Témoignage d’un agent de police qui a participé au massacre, en Galilée

30 June 1976

in Documents, Khamsin, Khamsin 3

[La p. II de couverture]

Le 30 mars, à 0 h 30, mon unité a été rassemblée ; les consignes nous ont été transmises avec des inflexions haineuses à l’égard des Arabes qui dérangent notre quiétude, et les expressions utilisées nous contraignaient pratiquement à employer la violence gratuite. Parvenus sur place nous n’avons pas été accueillis par des jets de pierres, et nos « forces » ont pu pénétrer dans le village avec les véhicules blindés (cela me rappelle les récits de mes parents sur le mandat britannique).

Les villageois ont alors exprimé leur colère devant l’affront qui leur était fait, et ils ont jeté des cailloux sur les véhicules blindés (dont l’un m’a causé une bosse au front).

Devant la réelle colère des villageois, nos officiers ont répondu en ouvrant le feu avec leurs armes automatiques. Les officiers étaient contents, car ce n’est pas tous les jours qu’on peut devenir héros à si peu de frais. Un commandant et un officier d’intendance se sont particulièrement distingués, donnant libre cours à leur frustration du travail bureaucratique habituel en tirant sur les villageois effrayés (l’officier d’intendance a blessé deux personnes, dont une mortellement).

Après que les habitants se soient enfuis en hâte, les policiers ont pénétré dans une partie des maisons et se sont acharnés furieusement sur le mobilier (je les ai vus casser verrerie, électrophones, appareils de télévision, photos, etc.). La scène ne pouvait que me rappeler les poèmes de Bialik et de Tchernichovski [poètes hébreux originaires de l’Europe centrale, N.d.T.] sur les pogromes contre les juifs de la fin du siècle dernier et au début de notre siècle.

J’ai été surtout frappé par l’immense haine qui anime la plupart de mes collègues policiers, haine contre les Arabes qui n’a trouvé qu’un début d’expression dans les événements du 30 mars.

Nous devons nous débarrasser de cette haine envers les fils d’Ismaël, pour justifier notre droit légitime d’habiter ce pays.

(L’agent de police a demandé de ne pas révéler son identité.)

Haolam Haze, 7 avril 1976

[voir le suivant : Introduction — par Eli Lobel et Mikhal Marouane]

 

 

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