NON, Je ne veux pas négocier

A l’ordre du jour

La lettre ci-dessous a été envoyée le 9 juin 1969 à la rédaction de l’hebdomadaire israélien ‘Haolam Hazeh’, qui a refusé de la publier, sans qu’une justification du refus ait été fournie. Elle a été publiée dans le mensuel ‘Matzpen’ du mois d’août.

« Nous, anciens collaborateurs du ‘Haolam Hazeh’, constatons avec regret que la gauche radicale d’Israël – se trouvant dans le pays ou à l’extérieur – est l’objet d’attaques haineuses de la part du rédacteur-en-chef, le député de la Knesset Uri Avneri.

« Nous ne pouvons que regretter que l’homme qui s’est voulu pendant des années le défenseur de la jeunesse contre l’Establishment, qui a défini son journal comme un ‘commando journalistique’, que celui-ci croit nécessaire aujourd’hui d’attaquer, justement, pratiquement les seuls milieux qui luttent de nos jours contre l’Establishment.

« Serait-ce que l’âge, le lieu (la Knesset) et les circonstances (militaires) ont aveuglé le membre du parlement M. Avneri, au point qu’il ne reconnait plus les dessins satyriques de Honoré Daumier (contre la royauté en France) et qu’il les condamne comme dessins antisémites, imaginés par la gauche israélienne résidant à l’étranger (les dessins de Daumier parus dans le no. 1 d’ISRAC ont fait l’objet d’attaques vicieuses dans le ‘Haolam Hazeh’, NDT).

« Cet aveuglement se tournera plutôt contre l’honorable membre de la Knesset que contre ceux qu’il attaque. »

Signés

Maxime Guilan, ancien rédacteur adjoint du ‘Haolam Hazeh’

Ran Kisslev, ancien grand reporteur du ‘Haolam Hazeh’

Samih al-Qasim, ancien rédacteur de la rubrique arabe du ‘Haolam Hazeh’

Dina Hecht, ancienne critique littéraire du ‘Haolam Hazeh’

Fawzi el-Asmar, ancien rédacteur de la rubrique arabe du ‘Haolam Hazeh’

Shimon Tzabar, ancien chroniqueur satirique du ‘Haolam Hazeh’

Othman Baransi, ancien correspondant de la rubrique arabe du ‘Haolam Hazeh’

Nathan Zehavi, correspondant du ‘Haolam Hazeh’ (en poste)

Haim Hanegbi, ancien correspondant-en-chef du ‘Haolam Hazeh’

 

Israël et la Nouvelle Gauche – Deux Prises de Position

Lettre publiée en mai 1969 dans ‘Yediaton’, journal anglais des étudiants israéliens.

« Cher rédacteur,

« Dans deux articles du dernier numéro – à savoir l’éditorial et l’article de Jay Rosenberg intitulé ‘à l’Oncle Tom’ – vous expliquez aux lecteurs qu’ils doivent choisir entre le ‘judaïsme’, ou la ‘judaïcité’, et la Nouvelle Gauche. Rosenberg et vous-même admettez qu’il existe une identité juive ; en outre vous prétendez que cette identité est synonyme du sionisme en Israël. La réalité est bien différente ; le passé et le présent nous enseigne qu’il y a plus d’une manière d’être juif. Il y a Rothschild et il y a Marx ; il y a Fortas-la-magouille, mais il y a également Herbert Marcuse. En bref, il y a autant de différence entre les Juifs qu’il y en a dans l’humanité entière, malgré ce que proclament les antisémites ou les sionistes.

« Tout comme des catholiques peuvent abjurer le Pape, ou des protestants peuvent renoncer à Billy Graham, il existe des Juifs qui peuvent se libérer de l’abrutissement religieux. Nous pouvons même nous libérer nous-mêmes de Great Neck, Long Island (banlieues juives de New-York – NDT), tout comme il existe des ‘goyim’ qui peuvent fuir le ghetto aryen de Darien (quartier réservé exclusivement aux Anglo-Saxons protestants au Connecticut – NDT).

« Ceux qui ont milité pour la séparation de l’Eglise d’avec l’Etat aux Etats Unis, ne peuvent pas accepter la théocratie israélienne… parce que c’est une théocratie. Et nous, qui sommes adversaires du capitalisme, nous ne pouvons pas accepter l’Israël capitaliste… parce que c’est un Etat capitaliste. Nous ne pouvons accepter Menahem Begin, pas plus que George Wallace ou Ahmed Shoukeiry… parce que tous trois sont des racistes, parce que tous trois sont des charlatans.

« Rosenberg revient à la charge avec un thème déjà usé – souvenez-vous des six millions… Mais permettez-moi de rappeler qu’Hitler n’a pas tué que des Juifs, mais aussi des Polonais, des Français, des Tchèques, des Allemands et ainsi de suite. Et même si vous vous en tenez à ces six millions, issus de tous les horizons, de toutes les classes sociales, il faut avoir une imagination vraiment fertile pour penser qu’ils étaient tous sionistes. Non, il y avait l’enfant, le gars sans opinion, le social-démocrate, le staliniste, le trotskyste, l’anarchiste… La Nouvelle Gauche ne veut plus des camps de détention ou de concentration, qu’ils se trouvent en Europe, au Vietnam, à Harlem, où à Gaza.

« Je rejette le sionisme parce que jamais je n’accepterai son idée de base – Lebensraum (espace vital) pour un peuple élu. M. Rosenberg et vous-même demandez que la Nouvelle Gauche soutienne Israël, mais Rosenberg, au bout du compte, ne semble pas prêt à faire un échange équitable. Dans sa forêt sioniste qui lui cache l’arbre de l’humanité, il dit que l’épreuve de la vérité n’est pas pour le Juif nationaliste. Horreur.

« Chacun, à chaque instant, doit prouver qu’il est dans le vrai. Si vous voulez engager la discussion, camarades, ne le faites pas au moment où vous êtes au plus fort de la vague nationale-religieuse ; soyez plutôt francs et expliquez à vos lecteurs que vous êtes a priori contre la Nouvelle Gauche, de sorte que nous puissions être ennemis d’une façon honnête.

En toute sincérité,

Alex Berkman. »

Lettre publiée en juin 1969 par un groupe de militants antisionistes.

« Camarades,

« La question juive est un problème mondial ; le rapt d’Eichmann en Argentine, les pendaisons de Bagdad, les persécutions en Pologne etc., sont utilisés directement par le sionisme pour expliquer la nécessité absolue d’affermir, à n’importe quel prix, l’existence de l’Etat d’Israël.

« Le sionisme trouve sa raison d’être dans les masses de la Diaspora ; elles ne constituent pas son seul but (les ‘protéger’), mais constituent la base réelle de son existence ; sur elles repose en grande partie la responsabilité de la survie économique d’Israël ; la responsabilité de l’immigration qui assurera la consolidation démographique garantissant la majorité juive. Israël a besoin de beaucoup d’argent pour financer ses aventures militaires, pour maintenir son niveau de vie artificiellement haut ; Israël a besoin que beaucoup de Juifs immigrent, il a besoin de jeunes colonisateurs pour défendre les nouveaux territoires conquis, il a besoin que des jeunes remplacent ceux qui sont tués dans l’armée, il a besoin de gens pour renforcer sa faible structure économique.

« Le sionisme, conscient de cette réalité, n’épargne aucun effort pour promouvoir n’importe quel mouvement (antisémitisme, particularisme…) qui pousse les Juifs à émigrer ou à donner de grandes quantités d’argent. Le sionisme prétend lier universellement et éternellement les difficultés de la Diaspora à l’Etat d’Israël et inversement. De ce fait nait l’alliance entre le sionisme et l’antisémitisme et la réaction (on se souvient du cas de l’Irak quand les responsables sionistes n’hésitèrent pas à placer des bombes pour persuader les gens à émigrer.) Mais, même quand les conditions ne sont pas mûres pour l’immigration, le sionisme tente par tous les moyens de développer le particularisme (il envoie des professeurs spéciaux, des centaines d’émissaires, il maintient des institutions, des mouvements de jeunesse, des publications, il stimule les traditions etc.…) afin de donner conscience à chaque Juif qu’il vit dans un monde de ‘Gentils’ qui lui est étranger et dans lequel on ne peut jamais prédire quelles en seront les conséquences. Le sionisme fait tout cela pour que les Juifs restent conscients de la nécessité d’Israël. Mais la vérité est très différente : c’est Israël qui a besoin désespérément des Juifs du monde entier et non l’inverse ; voilà pourquoi Israël envoie tous ses émissaires représentant toutes les tendances politiques, du social-chauvinisme au fascisme.

« Le sionisme représente deux choses au Moyen Orient : le gendarme de l’impérialisme et l’oppresseur du peuple palestinien ; il vit de l’aide économique impérialiste et des Juifs sionistes du monde (dans la plupart des cas, on ne peut pas distinguer ses deux formes d’aide l’une de l’autre, comme dans le cas des Etats Unis, où les donations à Israël sont centralisées officiellement par l’Agence Juive).

« D’autre part, ses réserves humaines, c’est-à-dire les Juifs du monde entier, sont dispersées et souvent intégrées dans leur pays d’origine. Le sionisme prétend les organiser et les rendre complices de ses aventures guerrières, de son oppression, de ses services rendu à l’impérialisme.

« Empêcher tout cela est une tâche fondamentale ; il s’agit de priver Israël de ses éléments vitaux à la base de ses privilèges. Quant aux Juifs, ils doivent s’intégrer dans la lutte révolutionnaire de leur pays d’origine. Le sionisme doit être combattu dans ses bases de recrutement, c’est-à-dire dans toutes les communautés juives du monde ; empêcher l’immigration et l’envoie d’argent en Israël ; c’est lutter pour la libération du peuple palestinien et la libération de la région de l’impérialisme.

« En outre il faut lutter contre l’antisémitisme et toute contradiction sociale là où ils se trouvent ; il faut lutter pour la construction du socialisme là où on se trouve.

« Nous pensons qu’il serait utile qu’à côtés, et liés aux nombreux comités pour la Palestine, naissent au sein des communautés juives des comités antisionistes qui assimileraient leur lutte à la lutte des peuples du Moyen Orient contre l’impérialisme. »

Le 15-7-1969

Imri Solon

Pierre Frichter

Lucho Pavlova

Nano De Frenses

Angel Rocavsky

 

Qui sont-ils ? Non, ce ne sont pas des officiers égyptiens prisonniers de guerre… Non, ce sont les postiers israéliens en grève, que le gouvernement a trainé devant les tribunaux et qui ont été réquisitionnés. Ce métier peu rémunéré est laissé aux Juifs ‘orientaux’ (en provenance des pays arabes). Nous nous proposons de traiter ce sujet des Juifs de ‘deuxième zone’ dans nos prochains numéros.

 

NOUS AVONS REÇU UN VOLUMINEUX COURRIER CONCERNANT LE CONTENU ET LE ROLE D’ISRAC. LA REGLE QUE NOUS NOUS SOMMES FIXES EST DE NE PAS PUBLIER DES LETTRES, SANS L’ACCORD FORMEL DE L’AUTEUR. POUR LE MOMENT NOUS PUBLIONS DEUX EXTRAITS, D’AUTRES SUIVRONT.

« Je partage vos opinions, je me permets même de vous signaler qu’elles correspondent assez exactement aux idées que je soutiens au sein du Mouvement de la Paix, où je milite par ailleurs (parmi les militants du Mouvement de la Paix, les opinions au sujet de la Palestine demeurent assez diverses, depuis 1967).

« Je pense que le combat des Israéliens du ‘Matzpen’ est de toute première importance, non seulement pour permettre la réconciliation des diverses communautés vivant au Moyen-Orient sur la base de solutions conformes à la justice, mais aussi parce qu’il peut grandement aider les progressistes du monde entier dans leur luttes pour la paix et contre tous les racismes. Je souhaite donc que votre influence s’accroisse. »

Michel Delage, Le Mans

« … les extraits de la presse sioniste que vous donnez sans commentaires ne choquent parfois que vos partisans et peuvent paraître très défendables à la masse de lecteurs naïfs. Exemple : la reproduction, à la page 23, de l’affiche ‘Il a seulement 7 ans’. Les sionistes qui l’ont composé tablent sur la psychologie populaire, et la majorité écrasante du public est sensible à l’argument que seule l’occupation prolongée, voire même l’annexion des territoires conquis, évitera une nouvelle guerre. Vous pensez le contraire ; pourquoi dès lors en rester à diffuser la propagande adverse, sans y opposer vos propres arguments ? Vous me diriez que ceux-ci sont d’une évidence qui doit éclater à tous les yeux. Je vous rétorquerai que si tel est effectivement le cas pour vous et pour moi, il n’en est sûrement pas ainsi pour la plupart des autres. Or, c’est à ceux-là surtout qu’il s’agit de s’adresser !

Ai-je besoin de vous réitérer l’assurance que ces quelques critiques se veulent constructives et n’entament en aucune façon l’admiration que je porte au courage de vos collaborateurs et à la belle cause progressiste que vous défendez dans l’intérêt de l’humanité entière. »

P. Biermann, Luxembourg

(Remarque de la Rédaction : Voir notre éditorial sur le problème soulevé ; nous avons décidé, en outre, d’ajouter un commentaire aux articles de la presse israélienne que nous publions).