;effondrement du syst\u00e8me des relations du travail en Isra\u00ebl \u00bb. La presse bourgeoise a recours \u00e0 un langage particuli\u00e8rement hyst\u00e9rique, et d\u00e9nonce les militants ouvriers de la base comme des \u00ab criminels \u00bb contre lesquels elle demande l&#8217;application de la loi. L&#8217;attaque la plus virulente est dirig\u00e9e contre Yahoshoua Peretz, le dirigeant ouvrier du port d&#8217;Ashdod, d&#8217;origine marocaine. Le 10 juillet eut lieu une r\u00e9union interminist\u00e9rielle sous la pr\u00e9sidence de Yigal Allon, rempla\u00e7ant le premier ministre absent du pays en voyage officiel, et avec la participation des ministres du transport, de la justice, de la police et des finances. Il y fut d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab liquider \u00bb Y. Peretz, en le traduisant devant la justice pour un incident somme tout mineur. \u00ab Yehoshoua Peretz est calomni\u00e9 dans la presse, dans des \u00e9ditoriaux et sous la plume des dessinateurs, d&#8217;une mani\u00e8re qui rappelle aux lecteurs plus jeunes la guerre sans merci men\u00e9e contre les gr\u00e9vistes d&#8217;Ashkelon, et aux lecteurs plus \u00e2g\u00e9s le journal nazi <em>Der St\u00fcrmer<\/em> \u00bb (<em>Haolam Haze<\/em>, 16 juillet 1975).<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9forme fiscale en Isra\u00ebl<\/strong><\/p>\n<p>Le taux d&#8217;imposition fiscale en Isra\u00ebl est parmi le plus \u00e9lev\u00e9 du monde. C&#8217;est largement \u00e0 cause de cela \u2014 mais aussi \u00e0 cause de l&#8217;\u00e9trange \u00e9difice bureaucratique de la structure sociale isra\u00e9lienne \u2014 que des m\u00e9thodes sp\u00e9ciales d&#8217;\u00e9vasion fiscale ont vu le jour. Ces m\u00e9thodes ne sont pas utilis\u00e9es seulement par les patrons et les travailleurs ind\u00e9pendants (comme c&#8217;est le cas partout au monde) mais elles le sont \u00e9galement parmi de larges couches d&#8217;employ\u00e9s et d&#8217;ouvriers salari\u00e9s. Pour l&#8217;essentiel, la m\u00e9thode consiste \u00e0 se procurer des avantages en marge, exon\u00e9r\u00e9s d&#8217;imp\u00f4ts, \u00e0 la place et au lieu des augmentations de salaires. Le large \u00e9ventail des avantages en nature comprend, entre autres choses, des allocations pour le maintien d&#8217;une voiture et d&#8217;une ligne t\u00e9l\u00e9phonique \u00e0 domicile (m\u00eame si l&#8217;int\u00e9ress\u00e9 ne poss\u00e8de ni l&#8217;un ni l&#8217;autre), l&#8217;allocation d&#8217;une aide pour litt\u00e9rature technique (m\u00eame \u00e0 des ouvriers qui n&#8217;en utilisent point), le paiement de vacances \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, d\u00e9guis\u00e9es en \u00ab voyage d&#8217;\u00e9tude \u00bb, etc. Tout cela existe aussi dans d&#8217;autres pays, mais la sophistication et l&#8217;\u00e9tendue du \u00ab syst\u00e8me \u00bb sont sans parall\u00e8le. Selon une enqu\u00eate du journaliste Barukh Nadel, les \u00e9vasions fiscales au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es ont atteint la somme de 35 milliards de livres isra\u00e9liennes, soit pr\u00e8s de trois fois la somme effectivement pr\u00e9lev\u00e9e comme imp\u00f4t (Barukh NADEL, <em>Le Rapport Nadel : tout sur l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu en Isra\u00ebl<\/em> [en h\u00e9breu], Tel-Aviv, 1975). Le gouvernement conna\u00eet la r\u00e9alit\u00e9 et y a parfois contribu\u00e9. Avec les contraintes impos\u00e9es \u00e0 la structure des salaires (accord de parit\u00e9, indexation, blocage des salaires, etc.), les avantages en marge sont devenus un m\u00e9canisme n\u00e9cessaire pour d\u00e9tourner la rigueur du syst\u00e8me, quand il devenait imp\u00e9ratif pour des raisons politiques et \u00e9conomiques de satisfaire des revendications ouvri\u00e8res. Au cours des ann\u00e9es la situation est devenue inextricable.<\/p>\n<p>Une proportion \u00e9lev\u00e9e du revenu personnel r\u00e9el \u00e9tant exon\u00e9r\u00e9e d&#8217;imp\u00f4t, le gouvernement a d\u00fb imposer la partie <em>imposable<\/em> du revenu \u00e0 un taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Les travailleurs ind\u00e9pendants (un tiers de la population active) se plaignent am\u00e8rement qu&#8217;on emp\u00eache les gens d&#8217;\u00eatre honn\u00eates et travailleurs. Les contradictions du syst\u00e8me sont devenues insoutenables apr\u00e8s la guerre de 1973, avec l&#8217;augmentation vertigineuse des d\u00e9penses militaires et des besoins financiers du gouvernement. Une simple augmentation du taux des imp\u00f4ts directs risquait de produire l&#8217;effet contraire. Comme le faisait remarquer B. Nadel : malgr\u00e9 le taux d&#8217;imposition directe parmi les plus \u00e9lev\u00e9s du monde, le rendement effectif ne l&#8217;\u00e9tait gu\u00e8re si on le compare avec la part d&#8217;imp\u00f4t sur le revenu dans le produit national brut de quelques pays : Pays-Bas : 26,6 % ; su\u00e8de : 26,3 % ; \u00c9tats-Unis : 21 % ; Grande-Bretagne : 18,1 % ; Isra\u00ebl : 12,9 %.<\/p>\n<p>Tout le syst\u00e8me fiscal a d\u00fb \u00eatre r\u00e9form\u00e9. Un comit\u00e9 sp\u00e9cial, sous la pr\u00e9sidence du prof. Haim Ben-Shahar, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 et ses recommandations viennent d&#8217;\u00eatre adopt\u00e9es par le gouvernement. Le taux d&#8217;imposition sera consid\u00e9rablement r\u00e9duit, mais les avantages exon\u00e9r\u00e9s seront dor\u00e9navant impos\u00e9s. Cette r\u00e9forme, qui a pris effet depuis juillet 1975, est compl\u00e9t\u00e9e par une r\u00e9forme des imp\u00f4ts indirects, o\u00f9 le syst\u00e8me compliqu\u00e9 actuellement en vigueur sera remplac\u00e9 par une taxe sur la valeur ajout\u00e9e. Les taux des taxes indirectes seront accrus.<\/p>\n<p>Le gouvernement esp\u00e8re r\u00e9duire l&#8217;\u00e9vasion fiscale, surtout des travailleurs ind\u00e9pendants. Il esp\u00e8re de m\u00eame que la r\u00e9duction du degr\u00e9 de progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu incitera \u00e0 travailler plus d&#8217;heures avec davantage d&#8217;intensit\u00e9. L&#8217;\u00e9conomie isra\u00e9lienne continue \u00e0 souffrir d&#8217;un manque relatif de main-d&#8217;\u0153uvre qui, dans certains secteurs n\u00e9cessitant des emplois qualifi\u00e9s, ne peut pas \u00eatre remplac\u00e9e par des travailleurs suppl\u00e9mentaires des territoires occup\u00e9s. Il reste \u00e0 voir si les espoirs du gouvernement seront r\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n<p>Le niveau de vie de la classe ouvri\u00e8re, cela semble \u00e9vident, sera touch\u00e9 par la r\u00e9forme. Les travailleurs ind\u00e9pendants continueront \u00e0 fabriquer des d\u00e9ductions sur \u00ab frais g\u00e9n\u00e9raux \u00bb, mais la partie exon\u00e9r\u00e9e d&#8217;imp\u00f4t du salari\u00e9 sera \u00e9limin\u00e9e. Les effets du blocage des salaires ne pourront plus \u00eatre dilu\u00e9s. L&#8217;augmentation des taxes indirectes a \u00e9galement un impact social r\u00e9gressif.<\/p>\n<p><strong>\u00c9lections \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de J\u00e9rusalem<\/strong><\/p>\n<p>En mai ont eut lieu les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 l&#8217;Union des \u00e9tudiants de l&#8217;Universit\u00e9 de J\u00e9rusalem. Des listes de candidats ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es par quatre groupes politiques : 1. le regroupement droitier du Likkoud ; 2. le bloc droitier religieux ; 3. le regroupement travailliste pro-gouvernemental ; 4. un bloc de gauche comprenant le parti communiste, le Comit\u00e9 des \u00e9tudiants arabes et des petits groupes sionistes de gauche.<\/p>\n<p>Le programme du bloc de gauche comportait les points suivants :<\/p>\n<p>\u2014 la politisation de l&#8217;Union et l&#8217;introduction de la repr\u00e9sentation proportionnelle ;<\/p>\n<p>\u2014 l&#8217;opposition \u00e0 la politique chauvine du gouvernement et de la droite ;<\/p>\n<p>\u2014 la reconnaissance par l&#8217;Universit\u00e9 et par l&#8217;Union, du Comit\u00e9 d&#8217;\u00e9tudiants arabes comme repr\u00e9sentation officielle des \u00e9tudiants arabes ;<\/p>\n<p>\u2014 la solution du conflit isra\u00e9lo-arabe sur la base de la reconnaissance des droits du peuple palestinien, y compris l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un \u00c9tat palestinien ind\u00e9pendant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat d&#8217;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>La participation aux \u00e9lections \u00e9tait faible \u2014 comme d&#8217;habitude \u2014 pas plus de 30 %. C&#8217;est le r\u00e9sultat du vote qui a constitu\u00e9 une surprise. Sur les 99 candidats \u00e9lus, 37 \u00e9taient du Likkoud, 19 du bloc religieux, 6 du regroupement travailliste pro-gouvernemental et 37 appartenaient \u00e0 la gauche. Il en ressort que la polarisation parmi les \u00e9tudiants est encore plus forte que dans la population en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Les deux formations de droite \u2014 Likkoud et religieux \u2014 form\u00e8rent ensuite une coalition qui leur permet de contr\u00f4ler l&#8217;Union.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>[<b id=\"m_-3782515103955640628yui_3_16_0_ym19_1_1502791700885_3474\">voir le suivant :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.matzpen.org\/english\/1975-12-10\/lettres-a-khamsin\/\">Lettres a Khamsin<\/a> \u2012 par Mosh\u00e9 Machover, Isra\u00ebl Shahak, L\u00e9a Tsemel et Michel Warschawski]<\/b><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Liban, septembre 1975 : Fin de la \u00ab d\u00e9mocratie confessionnelle \u00bb . 2) Les violentes manifestations du prol\u00e9tariat industriel en \u00c9gypte. 3) Sur le front du p\u00e9trole. 4) En Isra\u00ebl : Bataille navale dans la lutte des classes ; La r\u00e9forme fiscale en Isra\u00ebl ; \u00c9lections \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de J\u00e9rusalem. <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,127,9],"tags":[50,81,42,62,88],"class_list":["post-605","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-francais","category-khamsin-2","tag-avishai-ehrlich","tag-leila-kadi","tag-moshe-machover","tag-sadik-jalal-al-azm","tag-yasser-ali"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.7 - 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