LE BOMBARDEMENT CONTINUERA TANT QUE L’ABYSSINIE NE SE POINTE PAS A LA TABLE DE CONFERENCE

Contestation d’un Lettre de Mme Meir

(Jewish Chronicle, 21.11.1969)

« Jérusalem est gênée par la communication d’une lettre de Mme Golda Meir, le premier ministre israélien, au Président Nixon. Elle l’y félicite de son exposé du 3 novembre dernier sur la politique vietnamienne et exprime l’opinion que le discours ‘comporte beaucoup d’éléments susceptibles d’encourager et d’appuyer les petites nations désireuses de liberté dans le monde entier’.

« Le désir apparemment était que la lettre reste secrète et que Mme Meir puisse complaire à M. Nixon sans heurter la fraction de l’opinion publique américaine opposée à la guerre du Vietnam et comprenant de nombreux amis d’Israël, juifs et non-juifs. Ceux qui critiquent la lettre de Mme Meir se souviendront de la façon dont Israël soutint de manière quasi inconditionnelle et isolée la France pendant la guerre d’Algérie, soutien qui se poursuivit même après les déclarations du président De Gaulle qui préparait une volte-face en Algérie.

« Après avoir démenti, de façon embarrassée, que cette lettre ait jamais été envoyée, le bureau du Premier Ministre en a rendu le texte public mardi après-midi.

« Les réactions vont de la désapprobation totale à la justification fondée sur des raisons d’opportunité. Le journal du soir Maariv, habituellement pro-américain, juge, dans un éditorial, la lettre déplacée. D’un autre côté, le quotidien Haaretz la justifie, en expliquant que des requêtes israéliennes concernant la politique et la sécurité étaient actuellement soumises à la Maison Blanche. »

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Un comité de coordination a été créé à Jérusalem. Le comité comprend des représentants de Matzpen, du parti communiste (RAKAH), de la Nouvelle Gauche Israélienne (un nouveau groupe d’ex-membres du parti communiste sioniste MAKI), de la Ligue pour la Paix (des dissidents du parti sioniste de gauche MAPAM, dite ‘groupe de Riftin’) et de quelques autres groupes, comme celui d’Uri Davies (Paix à Jérusalem) et deux groupes de lycéens.

Aux premières réunions il y avait également deux autres groupes, un du MAKI et un autre du Haolam Hazeh (le mouvement d’Uri Avnéry), mais après la première manifestation commune contre la nouvelle politique de Dayan de ‘punitions d’environnement’ ces deux groupes ont été forcés par leurs leaders de quitter le comité de coordination. Depuis sa création, le comité a organisé diverses manifestations, comme celles récemment contre l’installation d’une ville juive à Hébron et contre le sabotage par le gouvernement israélien d’une éventuelle rencontre entre [le président égyptien] Nasser et [le chef de l’Organisation sioniste mondiale] Goldmann.

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« L’étudiant israélien arabe, Mohamed Sadik, en détention administrative depuis l’été 1967, a été libéré de prison après avoir reçu un visa d’entrée aux Etats-Unis ; aussitôt, il a quitté le pays. Ce fait a été relaté par le Comité des Etudiants arabes de l’Université hébraïque.

« Ce comité des étudiants arabes a publié un tract à ce sujet, décrivant son départ comme une ‘expulsion virtuelle’. Le même comité a demandé aux autorités de passer en jugement l’étudiant Darwish Kashua, également en détention administrative, ou de le relâcher. Le comité voit dans ‘l’expulsion’ de Sadik et l’arrestation de Kashua une ‘tentative de porter atteinte à la population arabe’. Il appelle tous les étudiants de l’université à soutenir une ‘action démocratique’ contre l’arrestation administrative.

« L’été dernier, Habib Kahzagi et sa femme, Naifa Aakla (de Haïfa) quittèrent le pays. Ils avaient été arrêtés comme suspects pour avoir eu des contacts avec le service de renseignements syrien, mais ne sont jamais passés en jugement. Ils ont été gardés en prison jusqu’à ce qu’ils aient accepté de quitter le pays. Ils ont obtenu un visa pour les Etats-Unis et pris le bateau. »

Haaretz, 12 janvier 1970

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« L’impresario Gyora Godik a envoyé une circulaire à la presse expliquant qu’il ne mettrait pas en scène la comédie musicale HAIR, en Israël et en hébreu, parce que le public israélien ne comprendrait jamais que l’on puisse pisser sur un drapeau américain, même dans une pièce. »

Haolam Hazeh, 7 janvier 1970

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Sous-Produits d’une « Occupation Liberale »

A part l’attaque récente du censeur israélien contre Matzpen et sa tentative d’interdire la publication d’opinions politiques critiques envers le sionisme, rapportée ailleurs dans ce journal, il y a d’autres incidents qui indiquent dans quelle direction le régime sioniste se dirige :

  1. Le gouvernement israélien a annoncé officiellement que les représentants de Amnesty International ne seront plus autorisés à entrer en Israël pour enquêter sur les allégations de mauvais traitements dont seraient victimes des prisonniers arabes (Yedioth Aharonoth, 11.12.69).
  2. Le Times du 8 janvier communique de New York que le gouvernement israélien a refusé la permission au Comité des Droits de l’Homme des Nations unies d’enquêter sur les accusations de violation actuelle de ces droits dans les territoires occupés. Les membres du comité n’ont pas eu l’autorisation d’entrer en Israël et encore moins dans les territoires occupés.
  3. Un meeting commun de tous les correspondants de presse étrangers en Israël (beaucoup d’entre eux juifs prosionistes) a eu lieu à Jérusalem le 10 décembre 1969 et a demandé l’abolition de la censure militaire. Il apparait que la censure intervient tout à fait arbitrairement et exaspère même les sympathisants du gouvernement israélien (Yedioth Aharonoth, 11 décembre 1969).
  4. Des lycéens de Tel-Aviv qui ont publié un journal de classe intitulé GA’ASHUSH ont été attaqués par des policiers alors qu’ils le distribuaient publiquement à Tel-Aviv, ils ont été arrêtés et des accusations de conduite contraire aux bonnes mœurs ont été portées contre eux.

Chacun de ces incidents est le premier de ce genre en Israël et constitue un précédent qui inaugure une politique bien déterminée. Jusqu’ici, c’était seulement la population arabe sous autorité israélienne qui était victime de telles mesures. Mais il semble que par suite de la « libération » du « Grand Israël », la mentalité de l’occupant se mette déjà à empoisonner la société israélienne elle-même.

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Page de couverture d’un tract du Comité des Lycéens et Etudiants pour la Défense des Droits de l’Homme, 2 avril 70

Une Tentative de la Censure pour Liquider le Journal MATZPEN

Vers la mi-novembre, le comité de rédaction de Matzpen (organe de l’Organisation Socialiste Israélienne) a transmis à la censure tous les articles destinés à être publiés dans le numéro 51 de ce journal, conformément à la loi en vigueur en Israël.

Deux semaines plus tard – après de longues délibérations – les articles furent rendus au comité de rédaction. La plupart d’entre eux avaient été interdits à la publication. Les justifications du Censeur principal pour la Presse et la Radio (titre officiel de ce personnage) ont été résumées dans une phrase « La publication de ces articles est susceptible de porter atteinte à la sécurité de l’Etat, la sécurité du public et son bien-être ». Tels sont les mots exacts du Censeur.

Douze articles et reportages sur les seize qui avaient été soumis au Censeur, ont été interdits. Ceux-ci comprennent :

  • Un article d’information sur ce qui se passe dans les territoires occupés ;
  • Un article de fond sur le rôle particulier joué par Israël en Afrique (traduit d’un mensuel de gauche américain) ;
  • Des passages d’une interview avec le directeur général de la Discount Bank d’Israël (citations tirées du supplément du grand journal israélien Haaretz, 14 novembre 1969) ;
  • Une interview de Nayef Hawatmeh, dirigeant du Front Populaire Démocratique pour la Libération de la Palestine (traduit d’un journal de gauche européen) ;
  • Un article d’appréciation sur les dernières élections à la Knesset ;
  • La critique d’un nouveau livre, publié en Grande-Bretagne, traitant des luttes menées l’année dernière à la London School of Economics ;
  • Un appel envoyé par le bureau de l’Organisation Socialiste Israélienne à des personnalités et organisations politiques du pays, suggérant la création d’un comité pour la coordination des actions politiques à mener ;
  • Un article sur l’œuvre de Ho Chi Minh à l’occasion de sa mort ;
  • Etc… etc.… etc…

Les agents de la censure israélienne dont la tâche officielle est d’empêcher la fuite de secrets militaires par voie de presse et de radio, ont en réalité accompli là une démarche d’ordre politique destinée à liquider Matzpen. En utilisant les prérogatives qui leur sont conférées en vertu des « Defence (Emergency) Regulations 1945 », ils ont essayé de condamner Matzpen à mort sans délivrer de permis d’inhumer. Quand nous parlons de « permis d’inhumer » nous faisons allusion à un éventuel décret du ministère de l’Intérieur, nécessaire pour prononcer la fermeture d’un journal dont la parution est légale. Une telle mesure, dans la réalité politique israélienne, aurait sans doute eu des répercussions à l’étranger. Les autorités ont craint que « l’image démocratique » d’Israël n’en soit ternie, particulièrement dans les milieux démocratiques et de gauche. C’est pour cela qu’elles ont préféré utiliser la justification « sécurité de l’Etat » pour interdire en fait l’organe socialiste, sans prononcer son illégalité. Et le tour est joué.

Ainsi que nous l’avons mentionné plus haut, les prérogatives de la censure lui sont conférées en vertu des « Defence (Emergency) Regulations 1945 ». Il s’agit d’un vaste réseau d’ordonnances coloniales que le Haut-Commissaire Britannique de l’époque a légué, mot à mot, au gouvernement d’Israël. En vertu de ces mêmes ordonnances, les autorités avaient déjà refusé au mois d’août de l’année dernière le permis de parution d’un journal en langue arabe – frère jumeau du Matzpen hébreu. Quand nous avons essayé alors de publier un numéro spécial en arabe, qui ne nécessite pas un permis de parution, la censure a interdit la plupart des articles devant paraitre dans ce numéro. Ont été frappés de cette mesure d’interdiction, entre autres, des articles déjà parus dans l’édition en hébreu de Matzpen.

 En effet, la censure est toute puissante ! Un article politique publié en hébreu et autorisé à paraître, devient un « secret d’Etat » quand il est traduit en arabe et de ce fait il est interdit.

Nous dénonçons cette censure politique, de même que nous avons toujours dénoncé les ordonnances coloniales qui en sont à l’origine. L’attitude ultérieure envers Matzpen démontre bien l’arbitraire de la censure israélienne.

Au début du mois de décembre 1969, quand l’interdiction quasi totale de Matzpen a été portée à la connaissance de nombreux journalistes en Israël (y compris des correspondants étrangers), les autorités se sont trouvées dans une situation gênante. On leur a posé des « questions embarrassantes » sur les raisons de l’interdiction. Le journal Le Monde a signalé le fait ; une réaction semblable qui allait être publiée dans le grand quotidien israélien Haaretz a été supprimée par la censure… bien entendu !

Le comité de rédaction de Matzpen rencontra alors les agents de la censure et demanda à connaître les raisons de leur décision. Les autorités invoquèrent ces fumeuses ordonnances, tout en promettant d’examiner la question une deuxième fois. La réponse nous était promise dans les 48 heures.

Et voilà que deux jours plus tard, toutes les « raisons de sécurité » avaient changé de sens. En effet, l’article sur Ho Chi Minh susceptible de « porter atteinte à la sécurité de l’Etat » au début de mois, ne l’était plus vers la mi-décembre. L’interview avec le directeur général de la Discount Bank contenant une « menace pour la sécurité du public » pouvait être porté à sa connaissance quinze jours plus tard. L’article d’information sur les territoires occupés constituait « un danger pour la paix publique ». Deux semaines plus tard, le danger est écarté !

LA JUSTICE EST DANS LA FORCE !

Le cas n’est pas unique. Le comité de rédaction de Matzpen en a maints exemples.

Toutefois, l’affaire n’en resta pas là. Après avoir amorcée un retrait, la censure israélienne ne perdit pas pour autant son caractère politique. Trois articles importants et d’un grand intérêt pour le lecteur israélien furent censurés totalement ou partiellement. L’un traitant du rôle d’Israël en Afrique ; un autre contenait l’interview avec Hawatmeh ; le troisième était une réponse à une attaque de notre ligne politique par le MAPAM.

L’article en question contenant une polémique avec le MAPAM [parti sioniste « de gauche », NDT] a été écrit par deux de nos camarades et est intitulé « Contre la gauche sioniste ». Nous le publions ci-contre avec les parties interdites par la censure. Ces dernières sont soulignées.

Lisez l’article avec attention et réfléchissez-y :

De quoi les autorités ont-elles peur ?

Pourquoi ont-elles interdit les passages soulignés qui contiennent nos positions de principe ?

Pourquoi les autorités préfèrent-elles nous exposer aux attaques tendant à identifier nos positions avec celles d’El-Fatah, en utilisant la censure, pour nous empêcher de présenter notre point de vue ?

La réponse est claire : les nationalistes des deux côtés sont prêts à confronter leurs opinions et à argumenter les uns contre les autres. Mais ils ont peur d’affronter le point de vue internationaliste qui dévoile leur nudité.

Nous continuerons le combat.

L’Organisation Socialiste Israélienne, rassemblant dans ses rangs des internationalistes juifs et arabes, ira de l’avant.

 [Note de rédacteurs du site Matzpen : l’article en question figure ci-dessous, avec les phrases censurées en caractères graves].

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Un groupe d’officiers grecs triés sur le volet, subit actuellement un stage de formation sur les méthodes de lutte antiguérilla dans un camp secret à proximité de Tel Aviv. La nouvelle provient du journal Hurriyet du 20 janvier courant, publié à Ankara. L’entraînement a été décidé par un accord secret entre la junte militaire grecque et le ministère de la Défense israélien.

Une délégation sud-vietnamienne de huit membres est arrivée le 21 janvier en Israël, pour une visite de dix jours. La raison de cette visite « strictement privée » aurait été l’étude « des aspects techniques de la structure des forces militaires israéliennes et de son système d’organisation ».

(Frankfurter Rundschau, 22 janvier 1970)